Les trans veulent écouter District 31 comme tout le monde! | 24 heures
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Les trans veulent écouter District 31 comme tout le monde!

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Dominick Gravel/Agence QMI

Ce n’est pas parce que les personnes se définissant comme transgenres ou non binaires ne représentent qu’un tout petit pourcentage de la population canadienne que les médias ne doivent pas ou peu en parler. Bien au contraire. 

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«C’est l’une des parties de la population qui vit le plus de dénis de droits humains. C’est la principale raison pour laquelle on doit parler des personnes trans ou non binaires», résume Arianne Marchand Labelle, directrice du Conseil LGBT qui réunit 60 organismes membres au Québec.  

«Ce sont des populations qui vivent un danger réel, encore aujourd'hui. Elles se voient refuser des soins de santé, par exemple. Ce sont des personnes qui vivent dans une plus grande précarité financière, qui font face à de la discrimination à l’embauche, de la discrimination au logement, etc.» 

Ainsi, même si les personnes transgenres ou non binaires ne représentent que 0,33% de la population (soit un Canadien sur 300) selon le dernier recensement, il s'agit d'une population particulièrement vulnérable dans notre société.  

Des chiffres préoccupants  

Une étude américaine montre que les personnes transgenres et non binaires sont plus de 2,3 fois plus susceptibles de se voir refuser des soins au cours de leur vie que les personnes cisgenres.  

Selon une autre enquête réalisée par des sociologues de l’UQAM, 42% des personnes trans et non binaires vivant seules rapportent avoir un revenu annuel inférieur ou égal à 20 000$ par année, soit bien en deçà du seuil de la pauvreté (établi à 25 000$ en 2018 selon la Mesure de faible revenu).  

On pourrait encore avancer d’autres chiffres, comme le fait que près de 29% des personnes non binaires ont rapporté avoir vécu de la discrimination lors d’une recherche de logement au cours de leur vie ou que près de 40% d'entre elles se sont déjà vu refuser une entrevue d’embauche. Ou que 12% ont déjà dû changer d’emploi à la suite de la divulgation de leur identité de genre ou de leur parcours trans au travail... la liste est longue.  

D’autant plus qu’aux problèmes de précarité et de discrimination viennent s’ajouter les questions de harcèlement, de victimisation, et d’exclusion des personnes transgenres et non binaires. 

Problèmes de violence et de harcèlement  

«Les personnes transgenres vivent beaucoup de violence, beaucoup de rejet, de la part de collègues de travail, des membres de leur famille ou d’amis proches qui vous ferment la porte au nez. Il y a aussi beaucoup de mauvais regards, de mauvais commentaires, beaucoup de microagressions», témoigne Marie Isabelle Gendron, une femme trans qui a décidé d’assumer son identité de femme il y a une dizaine d’années et qui est aujourd’hui gouverneure à la Fondation Émergence.

AFP

Ces différentes formes de rejet et de harcèlement mènent souvent à l’exclusion et à de la violence. Pire, elles peuvent aussi mener au suicide, comme, récemment, dans l’histoire déchirante du petit Alex. Âgé de 10 ans et en pleine crise d'identité, l'enfant aurait subi de l'intimidation et n'aurait pas eu les ressources nécessaires pour combattre ses démons intérieurs. Il a décidé de mettre fin à ses jours le 9 mars dernier.  

D’où l’importance de parler de ces enjeux en donnant de la visibilité aux premières intéressées. 

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«Il y a bien des gens qui n’ont jamais vu une personne trans. Quand ils en voient une, ils sont déroutés, ils ont peur, poursuit Mme Gendron. En faisant de l’éducation, on montre qui on est, à savoir des êtres humains “normaux”, même si on fait partie d’une diversité. C’est juste que notre identité ne correspond pas au sexe assigné à la naissance.» 

«Plus on en voit, plus on fait partie du décor. On fait partie de la société, on existe, on va à l’épicerie, à la pharmacie, comme tout le monde. On veut écouter District 31 comme tout le monde!» 

L’importance des modèles  

Pour Arianne Marchand Labelle, du Conseil LGBT, rendre visibles les personnes trans et non binaires dans les médias permet aussi à ces personnes de se reconnaître et de s’accepter.   

«La notion du modèle est vraiment importante, à la fois au niveau de l’acceptation de la société [et] pour les personnes elles-mêmes», explique-t-elle. 

«Avoir des modèles visibles permet aux personnes trans ou non binaires de voir qu'être trans ou non binaire, ce n’est pas qu’un paquet de problèmes, qu’on peut être trans et être heureux, avoir une vie complète, avoir une famille, un travail, etc.» Et ça permet de déconstruire certains imaginaires par la diversité des représentations.  

En parler plus que jamais  

À titre de président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Michaël Nguyen pense pour sa part qu’il faut continuer de parler des enjeux liés aux personnes transgenres et non binaires pour la simple et bonne raison qu’il s’agit d’un enjeu de société comme un autre.  

Fédération professionnelle des

«C’est important de parler de ces sujets. Ce n’est pas une question de pourcentage, c’est une réalité. On l’a vu à travers les années, même si les mentalités changent, il y a des actes de violence dirigés spécifiquement contre la communauté LGBT. Moi-même, au palais de justice [il suit les affaires judiciaires pour Le Journal de Montréal], j’ai couvert à plusieurs reprises des événements de ce genre.» 

S’il se dit en faveur d’un équilibre, «parce que tous les sujets de société sont importants», Michaël Nguyen constate aussi le chemin qu’il reste à parcourir.  

«On voit que les sujets sur les personnes transsexuelles génèrent beaucoup de commentaires, dont beaucoup d’insultes, malheureusement. Ça montre qu’il y a encore des mentalités à faire changer.» 

Faire changer les mentalités, ça passe par une meilleure représentation dans les médias et dans le traitement médiatique. Ça passe aussi par la sensibilisation du plus grand nombre.  

«C’est très important de mener des campagnes de formation et de sensibilisation de tous types de professionnels dans le milieu de la santé, dans les écoles, dans les institutions et partout où on a besoin que l’État prenne soin des personnes transgenres et non binaires», de conclure Mme Marchand Labelle, du Conseil LGBT du Québec. 

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