CHSLD : des travailleurs remerciés, puis réemployés via des agences | 24 heures
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CHSLD : des travailleurs remerciés, puis réemployés via des agences

Image principale de l'article Remerciés, puis réemployés via des agences
Julien Bouthillier | 24 heures

On entend souvent dire qu’il manque de main-d'œuvre dans le réseau de la santé. Il semble que tout ne soit pas fait pour conserver les employés : certaines personnes se font mettre à pied sous prétexte qu’il manque de travail, et se retrouvent peu après à retourner travailler dans le public, mais via une agence privée, avec de moins bonnes conditions.

Deux ans après s’être portée volontaire pour aller prêter main-forte dans les CHSLD via le programme «Je contribue», Bénédicte Carole Zee déplore que le réseau de la santé l’ait mise à la porte.

Malgré la sixième vague de COVID-19 et la pénurie de main-d'œuvre, on lui aurait dit en mars dernier qu’on n’avait plus besoin de ses services. Mme Zee effectuait des quarts de travail comme aide de service auprès des patients ainsi que comme adjointe administrative. 

Or, il semble que le réseau public avait encore des besoins : elle continue depuis à travailler dans des CHSLD, mais via des agences de placement dans lesquelles elle a de moins bonnes conditions de travail et un salaire moins avantageux. 

«Dans le même lieu de service, on fait de nous deux catégories d’employés : ceux qui sont syndiqués et ceux qui ne le sont pas», dénonce-t-elle.

«On a beaucoup travaillé dans des conditions très difficiles, malgré le danger. Moi j’ai été infectée du COVID deux fois, même si j’ai tous mes vaccins, et j’ai été très malade. Mais tout de suite quand je me sentais bien, je repartais travailler juste après mon isolement. Je n’ai pas fait plus de deux semaines chez moi sans travailler», rapporte-t-elle.

«Je faisais des heures supplémentaires, des fois parce que je voulais, des fois parce que les conditions m’y obligeaient», poursuit la femme originaire du Cameroun qui réside au Québec depuis six ans. 

Mme Zee a tout de même pu obtenir sa résidence permanente à travers la Voie d’accès à la résidence permanente des travailleurs de la santé mise en place par le gouvernement fédéral pendant la pandémie.

«Aujourd’hui, je me retrouve à être remerciée en travaillant avec les agences de placement après avoir tant donné pour le gouvernement. Je parle de moi aujourd’hui qui a la résidence permanente, mais qu’en est-il de ceux qui ne l’ont pas? Comment est-ce qu’ils ont été remerciés?» soulève-t-elle.

Réaction du CIUSSS

Bien que le gouvernement n'ait jamais promis aux gens issus du programme «Je contribue» des postes permanents, Mme Zee se questionne à savoir pourquoi elle n’a pu obtenir un poste alors qu’il manque apparemment de personnel dans les CHSLD. 

Par courriel, le CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal, où elle avait intégré le programme «Je contribue», indique tenter «d’intégrer les employés issus de l’initiative nationale "Je contribue" sur des postes permanents» et précise compter plus de 1900 employés qui avaient été recrutés via cette initiative. 

«Les profils d’employés recherchés peuvent toutefois évoluer en fonction des besoins particuliers de nos installations et de nos usagers. Ainsi, il est possible qu’un employé ne réponde plus aux critères d’embauche normés par les postes ; exigences de scolarité, tests d’évaluation ou encore les disponibilités offertes par l’employé», explique-t-on.

Il n'est pas possible de transférer des employés d'un CIUSSS qui n’a plus besoin d’eux à un autre qui a des besoins plus criants, nous a confirmé le ministère de la Santé et des Services sociaux. «[Les] CISSS et CIUSSSS sont effectivement des employeurs différents et ont des directions de ressources humaines indépendantes. Un lien d’emploi n’est donc pas "transférable" d’un CIUSSS à l’autre», indique par courriel une porte-parole du ministère, sans toutefois commenter le cas précis de Mme Zee. 

Photo d'archives, Agence QMI

Situation précaire des travailleurs immigrants

Le 24 heures a rencontré Mme Zee lors de la manifestation de la Journée internationale des travailleurs et travailleuses à Montréal. Celle-ci était la porte-parole des organismes communautaires au sein de la coalition du 1er mai en tant que représentante des centres des travailleurs et travailleuses immigrant.e.s. 

Selon Statistiques Canada, les personnes issues de l’immigration sont surreprésentées dans les professions d’aide aux soins de santé.

«Le gouvernement devrait respecter tous les travailleurs, améliorer les conditions de travail de tous les travailleurs, sans regarder le statut migratoire, s’ils sont racisés ou pas et qu’il essaie d’évaluer la main-d’œuvre qui est déjà sur place avant de faire venir une autre main d’œuvre», a-t-elle déclaré.

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI