La COVID-19, «un rhume, à peu près»? Pas vraiment | 24 heures
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La COVID-19, «un rhume, à peu près»? Pas vraiment

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Joël Lemay / Agence QMI

«Même si on l’attrape, ça donne un rhume, à peu près.» C’est ce qu’a lancé le premier ministre François Legault en point de presse, lundi, décrivant la faible intensité des symptômes qu’il a ressentis après avoir contracté la COVID-19. Peut-on vraiment faire cette comparaison? On fait le point.

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Le premier ministre soutenait que le fait d’être triplement vacciné l’avait aidé à ressentir des symptômes s’apparentant à ceux d’un rhume, ajoutant qu'il faut «apprendre à vivre avec le virus» comme la couverture vaccinale du Québec est grande.

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Le commentaire n'est pas passé sous le silence sur les réseaux sociaux, tant chez les professionnels de la santé, qui y voient un affront à leur travail de sensibilisation des deux dernières années, que chez les antimasques, qui y trouvent une confirmation de leurs arguments contre les mesures sanitaires.

«C’est là-dessus qu’on se bat depuis le début de la pandémie, c’est de faire comprendre que la COVID est une maladie à prendre au sérieux. Depuis deux ans, tout ce que l’on vit, on ne fait pas ça parce que c’est un rhume», a soutenu la Dre Amélie Boisclair, interniste intensiviste à l’hôpital Pierre-Legardeur, en entrevue à QUB radio.

Les données le démontrent  

Les données rapportées quotidiennement par la Santé publique ne laissent d'ailleurs aucun doute sur la gravité de la COVID-19: on compte actuellement 1540 hospitalisations liées au virus au Québec. Bien que leur proportion soit moins grande que les personnes non vaccinées ou vaccinées inadéquatement, les triples vaccinés n’y échappent pas. 

Et ça, c’est bien quelque chose que l’on ne voit pas avec le rhume, soutient Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM.

«Si vous êtes chanceux et que vous êtes adéquatement vacciné, vos symptômes peuvent s’apparenter au rhume. Mais je ne comparerais jamais la COVID-19 au rhume», insiste-t-il.

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Le professeur précise qu’aucun des virus causant le rhume, parmi lesquels se trouvent des coronavirus, n'est responsable de symptômes aussi graves que la COVID. «Pour cette raison, il faut considérer que le SARS-CoV-2 demeure pathogénique pouvant occasionner des symptômes importants et graves, notamment chez les personnes immunosupprimées ou âgées.»

D’ailleurs, même si le variant BA.2 semble moins virulent que les précédents, il occasionne encore des symptômes graves.

Plutôt comme la grippe

Si l’on tient vraiment à faire une comparaison avec un autre virus connu, la grippe serait plus appropriée, note Alain Lamarre, immunologue et virologue à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). 

«Le problème avec la COVID-19, c’est que certaines personnes peuvent développer des symptômes graves, alors que d’autres sont asymptomatiques. C’est d’ailleurs ce qui a contribué à la transmission du virus et qui fait qu’il est plus dangereux. C’est ça la grosse différence avec la grippe, qui est symptomatique. Quand les gens sont malades, ils restent à la maison», explique-t-il.

Mais c’est aussi que le taux de mortalité de la COVID-19 est dix fois plus important que celui de la grippe, qui, elle, est plus mortelle que le rhume. 

«Il faut continuer à être vigilant»  

Pour Benoit Barbeau, le message qu’a lancé François Legault mérite d’être rectifié. La population ne doit pas avoir l'impression que les mesures sanitaires ont été imposées pour rien, poursuit-il. 

«Il faut être clair et départager les deux, dit-il. On doit continuer de considérer que l’on est dans une pandémie et que même si les mesures sanitaires sont retirées, il ne faut pas faire preuve de laxisme.»

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«Il faut un meilleur contrôle de la transmission, être mieux équipé pour prévoir l’arrivée de nouveaux variants et utiliser toutes les options à notre disposition pour mieux traiter les personnes infectées et prévenir la transmission chez le personnel de la santé. Il faut continuer à être vigilant», conclut M. Barbeau.