Quel aspirant-chef conservateur est le plus... conservateur? On les a classés | 24 heures
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Quel aspirant-chef conservateur est le plus... conservateur? On les a classés

Ça vaut la peine de s’intéresser à la course à la chefferie du Parti conservateur: le prochain chef pourrait bien devenir premier ministre du Canada. Mais où se situent les principaux candidats sur le spectre du conservatisme?

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Pour le savoir, on a parlé avec Marc-André Bodet, professeur de science politique spécialisé en politique canadienne et en partis politiques à l'Université Laval. Il nous aide à y voir plus clair en classant les candidats sur l’échiquier politique selon leur degré de conservatisme social, du plus «à gauche» au plus «à droite».

Photomontage Julie Verville

Voici un bref portrait des cinq principaux candidats à cette course à la chefferie, dont on connaîtra le vainqueur le 10 septembre. 

Patrick Brown  

C’est Patrick Brown, actuellement maire de Brampton, une ville en banlieue de Toronto, qui arrive le plus à gauche. 

«C’est très difficile de départager Patrick Brown et Jean Charest, mais je crois que Patrick Brown s’éloigne un peu plus de l’image traditionnelle des conservateurs parce qu’il adhère vraiment à une perspective plus multiculturelle du Canada», avance Marc-André Bodet. 

Patrick Brown

Photo d'archives Agence QMI

Patrick Brown

Il faut dire que Brampton est l’une des villes les plus multiculturelles du pays. 

Patrick Brown s’est d’ailleurs fait connaître pour sa prise de position ferme contre la loi 21, cette loi québécoise controversée sur la laïcité de l’État qui interdit notamment le port de signes religieux aux employés gouvernementaux qui sont en position d’autorité, incluant les enseignants et enseignantes.

Auparavant chef du Parti progressiste conservateur ontarien, il a tenté de délaisser les enjeux de conservatisme social pour se concentrer sur «la bonne gestion de l’économie et sur les occasions et opportunités pour tous», note M. Bodet.

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«Il espère aller chercher les communautés traditionnellement plus conservatrices avec un message axé sur la famille, des taxes peu élevées, mais en éliminant tout le message d’une certaine résistance à la diversité qu’a déjà véhiculé le parti conservateur», poursuit-il.

Il a également soutenu la taxe carbone dans le passé, bien qu’il nuance maintenant son discours en raison de la hausse du coût de l’essence. 

Jean Charest  

Vient ensuite Jean Charest. 

«C’est une figure difficile à positionner sur un échiquier politique, débute M. Bodet. Du point de vue économique et social, je dirais que Jean Charest est peut-être un peu plus à droite que Patrick Brown, mais il reste à voir comment il va mener sa campagne.»

Jean Charest

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Jean Charest

L’ancien chef du Parti progressiste-conservateur et ex-premier ministre libéral du Québec s’est récemment prononcé contre la loi 21. Il a même indiqué qu’il serait prêt à ouvrir la porte à une intervention du gouvernement fédéral dans le dossier. 

Économiquement, M. Bodet estime que le politicien appartient à une tradition conservatrice «près des milieux d’affaires et très portée sur le développement économique». M. Charest a d’ailleurs récemment indiqué qu’il défendrait la construction de nouveaux oléoducs. 

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Malgré cela, M. Bodet note que Jean Charest est surtout considéré comme «le père de la bourse carbone», un système de plafonnement des émissions de gaz à effet de serre qu’il a inauguré alors qu’il dirigeait le Québec. 

«La qualité de l’air et l’environnement sont clairement des sujets importants pour lui», dit-il.

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Pierre Poilievre  

Pierre Poilievre se classe plus à droite.

«Il est très clivant. Il est à droite, mais c’est quelqu’un qui a surtout fait carrière sur des sujets controversés et qui cherche à l’être avec des phrases-chocs et de la théâtralité», analyse Marc-André Bodet.

Pierre Poilievre

Clifford Skarstedt/The Examiner

Pierre Poilievre

Élu sous la bannière conservatrice pour la première fois à 25 ans, Pierre Poilievre est député fédéral depuis 2004 et a occupé des postes importants dans le cabinet de Stephen Harper, dont les postes de ministre de l’Emploi et du Développement social, ainsi que celui de ministre de la Réforme démocratique.

Il représente les électeurs de la circonscription ontarienne de Carleton, en banlieue d’Ottawa. 

