Des températures records: un «signal d’alarme» en Antarctique et en Arctique | 24 heures
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Des températures records: un «signal d’alarme» en Antarctique et en Arctique

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La semaine dernière, l’Antarctique et l’Arctique ont connu simultanément une vague de chaleur, certaines régions atteignant des températures records de 40 °C et 30 °C au-dessus des normales. Que se passe-t-il aux pôles et comment la situation peut-elle nous affecter? On vous explique.

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Si les températures sont aujourd’hui revenues près de la normale, les vagues de chaleur qu’ont connues certaines régions du pôle Nord et du pôle Sud la semaine dernière inquiètent les scientifiques. Surtout dans l’est de l’Antarctique – la région la plus froide au monde –, où l'on a enregistré une température de -11,5 °C, un record absolu, soit plus de 30 °C au-dessus de la normale.

«C’est le moment où les températures devraient rapidement chuter, depuis le solstice d'hiver en décembre», a indiqué à l'AFP Jonathan Wille, chercheur à l’Institution des géosciences de l’environnement de l’Université de Grenoble. 

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«Cette vague de chaleur dans l’Antarctique change ce que nous pensions possible pour la météo antarctique», a-t-il ajouté sur Twitter. 

Une surprise pour les scientifiques  

Si les pôles connaissent parfois des extrêmes de température, l’élément exceptionnel réside ici dans le fait que ces deux vagues de chaleur surviennent en même temps, note Dominique Paquin, responsable de groupe Simulations et analyses climatiques chez Ouranos.

«Les deux pôles sont dans des saisons opposées: c’est l’hiver en Arctique et l’été en Antarctique. Mais, là, ça se passe simultanément dans des endroits qu’on est habitué à voir comme opposés», ajoute-t-elle.

Un autre aspect étonnant, c’est que l’Antarctique est réputé pour être une région où la température est relativement stable, mais qui commence à voir des extrêmes, contrairement à l’Arctique, qui se réchauffe environ trois fois plus rapidement que le reste de la planète.

Un signal d’alarme du changement climatique  

S’il n’est pas possible, au moment où un tel événement se produit, de l’attribuer aux changements climatiques – certains croient qu’il s’agit d’un événement météorologique aléatoire –, la multiplication et l’intensification des vagues de chaleur comptent parmi les signes les plus clairs du réchauffement de la planète.

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«C’est le genre de signal d’alarme qu’on anticipait des changements climatiques. Et quand ça se produit, c’est un peu pour nous rappeler à l’ordre. C’est une chose si ça n’arrive qu’une seule fois, mais, si ça se répète, ça peut amener des changements fondamentaux», soutient Dominique Paquin.

Des bouleversements «majeurs»  

Les conséquences d’un tel événement, s'il se multiplie, peuvent en effet être «désastreuses» pour le reste de la planète, indique à son tour Philippe Gachon, professeur à l’UQAM et chercheur au Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale (ESCER). 

Parmi celles-ci, le relâchement du méthane contenu dans le sol continental gelé.

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La fonte des glaciers pourrait quant à elle débalancer la circulation atmosphérique. Et les perturbations qui en découleraient provoqueraient des vagues de chaleur, des déficits (sécheresse) et des excès (précipitations) d’eau, voire des feux de forêt, en plus de menacer la biodiversité.

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«Il s’agit d’effets cumulatifs qui peuvent être majeurs. Cette combinaison de facteurs va finir par engendrer des dommages énormes», prévient le professeur.

«C’est le canari dans la mine de charbon, rappelle de son côté Dominique Paquin. On a franchi un autre seuil. Et ces changements amènent des bouleversements qui touchent tout le monde, pas juste les ours polaires.»

Des solutions existent  

Heureusement, des solutions existent pour tenter de freiner le phénomène. Et on les connaît déjà: réduire nos émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 ou 2 °C, comme le propose le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), et repenser l’économie pour se défaire de notre dépendance aux combustibles fossiles.

Mais il faut également repenser les infrastructures dans ces régions en grand changement. Par exemple, plusieurs infrastructures dans le Nord sont construites sur le pergélisol qui est en train de fondre. 

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«Il faut donc repenser à tout ça, mais le faire en intégrant et en impliquant les communautés qui y habitent», note Dominique Paquin.

«Il faut arrêter de penser que l’urgence climatique, c’est juste des mots. Il faut que ça se traduise en action», conclut pour sa part Philippe Gachon.