«En as-tu une grosse?»: connaissez-vous le racisme sexuel? | 24 heures
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«En as-tu une grosse?»: connaissez-vous le racisme sexuel?

Image principale de l'article «Être réduit à un fantasme, c’est dévalorisant»
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«En as-tu une grosse?» «Moi, j’aimerais ça t’essayer.» «Tu viens d’où? Parce que je connais pas ton pays, mais j’aimerais ça le connaître ce soir...» L’organisme RÉZO lance une campagne de sensibilisation pour que cesse le racisme sexuel chez les hommes GBTQ+.  

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«Être réduit à un objet, à un fantasme, à une expérience, c’est dévalorisant, ça peut faire en sorte qu’on vive encore du rejet et de la discrimination au sein même de la communauté à laquelle on a le goût d’appartenir», explique Steve Bastien, intervenant social et communautaire chez RÉZO, un organisme de santé et de mieux-être pour les hommes gais, bisexuels et trans.  

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Qu’est-ce que c’est, le racisme sexuel?  

Le racisme sexuel, c’est un ensemble de croyances et des attitudes qui sont perpétrées à l’égard d’hommes noirs et racisés dans un contexte sexuel. «Ce sont des phrases qui réduisent à l’exotisme, à la grosseur, à la taille du sexe, à notre origine, alors que plusieurs hommes noirs, comme moi, sont nés au Québec, au Canada, mais ce sont nos parents qui y ont immigré ou nos grands-parents», explique l’intervenant social. 

Les hommes racisés peuvent en vivre, «autant dans les applications de rencontres, dans les lieux sociaux, dans le lit, dans le salon, dans un bar», poursuit-il. 

«Ça fait mal, ça blesse, on se sent rejeté. On n’a pas le goût d’aller plus loin et d’être un objet sexuel. Nos ancêtres ont travaillé fort pour qu’on ne soit plus des objets depuis la fin de l’esclavagisme», souligne-t-il avec émotion. 

Steve Bastien, intervenant social et communautaire pour l'organisme RÉZO.

@cliffordjeanfelix

Steve Bastien, intervenant social et communautaire pour l'organisme RÉZO.

La campagne de sensibilisation de RÉZO, dont Steve Bastien a la responsabilité, a pour objectif d’ouvrir le dialogue entre hommes racisés et non racisés. «Ce qu’on veut, c’est qu’on en parle du racisme sexuel, de la fétichisation, en disant les vraies affaires, en n’ayant pas peur de dire que ça a des impacts sur la santé mentale et sexuelle d’hommes de la communauté gaie», affirme l’intervenant. 

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Fétichiser, c’est du racisme  

Alors que certaines personnes peuvent carrément rejeter la possibilité de se lier sexuellement à des hommes racisés, d’autres vont fétichiser l’idée de le faire. Et c’est tout autant du racisme sexuel, soutient Steve Bastien.  

«Fétichiser, dans le contexte sexuel, ça enferme les individus dans une boîte. Les gens ne nous voient que sous un angle. L'homme noir, viril, a un grand sexe. L'homme asiatique, soumis, n’a pas un grand sexe. L’homme arabe, on en a peur, mais il est viril», avance-t-il.  

Il croit que des préférences physiques sont tout à fait possibles, mais que la façon dont s’expriment ces préférences peut être empreinte de racisme.  

«Ne pas me réduire à un pénis, ne pas me réduire à ma virilité. Je suis plus que ça, j’ai des sentiments, j’ai un cœur, je suis une panoplie de choses», demande-t-il, pour lui-même, en tant qu’homme noir gai, mais aussi pour tous les hommes racisés dans une situation semblable à la sienne.  

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Des impacts sur la santé sexuelle et mentale  

Steve Bastien est catégorique: le racisme sexuel est une forme de microagression. «Et de se faire dire à répétition [des commentaires racistes], c’est fatigant, c’est frustrant, ça peut causer de la déception, de la colère.»

Le racisme sexuel peut d’ailleurs avoir des effets sur la santé physique et psychologique des personnes qui le vivent. Le rejet, par exemple, peut causer une faible estime de soi et affecter le sentiment d’appartenance, constate l’intervenant. «Ne pas être accepté, vivre du racisme dans la communauté at large et dans la communauté LGBTQ, ça a des impacts.» 

Ces effets peuvent aller jusqu’à affecter la santé physique de certains individus.  

«Certains hommes vont prendre plus de risque et avoir des comportements à risque, vivre une sexualité dans des endroits cachés, dans des endroits où on ne négocie pas le port du condom», ce qui les expose davantage aux maladies transmises sexuellement comme le VIH, conclut Steve Bastien.  

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