Tomber en amour avec un mode de vie simple... et réaliser que c'est écolo | 24 heures
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Tomber en amour avec un mode de vie simple... et réaliser que c'est écolo

François a adopté un mode de vie sobre par choix avant même de se rendre compte que c'était écolo.
Photo Camille Dauphinais-Pelletier

François a adopté un mode de vie sobre par choix avant même de se rendre compte que c'était écolo.

L’histoire de François* est la preuve qu’un mode de vie écolo peut être compatible avec le bonheur: il a choisi un style de vie sobre d’abord parce que c’est ce qui le rendait heureux. Ce n’est qu’au fil des ans qu’il a réalisé que c’était aussi bon pour l’environnement. 

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François a grandi en banlieue de Montréal. Un jour, vers 21 ans, il s’est rendu seul dans la métropole pour aller chercher des billets de spectacle pour sa famille. «J’ai marché du métro Laurier jusqu’au Cabaret du Mile-End. En route, j’ai vu que tout était proche à pied, j’ai croisé plein de commerces, je me suis acheté des fruits... et je me suis dit : "wow, ce mode de vie-là est possible!"» se souvient-il.  

Il a donc déménagé à Montréal et s’est donné comme objectif de ne jamais avoir de voiture pour des raisons pratiques, financières et environnementales, malgré ce que la publicité envoyait comme message au tout jeune homme qu’il était alors. 

«On se fait beaucoup endoctriner, dire que c’est une extension de notre personnalité. Alors j’ai décidé que mon affirmation, dans la vie, c’était de ne pas en avoir! Il faut en tirer une certaine fierté, on ne fait pas tout ce processus psychologique pour rien», dit celui qui a aujourd’hui 47 ans et qui n’a effectivement jamais possédé de voiture. 

François fait la majorité de ses emplettes à pied et à vélo - pas pour rien qu’il fait en moyenne 14 000 pas par jour. Il utilise Communauto quand il sort de la ville ou qu’il doit faire des achats plus massifs. 

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Une maison, nécessaire? 

François est fonctionnaire à la Ville de Montréal et vit aujourd’hui dans un trois et demi sur le Plateau-Mont-Royal. Il est à quelques rues de chez ses trois enfants, aujourd’hui adultes, qui vivent toujours chez leur mère, de laquelle il s’est séparé il y a quelques années. La famille ne s’est jamais établie en banlieue.  

D’ailleurs, François n’envie pas ses proches qui font une heure de route chaque jour pour se rendre au travail, puis une autre pour en revenir. «Les gens recherchent les grands espaces, c’est vendu comme étant la chose à faire. Ça ne me parle pas, je n’ai pas envie d’avoir un gros terrain, je n’aime pas passer tout mon temps chez nous, je suis toujours en train de travailler, de faire des activités à l’extérieur... et il y a quand même plein de parcs autour», dit-il.  

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Il glisse au passage l’exemple d’un de ses amis qui a déménagé récemment. «Il trouve ça lourd de gérer le déneigement, le gazon, les gouttières... ses temps libres deviennent dédiés à l’entretien d’une grosse bâtisse.» 

Ses autres habitudes écolo sont simples : il n’achète pas de viande à la maison, ce à quoi il trouve plusieurs autres avantages - ça coûte moins cher, c’est meilleur pour la santé, c’est moins salissant et c’est mieux pour le bien-être des animaux. 

Il ne remplace ses appareils électroniques que lorsqu’ils brisent et qu’il est impossible de les faire réparer.  

Sa table tournante achetée en 1987 et son lecteur CD de 1993 sont encore dans son salon. Il a acheté son ordinateur portable usagé en 2015, et ne compte le changer que lorsqu’il ne pourra plus faire fonctionner les logiciels de base – il estime que cette date viendra autour de 2024-2025. Même chose pour son cellulaire, acheté en 2017.  

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«Je mange à ma faim, je vis correctement, j’ai accès à de la technologie... Je ne suis pas si frugal, je fais juste appliquer certains principes. Avant de dépenser, je réfléchis, je n’achète pas impulsivement, je laisse l’idée faire son chemin», résume-t-il. 

Consommer moins, en gros, ça lui laisse plus de temps et d’argent pour sortir, voir ses amis, ses enfants, aller au resto, voir des spectacles... bref pour vivre. «Il faudrait développer ce mode de vie-là ailleurs», croit-il.  


Faire attention au greensplaining  

Le greensplaining, c’est le fait de faire la morale aux autres en parlant d’environnement et en impliquant, souvent de façon condescendante, qu’ils pourraient et devraient faire mieux. 

François nous en a parlé très tôt dans l’entrevue: il ne veut absolument pas faire de greensplaining et reconnaît que plusieurs facteurs entrent en compte dans le fait d’être capable ou non d’avoir un mode de vie plus écolo. 

«Je veux faire attention parce que je suis un homme blanc avec un bon revenu, ça peut être facile de devenir moralisateur», dit-il. 

Il remarque aussi qu’il est beaucoup plus facile d’être écolo en habitant seul et en n’ayant que ses achats et déplacements à lui à gérer. Quand il habitait avec les enfants, il faisait l’épicerie chez Costco puisque c’était moins cher et qu’ils étaient plusieurs, avec tout ce que ça implique de location de voiture et d’achat de produits suremballés.  

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C’est entre autres pour ça que, même s’il se renseigne beaucoup sur l’environnement à travers des conférences et documentaires, dans sa vie de tous les jours, il parle assez peu de pratiques environnementales avec ses proches.  

«Je ne fais pas ce genre de moralisation en général. Sur mon milieu de travail aussi je fais attention, parce que ça peut devenir désagréable», dit-il.  

De toute façon, le but est de trouver des solutions collectives, puisque le sort de la planète nous affectera tous peu importe notre niveau de consommation. «Je ne veux pas être en opposition avec les gens de la banlieue, il faut qu’on trouve une façon de ramer dans le même sens», résume-t-il.  

*François nous a demandé d’utiliser uniquement son prénom pour des raisons liées à son emploi. 

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