Le nombre de Québécois au salaire minimum diminue année après année | 24 heures
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Le nombre de Québécois au salaire minimum diminue année après année

La plus grande partie des emplois au salaire minimum se trouvent dans les secteurs du commerce, de l’hébergement et service de restauration.
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La plus grande partie des emplois au salaire minimum se trouvent dans les secteurs du commerce, de l’hébergement et service de restauration.

Depuis trois ans, de moins en moins de travailleurs sont payés au salaire minimum au Québec et ce chiffre devrait rester bas, selon plusieurs experts. Frappés par la pénurie de main-d'œuvre et le taux de chômage historiquement bas, les employeurs n’ont d’autre choix que d'offrir de meilleurs salaires. 

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«Faute de pouvoir recruter, il se peut que des employeurs offrent des taux horaire au-dessus du salaire minimum dans une plus grande proportion», indique Luc Godbout, titulaire de la chaire en recherche en fiscalité et en finances publiques (CFFP) à l’Université de Sherbrooke. 

En 2021, 205 400 Québécois étaient rémunérés au salaire minimum, soit 4,8% des emplois. Ce chiffre, à la hausse entre 2004 à 2018, s’est essoufflé de 32% au cours des trois dernières années. Ce phénomène peut s’expliquer par le taux de chômage historiquement faible et la rareté de main d’œuvre prévalente, selon Luc Godbout.

Il est difficile de prédire une descente du nombre de personnes travaillant au salaire minimum dans les prochaines années, mais chose certaine, plusieurs facteurs vont permettre de garder ce taux bas, indique l’économiste principale au mouvement Desjardins, Joëlle Noreau. 

«Le très bas taux de chômage et le nombre élevé de postes vacants rendent le recrutement extrêmement difficile et pour les employeurs, offrir un meilleur salaire est une partie de la solution», indique-t-elle. 

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Des emplois de plongeur près des 20$ de l’heure

La plus grande partie des emplois au salaire minimum se trouvent dans les secteurs du commerce, de l’hébergement et service de restauration. Il n’est pas rare de voir, sur des sites d’offres d’emploi comme Jobillico et Indeed, des salaires offerts autour des 20$ de l’heure pour des postes de plongeur, préposé à l’entretien voire pour des commis au service à la clientèle. 

Ces emplois, considérés comme des postes d’entrée dans le marché du travail, sont d’ailleurs particulièrement inintéressants aux yeux des travailleurs, selon les plus récentes données d’Emploi-Québec. 

Pour expliquer la baisse du nombre de personnes payées au salaire minimum, l’experte cite le taux de chômage le plus faible jamais enregistré, le nombre particulièrement élevé de postes vacants et les nombreuses formations offertes par Québec pendant la pandémie pour former de la main-d’œuvre qualifiée dans des secteurs en demande. 

«C’est possible qu’on reste à des niveaux bas, mais n’oublions pas que les fermetures temporaires pendant la pandémie ont principalement affecté les industries aux salaires les plus bas comme le commerce au détail et la restauration», nuance l’économiste. 

En 2021, on comptait 238 000 postes vacants au Québec et la moyenne du salaire offert se situait à 21,80$, soit 8,30$ au-dessus du salaire minimum la même année, d’après Statistique Canada. Cependant, ce salaire moyen offert tombe à 16,20$ dans le secteur du commerce au détail, où il manque toujours 21 500 paires de bras. 

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Surtout des jeunes, mais pas juste 

Plus de la moitié des travailleurs au salaire minimum (60%) sont des jeunes de moins de 25 ans qui occupent des emplois à temps partiel. Selon les résultats de l’étude menée par la CFFP à Sherbrooke, la moitié des gens au salaire minimum a un diplôme d’études secondaires ou n’a pas de diplôme, ce qui laisse croire qu’une bonne partie de ces personnes travaillent tout en étant aux études.  

«Il y a 200 000 personnes au salaire minimum, mais il y a 800 000 personnes payées en bas de 15$ de l’heure. Ça commence à faire beaucoup de travailleurs qui sont au bas de l’échelle», déplore la chercheuse à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), Julia Posca. 

La chercheuse précise que malgré la prédominance des jeunes, le quart des employés au salaire minimum sont des adultes de plus de 25 ans et que 14% sont âgés de plus de 55 ans. 

«Des gens pour travailler, il y en a, mais il y a de plus en plus de départs à la retraite en raison du vieillissement de la population et les emplois à bas salaire sont moins intéressants», ajoute Julia Posca, qui prévoit que les travailleurs plus pauvres qui ont besoin de subvenir à leurs besoins vont finir par s’éloigner des emplois au salaire minimum. 

«C’est une bonne nouvelle si dans les prochaines années le nombre de personnes au salaire minimum continue de descendre parce que c’est comme ça qu’on va sortir des gens de la pauvreté», conclut la chercheuse. 

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