Le conflit en Ukraine sur le point de dégénérer en troisième guerre mondiale? | 24 heures
/panorama/guerre-en-ukraine

Le conflit en Ukraine sur le point de dégénérer en troisième guerre mondiale?

Photo d’une attaque russe sur Marioupol
AFP

Photo d’une attaque russe sur Marioupol

Les États-Unis qui sont prêts à tout pour faire tomber la Russie, les livraisons d’armes occidentales qui s’accélèrent, Moscou qui brandit le spectre d’une troisième guerre mondiale tout en intensifiant ses frappes dans le Donbass: le conflit en Ukraine est-il sur le point de dégénérer en conflit global? Un expert fait le point. 

• À lire aussi: L’Occident prêt à tout pour battre la Russie?

• À lire aussi: Pourquoi Poutine veut gagner la guerre en Ukraine avant le 9 mai

Washington a indiqué qu'il était prêt à «remuer ciel et terre» pour voir l’Ukraine triompher de la Russie, en marge de la réunion à laquelle il a convoqué une quarantaine de pays alliés sur la base militaire de Ramstein, en Allemagne, mardi. 

Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, a d’ailleurs annoncé que ces réunions – qui visent à s’assurer que l’aide militaire réponde le mieux possible aux besoins de la résistance ukrainienne – se tiendront tous les mois à l’avenir.

Mercredi, la ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss, a ajouté que les pays opposés à l'invasion de l'Ukraine par la Russie doivent «augmenter» leur production militaire pour aider l'Ukraine, notamment en lui fournissant des armes lourdes, des chars et des avions.

Pour la Russie, cette mobilisation équivaut à «une guerre par procuration» qui pourrait avoir des répercussions importantes en Europe, a averti le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov. Il a aussi prévenu que le risque d’une troisième guerre mondiale «est bien réel». 

Sergei Lavrov

AFP

Sergei Lavrov

Changement de position de l’OTAN?       

Face à cette ambition affichée d’armer l’Ukraine de façon plus importante sans tenir compte des avertissements russes, une question se pose: assistons-nous à un changement de position de l’OTAN dans le conflit? Pas tout à fait, estime Julien Toureille, membre de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. 

• À lire aussi: L'Occident réussira-t-il à livrer des armes à temps en Ukraine?

• À lire aussi: La Russie pourrait utiliser de «petites» armes nucléaires en Ukraine

«La différence, c’est que les armes acheminées en Ukraine sont maintenant plus sophistiquées. Les alliés adoptent donc une position plus ferme, mais ils restent dans la même logique, qui consiste à aider les Ukrainiens à mener eux-mêmes leur guerre sur le terrain. On ne voit toujours pas l’OTAN s’impliquer plus directement et prendre le rôle de cobelligérant», analyse-t-il. 

Possible victoire de l’Ukraine      

Julien Toureille estime que les Occidentaux veulent surtout réaffirmer leur solidarité à long terme avec l’Ukraine, après que l’incompétence et les failles des forces armées russes eurent empêché Vladimir Poutine d’atteindre ses objectifs de «décapitation rapide du régime» ukrainien.

Vladimir Poutine

AFP

Vladimir Poutine

«On a l’impression qu’en aidant les Ukrainiens, on peut les aider à obtenir une victoire. C’est une chose que l’on n’envisageait pas il y a deux mois encore. Mais c’est désormais une possibilité, même si cette victoire reste incertaine, qu’elle prendrait du temps et qu’elle serait très coûteuse», dit-il. 

Ses propos font échos à ceux qu'a tenus le chef du Pentagone plus tôt cette semaine, selon lesquels les Ukrainiens «peuvent gagner s’ils ont le bon équipement et le bon soutien». 

Les représentants russes bombent le torse      

En réaction à la mobilisation occidentale, la Russie multiplie les allusions à une escalade dans le conflit. Le ministre russe de la Défense avait lancé des avertissements en début de semaine, et le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a renchéri à ce sujet jeudi. 

«La tendance à [envoyer] des armes, y compris des armes lourdes, en Ukraine, ce sont des actions qui menacent la sécurité du continent et provoquent l'instabilité», a-t-il insisté. 

• À lire aussi: L’économie russe est-elle sur le point de s’effondrer?

Une escalade verbale qui n’a rien de surprenant dans le contexte actuel, estime Julien Toureille.

«Moscou n’a pas d’autre choix que de montrer son mécontentement et d’essayer d’apeurer l’opinion publique occidentale. Ça ressemble à ce qu’ils avaient fait en début de conflit, quand ils avaient évoqué la menace nucléaire de façon très transparente», soutient-il. 

AFP

M. Toureille rappelle que ces menaces témoignent aussi du désir qu'a la Russie, d’être reconnue comme une grande puissance par la communauté internationale. 

«Pour Moscou, le fait d’activer la menace d’une troisième guerre mondiale correspond à leur idée de prestige et à leur désir d’être écoutés et respectés. C’est une façon de se mettre au niveau de la puissance américaine.»

Doit-on craindre ces menaces?       

Même si l’escalade ne semble pour l'instant que verbale, ça ne veut dire qu’il ne faut pas prendre les menaces de la Russie au sérieux. La guerre est en effet souvent imprévisible, et Vladimir Poutine aussi. 

• À lire aussi: L’Ukraine scindée en deux? Voici ce que voudrait dire la chute de Marioupol

«Dans un scénario pessimiste, on peut s’imaginer que Vladimir Poutine, au pied du mur, décide qu’il serait prêt à tout détruire autour de lui plutôt que de perdre la face. On ne peut pas le négliger, mais je ne crois pas que ce soit très probable. La Russie n’a rien à gagner à voir le conflit s’envenimer de la sorte», explique Julien Toureille.  

Vladimir Poutine

AFP

Vladimir Poutine

Le chercheur estime qu’il est possible que le président russe brandisse ces menaces pour lui-même désamorcer la situation, ce qui le positionnerait comme une force raisonnable et amenuiserait la grogne dans l’opinion publique russe. 

«Il pourrait ainsi se présenter comme un sauveur. La suite des choses est difficile à prédire, parce que la dynamique du conflit change vite et que nous ne sommes pas dans la tête de Vladimir Poutine», conclut-il.