Un guide pour freiner les changements climatiques: voici tout ce qu'on sait du prochain rapport du GIEC | 24 heures
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Un guide pour freiner les changements climatiques: voici tout ce qu'on sait du prochain rapport du GIEC

À Sydney, des inondations sans précédent ont ravagé la ville le mois dernier. En 2019 et 2020, l'Australie avait été victimes de feux de forêt d'une ampleur inégalée.
AFP

À Sydney, des inondations sans précédent ont ravagé la ville le mois dernier. En 2019 et 2020, l'Australie avait été victimes de feux de forêt d'une ampleur inégalée.

Le nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui paraîtra lundi est fort attendu puisque ce sera le premier à s’attarder aux solutions pour lutter et s’adapter aux changements climatiques. Voici tout ce qu’il faut savoir pour bien le comprendre.

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Ce troisième volet du sixième rapport devrait faire grand bruit, lundi. Il s’agira essentiellement d’un guide réunissant toutes les connaissances scientifiques disponibles à ce jour pour mettre un frein aux changements climatiques.  

«C’est un rapport important parce qu’il va être au niveau des instruments et du «comment», quels sont les leviers qu'il faut opérer pour atteindre les cibles? C’est la première fois qu’on fait ça», souligne l’économiste François Delorme, enseignant à l’Université de Sherbrooke, qui a collaboré aux deux premiers volets du rapport. 

Les technologies 

Pour la première fois, une partie du rapport sera consacrée au développement et au transfert de technologies qui permettent de retirer du carbone dans l’atmosphère.  

Les solutions technologiques, comme la captation de carbone, n’ont pas encore prouvé leur efficacité et leur rentabilité à grande échelle.  

«Au moment où on se parle, c’est une technique expérimentale», explique M. Delorme.  

Mais les scientifiques du GIEC fondent beaucoup d’espoir sur ces solutions. 

«Ils pensent qu'il faut absolument investir pour générer des émissions négatives», explique l'économiste. 

Le système économique 

Notre système économique pourrait être remis en question.  

«Ils vont parler de changement de paradigme économique. Ils vont dire que le modèle de l'organisation économique telle qu’elle est n'est pas soutenable, croit l’enseignant. Il est basé sur une économie linéaire où on consomme et on jette. Ce n'est pas viable.» 

L’économie circulaire, basée sur la production de biens durables, recyclables et recyclés, sera probablement mise de l'avant.

La responsabilité des pays riches 

On devrait insister sur les inégalités en soulignant que les pays riches sont ceux qui contribuent le plus à la crise climatique, mais qui en sont le moins affectés.  

«Les 10% les plus riches émettent 19 fois plus que les 40% les plus pauvres. Il y a un gros problème de qui est responsable de quoi», mentionne François Delorme.  

Les pays riches devraient donc faire leur juste part dans l’effort mondial pour réduire les émissions de GES, dira le GIEC. 

Le principe pollueur-payeur 

Parmi les solutions, le principe de pollueur-payeur pourrait être mis de l’avant alors que seulement 40% des pays ont un prix sur la pollution. 

Par exemple, au Canada, nous avons la taxe carbone, présentement à 50$ la tonne, qui augmente annuellement pour atteindre 170$ la tonne en 2030.  

Elle devrait toutefois être bien plus élevée, autour de 500$ la tonne, pour s’aligner sur la science et être efficace, estime François Delorme.  

L’urgence d’agir 

Le message sur l’urgence d’agir sera sans doute réitéré. Les engagements des États nous placent présentement sur la trajectoire «catastrophique» d’un réchauffement de 2,7°C, d’après le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

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Le GIEC devrait saluer les engagements à la carboneutralité des États pour 2050, mais rappeller l’importance, d’abord et avant tout, d’atteindre la cible de 2030, c’est-à-dire une réduction de 45% des émissions de gaz à effet de serre mondiales. 

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«Le vrai objectif, c’est 2030», affirme François Delorme qui voit les prochaines années comme une fenêtre d’action qui se referme rapidement. 

Un rapport édulcoré 

Un aperçu de ce troisième volet du sixième rapport avait coulé l’été dernier, faisant grand bruit. Des scientifiques impliqués s’inquiétaient alors de voir la version officielle être édulcorée puisqu’elle doit être approuvée par les 192 États signataires de l’Accord de Paris qui peuvent demander des modifications dans la formulation. 

Les conclusions y étaient sans équivoque: 

Les émissions de GES doivent atteindre leur plus haut niveau au plus tard d’ici quatre ans, les centrales électriques fonctionnant au charbon et au gaz doivent fermer à l’intérieur de la prochaine décennie et on devra impérativement modifier nos modes de vie si on souhaite éviter un bouleversement climatique. 

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La version dévoilée lundi sera effectivement édulcorée, croit François Delorme. 

«Il y a quand même 192 pays qui cosignent ça. Les intérêts sont très différents», souligne-t-il. 

Qu’est-ce que les deux autres volets nous ont appris?  

Volet 1, paru le 9 août 2021: 

  • Établi le rôle «sans équivoque» de l’activité humaine sur le réchauffement climatique;  
  • Un réchauffement de 1,5°C est maintenant inévitable au cours des années 2030 ou avant;  
  • Les événements climatiques extrêmes augmenteront en fréquence et en intensité;  
  • Les conséquences seront irréversibles;  
  • Une stabilisation du climat est possible si on réduit rapidement et drastiquement les émissions de gaz à effet de serre mondiales.   

Volet 2, paru le 28 février 2022: 

  • Confirme l’accélération des changements climatiques;  
  • L’augmentation des extrêmes météorologiques et climatiques a déjà des effets irréversibles sur les systèmes naturels et humains poussés au-delà de leur capacité d’adaptation;  
  • Plus de 3 milliards de personnes vivent déjà dans un contexte d’extrême vulnérabilité aux changements climatiques;  
  • Il est encore possible de s’adapter, mais la fenêtre d’action se referme rapidement.   

Qu’est-ce que le GIEC? 

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a été fondé en 1988 par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). 

C'est un organe international qui regroupe des centaines de scientifiques de partout à travers le monde dont le rôle est de produire des rapports sur l’état des connaissances sur les changements climatiques. 

Leur travail est ensuite révisé par des milliers d’autres scientifiques bénévoles.  

Ils produisent un rapport, divisé en trois volets, tous les six ans. 

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