En parlant de Jésus, Jean Charest use-t-il d'une stratégie politique? On vous explique | 24 heures
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En parlant de Jésus, Jean Charest use-t-il d'une stratégie politique? On vous explique

Le candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada (PCC) Jean Charest en a surpris plusieurs en publiant un tweet sur Jésus-Christ à Pâques. Est-il devenu le messager de Dieu ou est-ce une simple stratégie politique?

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«Pâques est une période de réflexion sur les sacrifices de Jésus. C’est aussi l’occasion pour les familles de se réunir pour célébrer le renouveau et envisager l’avenir avec espoir», a écrit dimanche dernier l’ancien premier ministre du Québec sur Twitter.

Pour le chargé de cours au département de science politique de l’UQAM et spécialiste en politique canadienne et québécoise André Lamoureux, il va sans dire que M. Charest a «toute la liberté de dire ce qu’il veut sur Jésus» sur une base individuelle.

Toutefois, c’est le contexte politique qui surprend, puisqu’il ne s’agit pas d’un «message privé envoyé à ses petits-enfants», dit-il, mais bien d’un tweet écrit dans le cadre d’une course au leadership d’un parti.

«Je trouve ça délicat de sa part», lance-t-il au bout du fil au 24 heures. «C’est public, ce qu’il vient de faire. J’imagine que s’il a écrit ça sur Twitter, c’est pour que tout le monde l’entende.»

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Jésus, laïcité et stratégie politique  

Le tweet, qui peut paraître anodin pour certains, en laisse plusieurs perplexes. André Lamoureux va jusqu’à se questionner sur la position de Jean Charest sur la loi 21 au Québec et le débat sur la laïcité qui a lieu actuellement dans la Belle Province, mais également au Canada.

Rappelons que la loi 21, appliquée seulement au Québec, interdit le port de signes religieux à certaines personnes en position d'autorité, principalement les enseignants et enseignantes des écoles primaires et secondaires, les policiers et policières ainsi que les juges. 

«Vous savez qu’il y a une rage phénoménale dans le reste du Canada [à l’endroit de la loi 21], une haine abominable», dit le chargé de cours. «Je soupçonne qu’il y ait un but politique derrière ce tweet-là.»

Jean Charest

DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QUEBEC

Jean Charest

En mettant cartes sur table avec sa référence au fils de Dieu, il se peut, oui, qu'il tente de marquer des points au Canada anglais et de rallier un maximum de catholiques conservateurs derrière lui, mais également de démontrer qu’il est favorable à l'expression des croyances religieuses.

Des Québécois pourraient percevoir cela comme une attaque envers la clause nonobstant, qui permet aux parlements provincial et fédéral d'adopter une loi dérogeant à certains articles de la Charte canadienne des droits et libertés. En 1989, l’ancien premier ministre du Québec Robert Bourassa clamait que la province ne pouvait déléguer «sa protection culturelle à un gouvernement responsable à une majorité d’une autre culture» et qu’il n’y a rien qui allait l’empêcher de «défendre les intérêts supérieurs du Québec».

En entrevue à LCN, M. Charest a toutefois affirmé le mois dernier que «la question de la laïcité pour les Québécois, c’est fondamental» et qu’il fallait respecter ça.

«Ce n’est pas moi qui vais courir avec des poursuites devant les tribunaux, je n’en ferai pas de poursuite devant les tribunaux. Si l’affaire va à la Cour suprême, le gouvernement fédéral s’exprimera», a-t-il dit.

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God bless America  

Franklin D. Roosevelt, Richard Nixon, Barack Obama, Donald Trump, Joe Biden... Les présidents des États-Unis mentionnent le nom de Dieu abondamment lors de divers discours, sans que ça surprenne.

«Les Américains sont habitués à ce genre de discours avec des “God bless you and God bless America” ici et là, tant chez les républicains que chez les démocrates, à la Maison-Blanche, au Sénat ou au Congrès. Ça ne surprend personne. Au Québec, ça détonne», explique M. Lamoureux.

Après tout, les États-Unis ont le nom de Dieu directement dans leur devise nationale, tandis qu'on est plutôt dans une vague de décrochage des crucifix dans les instances.

Le crucifix a été retiré du Salon bleu de l'Assemblée nationale le 9 juillet 2019. Installé par Maurice Duplessis, le Christ en croix toisait les parlementaires québécois depuis 1936.

Le Journal de Québec Courtoisie

Le crucifix a été retiré du Salon bleu de l'Assemblée nationale le 9 juillet 2019. Installé par Maurice Duplessis, le Christ en croix toisait les parlementaires québécois depuis 1936.

Depuis les années 1960, à l’époque de la Révolution tranquille et la modernisation de la société, «c’est extrêmement rare qu’on voie un politicien référer à Dieu ou Jésus dans ses discours [au Canada]. C’est encore plus rare au Québec», soutient-il, soulignant que l’État est séparé des religions depuis «fort longtemps». 

Selon l’expert, le gazouillis de l’ancien libéral provincial ne fait pas partie d’une tangente en politique canadienne. 

«Au Canada et au Québec, je pourrais dire que c’est un modèle d’intervention en voie de disparition», dit M. Lamoureux en riant. 

Pas le seul candidat 

 

Jean Charest n’est pas le seul candidat à la chefferie du PCC à avoir publié un message mentionnant le nom de Jésus. Son opposant et député conservateur Pierre Poilivre y est lui aussi allé d’un gazouillis – en anglais seulement – en honneur de la résurrection du Christ.

 
Il a même cité un passage de la Bible: «Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité», peut-on lire, citant Luc.

Concernant la loi 21, Poilievre ne s’en cache pas: il est contre. Toutefois, contrairement à M. Charest, il ne compte pas intervenir pour s’y opposer s’il devient premier ministre du Canada, même si le tout finit à la Cour suprême. 

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