Grève de la faim à l'UdeM: «ça représente le point où on en est par rapport au climat» | 24 heures
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Grève de la faim à l'UdeM: «ça représente le point où on en est par rapport au climat»

Image principale de l'article Grève de la faim et occupation à l’UdeM
Joël Lemay / Agence QMI

Une trentaine d’étudiants ont investi lundi le Pavillon Roger-Gaudry de l’Université de Montréal, certains allant même jusqu’à entamer une grève de la faim illimitée, pour exiger le désinvestissement complet de l’établissement du secteur des énergies fossiles.

«Ma grève de la faim, pour savoir quand je vais l’arrêter, il faut demander à l’administration de l’Université de Montréal», lance Vincent, un militant de 22 ans inspiré par la grève de la faim de l’Université Colombie-Britannique en 2020.

«Après 5 jours, ça avait mené à des promesses de désinvestissement», rappelle l’étudiant en philosophie et politique, qui estime que ce moyen de protestation est stratégique.

«Ça permet d’attaquer l’image de l’UdeM. Éthiquement, ça représente aussi le point où on en est par rapport au climat. Il n’y a plus de retour en arrière», fait-il valoir. 

Vincent, 22 ans, étudiant en philosophie et politique.

Vincent, 22 ans, étudiant en philosophie et politique.

Pour Lila, 20 ans, la grève de la faim est une manière de faire transparaître l’urgence climatique et le manque d’écoute de l’établissement d’enseignement. 

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«D’en arriver, en tant qu’étudiante, à devoir faire une grève de la faim pour que mon université accepte d’écouter les recherches qui sont faites par des scientifiques qui ont été formés par ce genre d’université, c’est un paradoxe énorme», détaille l’étudiante en psychologie. 

Lila, 20 ans, étudiante en psychologie à l'Université de Montréal.

Joël Lemay / Agence QMI

Lila, 20 ans, étudiante en psychologie à l'Université de Montréal.

Mais pour une situation extrême, il faut une solution extrême, croit-elle.

«C’est radical, mais j’espère que l’Université ne préfère pas laisser ses étudiants mourir de faim plutôt que de désinvestir», lance Lila.

Parmi leurs revendications: le réinvestissement de l’argent dans des fonds éthiques, la carboneutralité du campus d’ici 2030 et la transparence quant à la nature des investissements de l’université. 

«Il y a eu les votes de l’Assemblée générale en faveur du désinvestissement, les pétitions, les grèves. Ça fait 10 ans qu’on utilise la voie diplomatique et que ça ne change rien» laisse tomber Vincent. 

Occupation du campus  

Une quinzaine de tentes sont campées dans le hall d’honneur de l'édifice principal de l'Université de Montréal. De la nourriture est distribuée, un coin pour étudier et un autre pour les assemblées ont été installés. Les militants s’organisent. 

Joël Lemay / Agence QMI

Ils entendent occuper le campus pour une durée indéterminée ou jusqu’à l’obtention de la promesse de retrait total des investissements de l’UdeM de l’industrie fossile d’ici 2025.

Depuis 2012, le mouvement UdeM sans pétrole réclame que l’Université se défasse de son portefeuille d'actions investies dans l’industrie des combustibles fossiles.

Ses actions cotées en bourse s’élevaient à 119 M$ en 2015, selon la porte-parole de l’Université de Montréal, Geneviève O’Meara. Elles atteindraient aujourd’hui 92,8 M$.

Joël Lemay / Agence QMI

L’UdeM ne tolère pas  

Depuis le début de l’occupation lundi matin, l’administration demande aux étudiants de quitter le pavillon Roger-Gaudry pour des raisons de sécurité, dit-elle.

À 16h30, l’électricité venait d’être coupée dans la salle.

«On s’est installé ici parce que c’est un lieu symbolique et dans lequel on peut être assez espacé pour avoir une sécurité COVID», explique Quentin Lehman, porte-parole de l’Écothèque, un regroupement étudiant luttant pour la justice climatique.

Quentin Lehman, porte-parole de l’Écothèque, un regroupement étudiant luttant pour la justice climatique.

Joël Lemay / Agence QMI

Quentin Lehman, porte-parole de l’Écothèque, un regroupement étudiant luttant pour la justice climatique.

«Ils ont barré les portes qui donnent accès au reste du pavillon et aux toilettes. Ils veulent qu’on se déplace vers une autre salle qui n’est pas du tout adaptée. Si on n’a pas quitté en début de soirée, les pompiers seront appelés pour les déloger. Et l’offre de l’autre salle ne tiendra plus», déplore-t-il. 

En plus du Syndicat des professeur.e.s (SGPUM), 28 associations étudiantes et 5 assemblées départementales ont adopté une résolution en faveur du désinvestissement. Quelque 1325 étudiants de cinq départements sont également en grève générale illimitée ou reconductible.

Une pétition appuyée rassemblant près de 4400 signatures a également été déposée lundi.

Les étudiants ne seront pas délogés lundi soir      

La direction a proposé aux étudiants une rencontre avec le recteur, à condition qu'ils quittent les lieux lundi soir.

Cette proposition a toutefois été rejetée.

«Il n’est pas prévu de les déloger. Les canaux de communications restent ouverts. Nous poursuivrons les discussions demain», répond au 24 heures Geneviève O’Meara. 

C’était donc toujours l’impasse entre les étudiants et la direction lundi soir. Plusieurs universitaires se préparaient à y passer toute la nuit, même si les toilettes ne sont pas à proximité, selon le porte-parole Quentin Lehman.

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Désinvestir plus vite  

D’ici décembre 2030, l’UdeM compte réduire l’intensité carbone de son portefeuille d’actions cotées en bourse de 35%, avec une cible intérimaire de 20% en 2025.

«Il est faux de dire que la direction de l’UdeM ne se préoccupe pas des enjeux environnementaux et des investissements responsables. Nous sommes aussi préoccupés par l’urgence climatique et bien au fait de ce que dit la science à ce sujet», assure Geneviève O’Meara.

Mais selon le mouvement, un désinvestissement est réalisable à plus court terme. 

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Dès 2017, l’UQAM s’est engagée à un retrait complet des hydrocarbures, suivie de l’Université Concordia qui s’est fixé la même cible pour 2025.

L’Université Laval a quant à elle réduit de 42% l’empreinte carbone de ses investissements entre 2017 et 2021.

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