Voici pourquoi ça sent autant le fumier à Montréal | 24 heures
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Voici pourquoi ça sent autant le fumier à Montréal

Image principale de l'article Pourquoi ça sent autant le fumier à Montréal?

Vous n’hallucinez pas: il y a bel et bien une odeur de fumier qui se dégage des rues de Montréal depuis quelques jours. Pourquoi maintenant? Qu’est-ce qui fait en sorte qu'une telle odeur puisse se rendre jusque sur l’île? On vous explique.

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Pourquoi ça sent le fumier en ce moment?   

Les agriculteurs peuvent épandre du fumier entre le 1er avril et le 1er octobre, sauf exception. Si les agriculteurs avaient l’habitude d’attendre l’automne pour épandre leur fumier, ils sont aujourd’hui nombreux à le faire aussi au printemps. Voilà donc pourquoi vous avez peut-être senti une odeur de purin dans les derniers jours.  

Dame Nature a également son mot à dire. À cause du printemps qui a tardé à montrer le bout de son nez, il y a actuellement un «boum» d’épandage, explique Martin Caron, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

L'Union des producteurs agricoles (UPA) avertit les Québécois que l’odeur de fumier sera plus forte cette année, à cause de la guerre en Ukraine, qui a fait exploser les prix de l'engrais.

Sur cette photo: Martin Caron, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec

Crédit photo: UPA / Courtoisie

Union des producteurs agricoles

L'Union des producteurs agricoles (UPA) avertit les Québécois que l’odeur de fumier sera plus forte cette année, à cause de la guerre en Ukraine, qui a fait exploser les prix de l'engrais. Sur cette photo: Martin Caron, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec Crédit photo: UPA / Courtoisie

«Lors d’un printemps tardif, comme actuellement, quand les agriculteurs voient une plage de trois jours de beau temps comme ce week-end, c’est là qu’il faut épandre, précise-t-il. S’il pleut, il faudra attendre que ça sèche, ce qui retarde la cultivation.»

Une fois que le fumier a été épandu, il est recommandé de ne pas tarder à labourer la terre pour limiter au maximum les odeurs. Plus le fumier est enfoui rapidement, moins le vent en emportera... et moins les odeurs seront marquées. 

Pourquoi les agriculteurs utilisent-ils du fumier?   

Oui, le fumier ne sent pas la rose, mais il sert de fertilisant naturel pour les sols, notamment grâce à sa richesse en azote, et il facilite la croissance des cultures.

Pour fertiliser leurs champs, les fermiers peuvent utiliser trois types de fertilisants: le fumier, qui est sous forme solide, le lisier, qui est un liquide formé d'un mélange de déjections d'animaux d'élevage (urine, excréments) et d’eau, ou encore des engrais de synthèse issus de substances transformées chimiquement. 

Lorsqu’un agriculteur a accès à du fumier, c’est l’option la plus avantageuse, souligne Kévin Richard, agronome, agroéconomiste et professeur à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec (ITAQ).

 

Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

«Si le producteur a du fumier chez lui, c’est un avantage économique, parce que ça réduit ses coûts pour l’achat d’engrais de synthèse», mentionne-t-il. L’épandage permet aux agriculteurs de le valoriser le fumier, qui est pratiquement gratuit, en lui donnant une deuxième vie. 

Plus de fumier... à cause de la Russie   

En raison de la guerre en Ukraine et des sanctions imposées à la Russie, le prix de l’engrais azoté a d’ailleurs plus que doublé cette année, passant d’environ 630$ la tonne à 1500$ la tonne, selon l’UPA. Ce prix devrait convaincre encore plus d’agriculteurs de se tourner vers le fumier pour fertiliser leurs terres. 

Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, la Russie de Vladimir Poutine était en 2021 le premier exportateur d'engrais azotés et le deuxième fournisseur d'engrais potassiques et phosphorés.

La météo a-t-elle une influence sur l’odeur?   

Le temps qu'il fait n'a aucun effet sur l’intensité de l’odeur que dégage le fumier (et les champs sur lesquels il a été épandu), mais il agit toutefois sur sa dispersion. 

C’est en raison des vents, par exemple, que les odeurs de fumier des fermes près de Montréal se transportent jusque dans les rues de la métropole, explique Patrick de Bellefeuille, présentateur météo chez MétéoMédia et expert en changements climatiques.

Les nuages sont également à blâmer, poursuit-il. «L’odeur part, mais frappe un bouclier et ne traversera pas la masse nuageuse. C’est comme une marmite: tu mets le couvert, ça reste en dedans.»

Plus il vente et plus il fait nuageux, plus vous risquez, donc, de sentir des effluves agricoles, comme c’est actuellement le cas. 

Qu’est-ce qui est plus écolo: le fumier ou les engrais de synthèse?   

C’est le fumier qui est l’option la plus verte, notamment en raison du coût environnemental lié à la production et au transport de l’engrais de synthèse, affirment Kévin Richard et Martin Caron. 

«Si on pense à l’engrais à base d’azote, la transformer prend beaucoup de pétrole, tout comme sa transportation», souligne M. Richard. Ce dernier ajoute toutefois qu'au moment de l'épandage, les deux options se valent. 

«Quand on parle de durabilité, on parle de marché de proximité. Quand on utilise notre fumier à bon escient, on s'assure qu’il y ait une valeur économique», conclut pour sa part M. Caron.