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Sur les enjeux sociaux, il assure défendre le droit à l’avortement ainsi que le mariage entre gens de même sexe, malgré qu’il ait voté contre le projet de loi fédérale en 2005. 

Mais sur les enjeux économiques et sur les changements climatiques, ses positions sont assez campées, note M. Bodet. 

«Il n’appuie pas la taxe carbone parce qu’il a l’impression que la réticence des instances à développer les pipelines cache en fait en projet d’opposition au développement économique de l’Ouest. Il met définitivement le développement des infrastructures économiques bien avant la protection de l’environnement», indique le professeur. 

Lors de la dernière campagne en 2020, M. Poilievre s’était surtout présenté comme un défenseur des libertés financières et individuelles. 

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Leslyn Lewis  

Vient ensuite Leslyn Lewis. L’ancienne avocate de Bay Street en est à sa deuxième course à la chefferie. Elle était arrivée troisième en 2020, mais avait tout de même récolté plus de votes qu’Erin O’Toole, rappelle Marc-André Bodet. 

Leslyn Lewis

Capture d'écran, conservateur.ca

Leslyn Lewis

«Ça n’a pas été suffisant parce que son électorat est très concentré dans les régions conservatrices de l’Ouest», indique-t-il. 

Seule femme à s’être publiquement lancée dans la course à la chefferie, elle est «la représentante du conservatisme social», selon M. Bodet. 

«Elle est très à droite sur tous les enjeux qui touchent les identités de genre et sexuelles, l’accès à l’avortement, etc. [...] Elle représente la frange évangéliste de l’Ouest canadien; des gens pour qui la morale et la religion sont très importantes», détaille-t-il.

Encouragée par les mouvements antiavortement, elle a vivement critiqué la promesse des libéraux de révoquer le statut d’organisme de bienfaisance des centres de grossesse antiavortement cet hiver. 

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Elle a aussi pris position contre la loi 21, puisque cette loi québécoise sur la laïcité de l’État constitue selon elle de la discrimination religieuse.

Sur la question environnementale, «elle est un peu plus à droite, mais pas tellement éloignée du centre de gravité de son parti», avance le professeur. Effectivement, Mme Lewis cochait lors de la dernière course certaines cases conservatrices sur l’exploitation des énergies fossiles en promettant l’annulation de la taxe carbone et l’abrogation de certains projets de loi contraignants. 

Elle a cependant indiqué ne pas vouloir se retirer de l’accord de Paris.

Ses positions économiques proposent notamment de développer des ressources pour l’agriculture et les industries de transformation alimentaire. 

Tout au long de la pandémie, Mme Lewis s’est vivement opposée à la vaccination des enfants contre la COVID-19. 

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Roman Baber  

Roman Baber se classe comme étant le plus à droite en raison de ses positions anti-establishment

« On ne sait pas grand-chose sur Roman Baber, mis à part que c’est certainement le plus antisystème dans le lot. Il fait surtout campagne sur son opposition aux mesures sanitaires en lien avec la pandémie », explique Marc-André Bodet. 

Roman Baber

Capture d'écran / Facebook

Roman Baber

D’une idéologie antisystème, il faisait auparavant partie du caucus progressiste-conservateur. Il est maintenant député provincial indépendant dans la circonscription torontoise de York-Centre, puisque Doug Ford lui a montré la porte en janvier dernier, après qu’il ait publiquement réclamé la fin du confinement et des mesures sanitaires. 

Immigré de l’ex-Union soviétique arrivé au Canada à 15 ans, il a indiqué sur Twitter que «les agences de santé publique disent que les restrictions ne sont pas nécessaires», tout en invitant les Canadiens à le joindre pour «arrêter les discriminations et les attaques aux droits fondamentaux de Justin Trudeau». 

«Il propose le changement et c’est un candidat de la protestation... on n’en sait pas plus pour l’instant», insiste M. Bodet. 

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Autres candidats  

D’autres candidats, bien moins connus, tenteront également leur chance.

Pour le moment, le maire de Huntsville, Scott Aitchison, et Jospeh Bourgault, homme d’affaires de la Saskatchewan et cofondateur de Canadians for Truth, ont annoncé leur candidature.  

Les candidatures seront acceptées jusqu’au 19 avril. Il faut payer des frais d’inscription de 200 000 $ ainsi que fournir un dépôt remboursable de 100 000 $ pour se lancer dans la course. 

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