Des missiles ukrainiens ont-ils vraiment fait couler un navire russe? | 24 heures
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Des missiles ukrainiens ont-ils vraiment fait couler un navire russe?

Image principale de l'article L’Ukraine a-t-elle fait couler un navire russe?
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L'Ukraine affirme avoir frappé le navire amiral russe Moskva avec des missiles. S'agit-il d'un scénario plausible? Quelles conséquences pour la Russie et pour la suite du conflit? On fait le point.

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Une humiliation pour la Russie     

Le Moskva, vaisseau amiral russe long de 186 mètres en mer Noire, a coulé jeudi après avoir été touché par un missile ukrainien selon Kyïv, en raison d’un incendie accidentel selon Moscou, un déboire majeur laissant craindre une escalade du conflit alors que la Russie accuse l’Ukraine de bombarder des villages sur son sol.

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«Lors du remorquage du croiseur Moskva vers le port de destination, le navire a perdu sa stabilité en raison de dommages à la coque subis lors de l’incendie à la suite de la détonation de munitions. Dans des conditions de mer agitée, le navire a coulé», a déclaré jeudi soir le ministère russe de la Défense.

Il avait auparavant indiqué que l’incendie à bord était «circonscrit» et que le croiseur «gardait sa flottabilité», tout en affirmant enquêter sur les causes du sinistre.

La perte de ce navire de commandement est «un coup dur» porté à la flotte russe dans la région, a déclaré jeudi le porte-parole du Pentagone John Kirby, avec «des conséquences sur leurs capacités» de combat, le navire étant un «élément-clé de leurs efforts pour établir une domination navale en mer Noire».

Le Moskva «assurait la couverture aérienne des autres vaisseaux pendant leurs opérations, notamment le bombardement de la côte et les manoeuvres de débarquement», a détaillé de son côté le porte-parole de l’administration militaire régionale d’Odessa Sergueï Bratchouk, sur Telegram.

Quelles que soient les circonstances du naufrage, il s’agit pour la Russie de l’un de ses plus gros revers et d’une humiliation majeure.

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Des missiles ukrainiens?    

Des missiles ukrainiens pourraient avoir frappé le navire amiral russe, comme le revendique Kyïv, s’accordent nombre d’experts. 

Le porte-parole du Pentagone John Kirby s’est abstenu jeudi de confirmer l’origine de l’incendie à bord du Moskva, tout en estimant «possible qu’ils l’aient touché avec un missile Neptune», qui dispose d’«un rayon d’action suffisant pour atteindre le Moskva».

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Ce missile antinavire ukrainien est entré en service dans les forces ukrainiennes en mars 2021, selon la presse ukrainienne. Le Neptune est une évolution du missile antinavire soviétique Zvezda Kh-35, avec des performances nettement améliorées. 

Tiré depuis une batterie à terre, ce système de défense côtière aurait une portée d’environ 300 kilomètres. Le missile ne démasque son radar qu’en phase avancée d’approche de sa cible, pour se protéger au maximum des contre-mesures ennemies, explique une source militaire occidentale.

Défenses antimissiles «datées»  

Ces contre-mesures peuvent être de deux ordres: soit via le brouillage du radar du missile (guerre électronique), soit en détruisant le missile avec une muraille d’obus tiré par un système d’arme rapproché de type américain Phalanx, nommé Duet dans sa version russe.

On ignore si le Moskva disposait de l’un ou l’autre de ces dispositifs.

Une certitude toutefois, selon H. Eldon Sutton, expert à l’Institut naval américain, «les défenses antimissiles du Moskva étaient datées». Outre des missiles antinavires Vulkan et des missiles mer-air Fort de type S-300, le bâtiment russe était équipé de missiles courte portée Ossa et de canons antiaériens.

«Il semble que le Moskva soit le seul des navires de sa classe encore en service à n’avoir pas reçu lors de sa modernisation de nouveaux radars capables de repérer efficacement des cibles volant à faible altitude comme les missiles antinavires Neptune», souligne le site d’information russe Meduza, basé en Lettonie.

Autre facteur de vulnérabilité: «le croiseur Moskva effectuait des mouvements relativement prévisibles dans la mer Noire» depuis le début de l’invasion russe, souligne H. Eldon Sutton.

«La question est de comprendre pourquoi la Russie gardait ce bâtiment si près des côtes sans savoir si les missiles antinavire Neptune ukrainiens étaient en service», ajoute Rob Lee, expert de l’Institut de recherche de la politique étrangère (FPRI) à Washington.

Les frappes russes depuis la mer sont efficaces, mais limitées en nombre (...) et la perte du Moskva ne va sans doute pas constituer un revers majeur. Mais si elle est confirmée, la capacité de l’Ukraine à frapper les navires de guerre en mer Noire pourrait forcer les Russes à déployer des moyens de défense aérienne supplémentaires à bord de ses bâtiments ou à éloigner ces derniers des positions proches de la côte ukrainienne», commente l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW).

Frappe russe sur l’usine des missiles Neptune   

Au lendemain du naufrage, la Russie a promis d’intensifier ses frappes sur Kyïv en réponse à des attaques qu’elle qualifie de «terroristes», la première visant le fabricant des missiles Neptune avec lesquels les Ukrainiens affirment avoir coulé le Moskva.

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«Le nombre et l’ampleur des frappes de missiles sur des sites de Kyïv vont augmenter en réplique à toutes les attaques de type terroriste et aux sabotages menés en territoire russe par le régime nationaliste de Kyïv», a mis en garde le ministère russe de la Défense.

Dans la nuit, c’est une usine de missiles de la région de Kyïv qui a été touchée par une frappe russe, ont constaté vendredi des journalistes de l’AFP sur place.

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Le ministère russe a de son côté annoncé la destruction d’un atelier de production de missiles dans l’usine Vizar située dans la banlieue de Kyïv.

L’usine Vizar est l’une des usines ukrainiennes qui fabriquent ces missiles, indique sur son site internet UkrOboronProm, la holding d’Etat qui chapeaute les usines d’armement ukrainiennes.

Un atelier de l’usine et un immeuble administratif la jouxtant, situés dans la localité de Vychnevé, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale ukrainienne, ont été gravement endommagés, a constaté l’AFP. Une cinquantaine de véhicules garés sur le parking à proximité ont aussi eu leurs vitres soufflées.