Les «mères au front» marchent à Québec: «François Legault, dormez-vous?» | 24 heures
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Les «mères au front» marchent à Québec: «François Legault, dormez-vous?»

Plusieurs milliers de femmes et de familles ont participé à une marche silencieuse dimanche à Québec à l'occasion de la fête des Mères. Leur message commun? Cette année, les mamans ne veulent pas de fleurs ni du chocolat, mais des actions concrètes pour l’environnement pour protéger les générations à venir.

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Vers midi, le convoi silencieux, qui arborait une large banderole sur laquelle on pouvait lire «Pour nos enfants», s'est dirigé vers l'Assemblée nationale du Québec. Une version revisitée de la comptine «Frère Jacques», chantée par des enfants, brisait le silence : «François Legault, François Legault, dormez-vous? Dormez-vous?»

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Ces mères de partout au Québec ont pris part à l’événement «Du pain et des forêts», un rassemblement à saveur «politique et poétique» où les mouvements Mères au front et Ma place au travail forment une alliance. Créé en 2020, le mouvement Mères au front regroupe des centaines de femmes pour «répondre collectivement à l’urgence climatique» en invitant les élus à agir pour «protéger [les] enfants des impacts des changements climatiques inévitables». Le mouvement Ma place au travail a quant à lui émergé en 2021 en réponse à la pénurie de places en services de garde.

Rassemblement «Du pain et des forêts» de Mères au front et Ma place au travail dimanche le 8 mai, devant l'Assemblée nationale, à Québec.

Anne-Sophie Roy, 24 heures

Rassemblement «Du pain et des forêts» de Mères au front et Ma place au travail dimanche le 8 mai, devant l'Assemblée nationale, à Québec.

«Les solutions existent»  

Concrètement, Mères au front et Ma place au travail exigent du gouvernement Legault l’adoption d’une loi-cadre qui «oblige le gouvernement à passer toutes ses décisions au crible de leurs impacts sur l’environnement et l’équité sociale» et la reconnaissance légale du droit des tout-petits à recevoir un service éducatif à l’enfance.

«Ce qu’on dit aux décideurs, c’est que les solutions existent et la population est prête à aller de l’avant pour aller vers l’écofiscalité, l’économie circulaire, la réduction de consommation de matériel, pour aller vers une société qui réduit son empreinte écologique, mais qui augmente ses liens sociaux et son bien-être», clame Laure Waridel, écosociologue et co-instigatrice du mouvement avec la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette.

Laure Waridel, écosociologue et co-instigatrice de Mères au front

Anne-Sophie Roy, 24 heures

Laure Waridel, écosociologue et co-instigatrice de Mères au front

«Augmenter le taux de nickel permis dans l’air, ça ne devrait pas passer. Un troisième lien non plus. Les objectifs qu’on se donne en réduction des émissions de gaz à effet de serre sont à la hauteur de l’urgence climatique. Qu’on écoute les scientifiques et qu’on mette en oeuvre les solutions.»

Créé en 2020, Mères au front rassemble aujourd'hui une trentaine de groupes partout au Québec qui organisent à leur tour des événements locaux comme les Veillées pour la suite du monde.

«C’est parti de l’élan de deux mamans qui étaient inquiètes pour l’avenir de leurs enfants, angoissées même. Aujourd’hui, Mères au front est devenu un mouvement national», souligne Laure Waridel.

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Une manifestante présente devant l'Assemblée nationale à Québec dans le cadre de la marche «Du pain et des forêts» de Mères au front et Ma place au travail.

Anne-Sophie Roy, 24 heures

Une manifestante présente devant l'Assemblée nationale à Québec dans le cadre de la marche «Du pain et des forêts» de Mères au front et Ma place au travail.

Des mamans au front pour leur progéniture  

«Si les mères décident de s’y mettre, c’est qu’il y a vraiment urgence d’agir parce qu’on a beaucoup de choses à faire dans une journée», confiait quelques jours avant la marche Marie-Claude Brouillette, une maman de deux garçons de 10 et 13 ans.

«J’ai envie de pouvoir les regarder dans les yeux et de leur dire que j’ai tout fait ce que j’ai pu et qu’on a réussi à faire un petit bout de chemin pour l’environnement», ajoute-t-elle.

Marie-Claude Brouillette, mère au front et maman de deux garçons.

Anne-Sophie Roy, 24 heures

Marie-Claude Brouillette, mère au front et maman de deux garçons.

C’est cette urgence d’agir qui a poussé Christine Dandurand de Vaudreuil-Soulanges à se joindre à Mères au front. Pour elle, c'est «inacceptable» que des décisions environnementales soient pensées à court terme.

«Nous, on veut des solutions à long terme qui vont protéger nos enfants. Je veux qu’on aille à Québec dimanche et qu’on réalise qu’ensemble, il faut agir pour l’environnement», confiait-elle quelques jours avant la marche.

L’urgence, elle se fait aussi sentir chez de jeunes parents, incapables de dénicher une place en garderie pour leur enfant des mois après avoir fait une demande.

«Je ne pouvais pas rester chez moi et rien faire face à la pénurie de places en garderie. Ça devrait être un droit qu’un enfant ait une place en garderie et ait un endroit où il peut s’épanouir», insiste Julie Nadeau, une maman de 28 ans de Québec qui cherche depuis un an une place en garderie pour sa petite âgée de 6 mois.