«Sauver la planète, c’est un luxe»: la fausse viande coûte plus cher que la vraie | 24 heures
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«Sauver la planète, c’est un luxe»: la fausse viande coûte plus cher que la vraie

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Une personne qui souhaite limiter sa consommation de viande pour sauver la planète et économiser devrait se tenir loin des protéines végétales transformées si elle ne veut pas se ruiner. Ces aliments se vendent en moyenne 38% plus cher que la viande malgré la hausse spectaculaire des prix depuis un an.

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C’est ce que révèle une enquête du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, qui a comparé le prix de la viande et de ses substituts faits à partir de protéines végétales, comme le bœuf haché «Beyond Meat» ou le bacon végétalien. 

Et les résultats sont «surprenants», signale le directeur du laboratoire, Sylvain Charlebois. 

«Puisque le coût de la viande a tellement augmenté dans la dernière année, on pensait que les produits équivalents à base de protéines végétales allaient être plus abordables. Mais non», souligne-t-il. 

Université Dalhousie

Sauver la planète, c’est cher   

Sur le 55 produits mis à l’étude, les équivalents à base de protéines végétales se détaillent en moyenne 38% plus cher. 

Le consommateur devra ainsi débourser 71% de plus pour les galettes de hamburger végétaliennes, et 25% de plus pour les saucisses à hot-dog sans produit animal. 

Mais, la catégorie comportant la plus grande différence de prix est sans contredit celle des croquettes «sans poulet», qui se vendent 104% plus cher que celles faites avec de la viande. 

Université Dalhousie

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«Sauver la planète, c’est un luxe», lance le professeur Charlebois. 

L’étude a exclu certains substituts végétaliens comme le tofu, les pois chiches et les lentilles puisque la comparaison était impossible. «On a comparé les produits et non les diètes», résume l’expert. 

Quel est l’avenir pour ses produits?   

Il y a 3 ou 4 ans, les chaînes de restauration rapide ont voulu offrir un menu plus démocratique en ajoutant une option pour les consommateurs végétariens ou végétaliens approximativement au même prix. 

Dans ce secteur, l’option «fausse viande» risque donc de se maintenir. 

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Mais dans le commerce de détail où la compétition est plus féroce, ces équivalents ne sont absolument pas compétitifs. 

Si bien que l’expert se demande quel est l’avenir pour ces aliments transformés. 

«Ce ne sont pas des produits pour convertir les gens à adopter un régime alimentaire végétalien», fait valoir le professeur Charlebois. «Ce sont des produits de luxe pour les flexitariens qui ne savent pas faire leurs propres boulettes à base de lentilles ou de pois chiches à la maison et qui les essaient sans y revenir.» 

«Avec l’inflation alimentaire, ces produits risquent de disparaître parce que les consommateurs ne pourront pas en acheter», croit-il. 

Trois hypothèses   

Pour expliquer l’écart de prix entre la viande et ses substituts, trois hypothèses sont mises de l’avant par l’équipe de Sylvain Charlebois. 

D’abord, le coût de fabrication de ces aliments est très élevé. «Reproduire la texture ou le goût du poulet demande de la recherche. Et le processus de transformation est dispendieux», dit-il. 

Puis, pour ne pas compromettre les marges de profits importantes du comptoir des viandes dans les épiceries. «On ne veut pas miner la profitabilité de la boucherie», résume-t-il. 

Il suggère également que les prix élevés de ces produits végétaliens sont maintenus artificiellement pour protéger les parts de marché de la viande. «La plupart des grandes entreprises dans le secteur de la viande comme JBS et Maple Leaf ont toutes investi dans les substituts à base de plantes.»

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