Il nous reste 3 ans pour agir: ce qu'il faut faire pour sauver la planète, selon le GIEC | 24 heures
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Il nous reste 3 ans pour agir: ce qu'il faut faire pour sauver la planète, selon le GIEC

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Le premier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) consacré aux solutions aux changements climatiques est empreint d’espoir malgré l’urgence: nous avons la possibilité de nous assurer un futur viable si nous agissons maintenant. Voici un tour d’horizon des constats qu’on y trouve.  

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Moins de 3 ans pour plafonner les émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales   

Pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, les émissions de GES mondiales doivent plafonner avant 2025 au plus tard. Il nous reste donc moins de trois ans pour y parvenir. Elles devront ensuite être réduites de 43% d'ici 2030. Les émissions de méthane devront elles aussi être diminuées d’un quart à la même année.   

Selon les politiques climatiques présentement en vigueur à l’échelle mondiale, il est prévu que les émissions de GES continueront de monter après 2025, nous menant vers un réchauffement catastrophique de 3,2°C à la fin du siècle.   

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Il faut cesser de subventionner les énergies fossiles   

Seulement en cessant de subventionner les entreprises qui exploitent les combustibles fossiles (comme le pétrole, le charbon et le gaz naturel), on pourrait réduire les émissions de GES mondiales de 10% d’ici 2030.  

À elles seules, les infrastructures d’énergies fossiles déjà existantes peuvent émettre assez de GES pour nous empêcher de stabiliser le réchauffement climatique à 1,5°C.  

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Les nouveaux projets d'énergies fossiles ne doivent pas voir le jour  

Une réduction substantielle de l’utilisation des énergies fossiles est nécessaire. «L’installation continue et sans relâche d’infrastructures d’énergies fossiles assurera des émissions de GES pour les décennies à venir», peut-on lire dans le Sommaire pour les décideurs.  

Au Canada, le ministre de l’Environnement et du Changement climatique Steven Guilbeault doit justement approuver ou rejeter un nouveau projet pétrolier à Terre-Neuve-et-Labrador au courant des prochains jours. Fortement dénoncé par les groupes environnementaux, le projet Bay du Nord permettrait l’extraction de 300 millions à 1 milliards de barils de pétrole sur 30 ans et favoriserait la création de milliers d’emploi dans cette région qui en a grand besoin. 

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«Les activistes climatiques sont parfois dépeints comme de dangereux radicaux, mais les vrais dangereux radicaux sont les pays qui augmentent leur production d’énergies fossiles», a lancé le secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies (ONU), Antonio Guterres, dans son discours d’ouverture particulièrement dur à l’endroit des décideurs. 

«Investir dans de nouveaux projets d’énergies fossiles est une folie économique et morale», a-t-il ajouté. 

La technologie comme dernier recours   

Dans tous les scénarios étudiés, le recours à des technologies de captage et stockage du carbone est essentiel pour stabiliser le réchauffement à 1,5 ou 2°C. Mais il y a des limites à leur utilisation, préviennent les experts.   

Ces technologies devraient seulement être utilisées dans les secteurs où il est le plus difficile de diminuer les émissions et pour contrebalancer celles accumulées jusqu’à présent, donc pas pour se permettre des émissions supplémentaires.  

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Le nouveau Plan de réduction des GES du Canada pour 2030 prévoit une augmentation de la production de pétrole et le recours au captage et au stockage du carbone pour atteindre l’objectif de 40% de réduction des émissions de GES du pays d’ici la fin de la décennie. 

Les technologies de captage et stockage du carbone n’ont pas encore prouvé leur efficacité à grande échelle. Elles seront efficaces seulement si le stockage géologique est possible et si le taux de capture peut atteindre 90-95%, affirme le GIEC.  

Électrification des transports   

L’utilisation de véhicules électriques alimentés par de l’énergie renouvelable ou à faibles émissions est la mesure qui offre le plus de potentiel de décarbonation dans le domaine des transports terrestres.  

Au Canada, 20% des nouvelles voitures vendues en 2026 devront être électriques, 60% en 2030 et 100% en 2035.  

