Même sans hausse, les droits de scolarité pèsent toujours lourd dans le budget des étudiants | 24 heures
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Même sans hausse, les droits de scolarité pèsent toujours lourd dans le budget des étudiants

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Photomontage: Marilyne Houde

Même si les frais de scolarité au Québec sont parmi les moins élevés au pays, ils représentent une partie importante du budget des étudiants, en particulier pour ceux qui ne peuvent compter sur l’aide financière de leurs parents. Leur témoignage montre comment ce n’est pas si simple d’accéder aux études supérieures.

« Si j’avais pu passer ce temps-là à étudier plutôt qu’à travailler, j’aurais eu de meilleurs résultats. »

Félix a terminé sa maîtrise en cinéma durant la crise de la COVID-19, une très mauvaise période pour se trouver du travail dans le domaine. « Je voulais enseigner le cinéma, mais il n’y avait aucune place. Je me suis donc réorienté vers mon plan B, l’enseignement du français langue seconde. »

« Au début de mes études, ma mère faisait 45 000 $ pour soutenir ses trois enfants et le gouvernement estimait que c’était assez pour qu’elle paie mes frais de scolarité », raconte-t-il. 

À 19 ans, il se marie donc avec sa copine de l’époque dans le but de toucher des prêts et bourses. « J’ai toujours pensé que je n’aurais jamais les moyens d’aller à l’université, mais quand j’ai terminé mon cégep, je me suis rendu compte que je n’aurais pas le choix si je voulais me trouver un emploi dans mon domaine. Me marier, c’était le seul moyen [d’y arriver]. »

Les prêts et bourses auxquels il a droit ne couvrent cependant que ses droits de scolarité. Félix doit donc travailler 25 à 35 heures par semaine en plus d’étudier à temps plein pour payer son appartement et ses fournitures scolaires. 

« J’avais tellement honte de ne pas arriver que je bûchais sans me poser de question, admet-il. Si j’avais pu passer ce temps-là à étudier plutôt qu’à travailler, j’aurais eu de meilleurs résultats et j’aurais pu avoir les notes nécessaires pour postuler pour des bourses d’excellence. »

Aujourd’hui, même si un diagnostic de TDAH lui a permis de toucher des bourses offertes dans le cadre du programme d'aide financière aux études du Québec, il a tout de même accumulé d’importantes dettes durant son parcours. 

« On me demande d’être disponible pour faire des stages à temps plein sans rémunération. Avec le coût de la vie qui augmente, je ne comprends pas comment je suis censé payer mes factures avec un revenu à zéro », se désole-t-il. « Comme je suis déjà dans le rouge, chaque hausse des prix rend plus difficile d’arriver à chaque mois. Le niveau d’endettement avec lequel je vais me retrouver au début de ma carrière me fait peur. »

« Je pensais que c’était un problème pour la Caroline du futur, mais là c’est moi, la Caroline du futur. »

Caroline vient à peine de terminer ses études en horticulture. N’ayant pas encore trouvé d’emploi dans son domaine, elle ne touche pas le revenu nécessaire pour rembourser ses 50 000$ de dettes d’études. « Je n’avais pas droit à beaucoup de prêts, j’ai dû demander des marges de crédit pour m’aider à payer », explique-t-elle. 

Incapable de rembourser un tel montant, elle a demandé une proposition de consommateur à ses créanciers qui lui permet de payer seulement 10 % de sa dette. « Ça me revient à 200 $ de frais par mois, alors que j’en gagne 2000. Bientôt, il faudra que je rembourse l’aide financière aux études en plus de ça et je ne sais pas si j’aurai les moyens si je ne me trouve pas un emploi plus payant. »

Caroline estime qu’elle ne s’est pas privée durant ses études et n’a pas travaillé autant qu’elle aurait pu pour payer ses dépenses: « Je pensais que c’était un problème pour la Caroline du futur, mais là c’est moi la Caroline du futur. » 

Elle se dit toutefois prête à en assumer les conséquences. « J’ai décidé de prioriser mon bien-être et ma santé mentale durant mes études. C’est un choix pour lequel je paie maintenant, mais que je ne regrette pas. » 

Pour arriver à joindre les deux bouts, Caroline considère chercher un emploi qui ne lui convient pas nécessairement, mais dont le salaire l’aiderait à rembourser ses dettes.

« On pense que c’est facile de venir étudier ici. »

Ce n’est pas pour étudier que Daisy est venue au Québec en 2014. Son diplôme de journalisme déjà en poche, elle devait venir au pays dans le cadre d’un reportage, mais n’est finalement jamais repartie. 

« Je ne savais pas à quel point c’était compliqué de s’installer dans un autre pays, confie-t-elle. J’ai décidé de m’inscrire à l’université pour obtenir un visa d’études. Je ne savais pas à quel point c’était cher pour les étudiants étrangers non plus. »

Son visa ne lui permettant pas de travailler plus que 20 heures par semaine, Daisy est tombée des nues en voyant des factures de 3000 $ s’afficher dans son compte étudiant à chaque début de session universitaire. « Je ne savais pas quoi faire, je ne pouvais pas demander à mes parents qui ne roulent déjà pas sur l’or. Ma copine m’avançait l’argent parce qu’elle travaillait temps plein. »

Le stress financier les a marquées toutes les deux, même après que Daisy eut terminé sa maîtrise. « Tous les jours, on regardait notre compte en banque. Aller au resto ou prendre rendez-vous chez le dentiste, c’était un luxe. » 

Elle se souvient d’avoir fondu en larmes en voyant la facture de son dernier trimestre d'études, au bout du rouleau. « Je voulais juste que ça finisse et qu’on me laisse tranquille. Quand j’ai trouvé un emploi, j’ai utilisé mes trois premières payes pour rembourser mes dettes sur le champ. » 

Maintenant citoyenne canadienne, Daisy considère qu’elle était naïve à l’époque : « On pense que c’est facile de venir étudier ici. Sans fonds d’épargne ou l’aide de tes parents,c’est compliqué. » 

Si les frais de scolarité avaient été ne serait-ce qu’un peu plus élevés, elle aurait sans doute abandonné. « Jamais je n’aurais pu me permettre de dépenser autant d’argent, c’est trop anxiogène pour mener à bien un projet d’études. »