Voici pourquoi vous attendrez aussi longtemps pour votre voiture électrique | 24 heures
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Voici pourquoi vous attendrez aussi longtemps pour votre voiture électrique

Image principale de l'article Pourquoi c’est si long avoir une auto électrique
Illustration: François Berger

Ne soyez pas surpris de devoir patienter plus d’un an avant d’être au volant de votre future voiture électrique. L'explication derrière ces délais de livraison qui s’étirent ne se limite pas à la pénurie de pièces électroniques qui a fait les manchettes, mais est aussi liée à nos objectifs environnementaux trop peu ambitieux.  

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Les constructeurs automobiles peinent à répondre à la demande grandissante à l’heure où l’électrification des transports occupe un grand pan des cibles environnementales aux quatre coins du globe. 

C’est cet attrait massif pour l’électrique et la création de normes de plus en plus restrictives qui expliquent les longs délais auxquels nous faisons face. Et à court terme, ce n’est pas près de se régler, affirme Daniel Breton, président de Mobilité électrique Canada et ancien ministre de l’Environnement du Québec. 

Daniel Breton, président de Mobilité électrique Canada et ancien ministre de l’Environnement du Québec.

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Daniel Breton, président de Mobilité électrique Canada et ancien ministre de l’Environnement du Québec.

«Les constructeurs de véhicules envoient en priorité leurs voitures électriques dans des pays où la réglementation est la plus contraignante. S’ils n’en envoient pas assez dans ces pays-là, ils seront pénalisés financièrement», explique-t-il, en faisant référence aux normes sévères des pays membres de l’Union européenne (UE) et de la Chine, notamment. 

L’UE réserve des sanctions sévères aux constructeurs automobiles qui ne respectent pas les obligations environnementales qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 55% d’ici 2030. Les manufacturiers sont donc forcés d’investir massivement dans l’électrification des usines et doivent prévoir des flottes de véhicules électriques suffisantes pour respecter les engagements de l’UE, sans quoi ils pourraient être contraints de payer des amendes (très) salées. 

C’est ce qui explique pourquoi les fabricants automobiles envoient en priorité leurs véhicules électriques neufs dans une bonne partie de l’Europe. 

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Combien de temps pour mettre la main sur un véhicule électrique ?  

Quand on parle d’attente, on ne parle pas de quelques semaines. Les délais pour la livraison d’un véhicule électrique neuf varient entre 2 et 18 mois, tout dépendant du modèle choisi.  

Voici le délai d’attente moyen pour la livraison des véhicules électriques les plus populaires au Québec. À noter que plusieurs concessionnaires ont cessé de prendre les commandes de certains véhicules électriques en raison d’une demande trop élevée par rapport à la capacité de production, d’où leur absence dans le tableau. 

Tableau et photomontage: Julie Verville

  

Des objectifs qui ne suivent pas la demande  

Au Québec, la norme véhicules zéro émission (VZE) oblige les constructeurs automobiles à vendre un certain nombre de véhicules électriques sur le territoire jusqu’en 2035, date où la vente de véhicules neufs à essence sera proscrite. La province souhaite que 17,5% des ventes de véhicules soient électriques en 2026, un objectif trop peu élevé par rapport à d’autres pays d’Europe, selon Simon-Pierre Rioux, président de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ). 

«C’est un pourcentage faible et les manufacturiers y répondent sans problème, même s’il y a une demande beaucoup plus élevée. Puisqu’ils ne sont pas obligés de vendre plus de véhicules électriques, ils ne s’efforcent pas à le faire», explique-t-il.  

Alors que le Canada comptait 5,4% des ventes de véhicules électriques à la fin 2021, la Chine en comptait plutôt 20%, l’Allemagne, 36% et la Norvège, 65%. D’autres pays, comme l’Italie, ont souhaité rattraper leurs voisins européens en créant d’importants incitatifs financiers et en faisant grimper leurs objectifs de vente à 25% en aussi peu que... deux ans.  

«Le Québec est connu pour être un leader en électrification des transports, mais on est en train de se faire dépasser par un paquet de pays dans le monde et même la Colombie-Britannique et la Californie. On n’est plus un leader», déplore le président de Mobilité électrique Canada, qui plaide pour une réglementation plus stricte. 

Simon-Pierre Rioux, président de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ).

Courtoisie AVEQ

Simon-Pierre Rioux, président de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ).

  

Des efforts gâchés par les provinces voisines?  

Un peu moins de la moitié de tous les véhicules électriques au pays se trouvent au Québec. En date de février 2022, 133 226 véhicules électriques étaient sur nos routes, une progression de 39% par rapport à l’an dernier, selon des données de l’AVEQ. 

Il y a quelques semaines, le Canada est entré dans la danse en proposant sa propre loi «Zéro émission» avec une cible de 20% de ventes de véhicules électriques en 2026, puis 60% en 2030 et 100% en 2035. Des normes «ambitieuses», concède Daniel Breton, évoquant que le Canada avait pour habitude de suivre «la réglementation américaine ou l’absence de réglementation». 

Mais encore faut-il que tout le Canada participe aux efforts zéro émission. 

«Le problème au Canada, c’est qu’il y a quatre provinces au centre (Ontario, Manitoba, Saskatchewan et Alberta) qui n’ont mis en place aucune politique pour favoriser les bornes de véhicules électriques, aucun rabais pour l’installation d’infrastructures, aucune campagne d’éducation», regrette Daniel Breton, ajoutant que les «quatre provinces conservatrices plombent le bilan du Canada».  

La solution paraît donc simple : revoir à la hausse les normes zéro émission pour répondre à la demande du consommateur, et ainsi, atteindre plus rapidement les cibles fixées pour 2035. 

La situation actuelle, bien que «problématique», ne devrait cependant pas décourager les consommateurs quant à l’achat d’une voiture électrique, d’après Simon-Pierre Rioux de l’AVEQ. 

«Si on parle tout le temps qu'il n'y a pas assez de bornes et pas assez d'autos, les gens pensent que ça ne vaut pas la peine. Tous les nouveaux véhicules électriques offrent au moins 400 kilomètres d'autonomie donc il ne faut pas se fier aux gens qui disent que c'est difficile de rouler électrique.» 

-Avec Élizabeth Ménard et Julien Bouthillier

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