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Un changement d’urbanisme, comme la densification des villes, des investissements dans le transport collectif et des infrastructures de transport actif (comme des pistes cyclables), combiné à des programmes encourageant un changement de comportement peuvent réduire les émissions de GES du secteur des transport. 

Ce secteur est le deuxième plus gros émetteur du Canada alors qu’il était responsable de 25% des émissions du pays en 2019. 

Les biocarburants et l’hydrogène faible en carbone peuvent quant à eux servir à réduire les émissions du secteur du transport aérien et du transport de marchandises. 

Réduction de la déforestation   

La meilleure option d’origine terrestre pour absorber le carbone est de réduire la déforestation et de protéger et restaurer les écosystèmes. L’agriculture durable et une meilleure gestion du bétail jouent aussi leur part.  

C’est la solution qui a le meilleur potentiel économique dans le secteur de l’agriculture, de la foresterie et des autres utilisations des terres. 

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Changer notre alimentation  

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Un changement de comportement vers «un régime balancé, santé et durable», combiné à des mesures pour réduire le gaspillage alimentaire peut contribuer à réduire considérablement les émissions de GES.  

Selon le GIEC, «un régime balancé, santé et durable» est à base de plantes (comme les grains entiers, les légumes, les fruits, les noix et les graines) et de sources animales produits de façon résiliente, durable et qui émettent peu de GES. 

Ce changement comporterait d’autres bénéfices puisqu’il permettrait, du même coup, de libérer des terres pour la reforestation. 

Nous allons dépasser les 1,5 °C   

Même si toutes les mesures étaient rehaussées et respectées, il est presque inévitable qu’un réchauffement de 1,5°C soit temporairement dépassé.  

L’espoir est maintenant de stabiliser le climat d’ici la fin du siècle.   

«C’est maintenant ou jamais, a souligné le codirecteur de ce rapport, Jim Skea. Sans réductions immédiates et profondes, dans tous les secteurs, ce sera impossible.»  

Nous ne sommes pas sur la bonne voie pour atteindre cet objectif. Durant la décennie 2010-2019, les émissions de GES mondiales ont été plus élevées que jamais auparavant. Elles ont toutefois augmenté moins rapidement que dans la décennie précédente.  

C’est possible!  

Ce rapport est empreint d’espoir parce qu’il pointe du doigt les solutions existantes et prouve leur faisabilité.  

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«Nous savons quoi faire, nous savons comment le faire. Il n’en tient maintenant qu’à nous d’agir», a déclaré Jim Skea. 

Les experts du GIEC notent qu’au moins 18 pays ont réussi à réduire leurs émissions de GES durant plus de 10 ans. Des solutions comme l’énergie solaire, le verdissement des villes, l’électrification, une meilleure gestion des forêts, des terres agricoles et des milieux humides sont supportées par le public, viables et de plus en plus rentables, souligne-t-on.   

Urgence d’agir  

Malgré cette note d’espoir, il est plus urgent que jamais d’agir, a réitéré le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres dans son message d’ouverture.  

«Nous sommes sur la voie rapide vers le désastre climatique», a-t-il lancé dans un discours d’ouverture particulièrement dur à l’endroit des décideurs.  

«Ce rapport du GIEC est une litanie de promesses climatiques brisées. C’est un document de honte qui catalogue les gages vides qui nous ont fermement placé sur le chemin vers un monde invivable», a-t-il dit. 

«Certains gouvernement disent une chose et font le contraire. Pour dire les choses simplement: ils mentent», a-t-il dénoncé. 

Il est maintenant nécessaire de tripler la vitesse de transition vers les énergies renouvelables. 

Un difficile consensus  

La sortie de ce rapport fort attendu a dû être repoussée de plusieurs heures, lundi, à cause de disputes internes concernant le texte final qui doit être approuvé, ligne par ligne, par les 195 États signataires de l’accord de Paris.  

Plusieurs médias ont rapporté que des pays ayant des intérêts dans l’industrie des énergies fossiles et dans l’élevage de bétail se sont opposé à la formulation choisie dans les passages concernant ces industries. Les scientifiques ont tout de même le dernier mot sur le contenu du rapport. 

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