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Des tonnes de déchets à cause de vaccins gaspillés

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Les pays riches, dont le Canada, se sont engagés à livrer des centaines de millions de vaccins contre la COVID-19 à ceux en voie de développement. Dans certains de ces états, des doses reçues juste avant qu’elles ne se périment n’ont d’autres choix que d’être jetées et enfouies sous terre, une opération qui comporte un risque important de pollution des sols et des eaux.

Plus d’un million de doses périmées d’AstraZeneca ont dû être détruites par le Nigéria, n’ayant pas pu être injectées à temps.

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Plus d’un million de doses périmées d’AstraZeneca ont dû être détruites par le Nigéria, n’ayant pas pu être injectées à temps.

Pour assurer la vaccination de leur population, les pays plus pauvres comptent sur les dons de COVAX. Le programme piloté par l’Organisation mondiale de la santé a pour objectif de distribuer les vaccins de manière équitable sur la planète, qui sont fournis par les pays riches — comme le Canada.

Or, des millions de doses trop proches de la date de péremption sont envoyées depuis 2021, et n'ont pas toujours le temps d'être administrées, dévoilait une enquête publiée dans Le Monde.

Et trop souvent, elles sont livrées sans seringue ou diluant, et sans prévenir.

Les pays pauvres se retrouvent ainsi coincés avec les déchets générés par les vaccins inutilisables, qui sont pour la plupart enfouis dans des décharges à ciel ouvert.

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Dangers pour l’environnement

Le liquide contenu dans les vaccins n’est pas dangereux, selon la sénatrice indépendante et experte en contrôle de la pollutions et ses effets sur la santé humaine, Rosa Galvez.

Pour ce qui est des déchets toutefois, c’est une autre histoire.

«Les contenants et emballages, les réceptacles de vaccins qui contiennent de la vitre, du plastique, de l’aluminium, et qui sont transportés dans des boîtes en carton, en styromousse, d’autres plastiques, créent des tonnes de déchets», souligne Mme Galvez.

«L’enfouissement ou simplement le dumping de ces vaccins non utilisés causera une pollution importante des sols et eaux superficielles et/ou eaux souterraines», poursuit l’ancienne directrice du Département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval. 

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Et si elles étaient restées dans les pays riches, certaines de ces matières auraient pu être récupérées et recyclées, mentionne-t-elle.

Au Québec par exemple, les déchets biomédicaux sont généralement incinérés.

Des doses à la décharge

En date du 14 mars, plus de 14,2 millions de doses de vaccins avaient été livrées dans les pays en voie de développement par le Canada.

Sur le lot, 801 600 vaccins AstraZeneca ont notamment été donnés au Nigéria par l’entremise de COVAX. Ils sont arrivés à destination le 2 septembre 2021. 

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Impossible, toutefois, de connaître leur date de péremption ou si des doses sur le point d’expirer ont été envoyées par le Canada dans des pays en voie de développement .

Affaires mondiales Canada s’est contenté de répondre que le gouvernement livrait «les doses excédentaires avec la plus longue durée de conservation possible».

Pas plus de réponses du côté de Santé Canada malgré plusieurs échanges de courriels.

Mais, selon un document consulté par Le Monde, plus d’un million de doses d’AstraZeneca ont dû être détruites par le Nigéria moins de trois mois plus tard, le 22 décembre 2021, n’ayant pas pu être injectées à temps. Elles ont été enfouies au bulldozer dans une immense décharge à ciel ouvert située à une dizaine de kilomètres du centre de la capitale nigériane, Abuja.

Le pays avait reçu 2,6 millions de doses de ce vaccin en octobre, avec une durée de vie restante d’à peine quatre à sept semaines, toujours selon le média français.

Des millions de doses détruites

En décembre 2021 seulement, les bénéficiaires du programme COVAX ont refusé 100 millions de vaccins parce qu’ils arrivaient trop rapidement à expiration. 

Pour assurer la vaccination de leur population, les pays en voie de développement comptent sur les dons du programme COVAX.

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Pour assurer la vaccination de leur population, les pays en voie de développement comptent sur les dons du programme COVAX.

Le 30 décembre de la même année, le gouvernement fédéral offrait un million de doses de Moderna au Québec avec une durée de vie restante d’à peine quelques mois. Dès mars 2022, ils devraient être jetés.

Il s’agissait de surplus qui n’avaient pas trouvé preneur à l’étranger, précise au 24 heures le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Au Québec, 107 501 doses de vaccin arrivées à expiration ont été détruites, confirme le MSSS. Et plus de 4,3 millions de doses seront inutilisables d’ici la fin de l’été, révélait Le Devoir la semaine dernière. 

Si elles avaient été distribuées bien avant leur péremption, «ces doses de vaccins auraient pu servir pour immuniser des populations dans des pays en développement et aider dans le contrôle de la propagation de la pandémie», déplore Mme Galvez. 

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L'experte rappelle que le Canada est le pays qui a réservé le plus de vaccins par rapport à sa population. «Environ 5 par personne», précise-t-elle.

Pour le Groupe indépendant d’allocation des vaccins (GAVI) qui gère la distribution pour COVAX, les dons de dernière minute aux pays en voie de développement ne sont pas «acceptables» et «doivent cesser».

«Ils ajoutent un stress considérable à des pays déjà limités en ressources et confrontés à d’autres crises sanitaires et humanitaires», les membres de l’organisation internationale.

Depuis le début de la campagne vaccinale, plus de 240 millions de doses auraient dépassé leur date limite d’utilisation seulement dans les pays riches, rapportent les données de la firme Airfinity. 

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