Sur Instagram, il veut convaincre les hommes que c’est OK de pleurer | 24 heures
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Sur Instagram, il veut convaincre les hommes que c’est OK de pleurer

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Photo courtoisie

La perte d’un être cher, un divorce, une défaite crève-cœur: encore aujourd’hui, plusieurs hommes réservent leurs larmes aux grandes occasions. Pas question de pleurer pour un oui ou pour un non. Une conséquence de la masculinité toxique qui peut avoir de graves répercussions et à laquelle Francis-William Rhéaume s’attaque avec sa page Instagram @La.boîte.aux.larmes.  

C’est à l’école primaire, alors qu’il pleurait en racontant à son enseignante un rêve qui l’avait troublé, que Francis-William Rhéaume a appris qu’il ne fallait pas pleurer «pour rien».  

«Elle m’avait dit: “Ben voyons, Francis, on ne pleure pas pour ça. On pleure quand ça fait mal, mais pas pour un rêve.” Ça m’avait énormément marqué et, depuis ce temps-là, je pense qu’il y a énormément de larmes que j’ai retenues», confie le comédien et illustrateur. 

Mais le barrage s’est fissuré il y a trois ans, lorsqu’il traversait une rupture amoureuse difficile et qu’il commençait un «travail» sur lui en psychothérapie. 

«Je me suis rebranché avec mes émotions et j’ai pleuré. Ça m’a fait énormément de bien. Mais parallèlement à ça, j’ai réalisé que je me permettais de pleurer surtout avec mon réseau féminin, mais pas vers mes chums de gars. C’est comme si je gardais une barrière émotionnelle avec eux», explique-t-il. 

De là est née l’idée de @La.boîte.aux.larmes, page Instagram sur laquelle les hommes sont invités à raconter la dernière fois qu’ils ont pleuré.  

«C’est symbolique. L’idée, c’est de combattre l’image du guerrier insensible et rustre, pour que les hommes s’ouvrent et soient capables de pleurer entre eux. De demander de l’aide, aussi. Parce que j’ai l’impression que c’est encore très contextuel, de pleurer, pour plusieurs hommes», explique le créateur.

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Masculinité toxique et constructions sociales      

Cette réticence qu’ont les hommes à partager leur souffrance est avant tout une construction sociale, soutient le directeur et chercheur principal au Pôle de recherche et d’expertise sur la santé et le bien-être des hommes (PERSBEH), Gilles Tremblay.

«La construction de soi dans le modèle plus traditionnel de masculinité, ça amène une tendance à refouler les émotions perçues comme plus “féminines”. Quand on parle de la peur, de la tendresse, de la souffrance, les hommes osent moins les exprimer, surtout entre eux, parce que ce serait de démontrer de la faiblesse et qu’ils n’ont pas le droit d’être faibles», explique-t-il.

Un contexte qui nourrit le machisme et les stéréotypes qui définissent la masculinité toxique, ce qui peut avoir des effets dangereux sur la santé mentale de certains, rappelle le formateur en intervention psychosociale.

«Un peu comme avec un presto, quand tu gardes tout en dedans trop longtemps, ça finit par éclater», illustre-t-il.

Poser des questions peut sauver des vies      

Dans les derniers mois, la pandémie est venue rappeler l’importance, pour les hommes, d’aller chercher de l’aide quand ça ne va pas. 

En hiver 2021, un sondage réalisé par le PERSBEH révélait en effet que le nombre d’hommes en proie à des idées suicidaires sérieuses avait doublé dans l’ensemble du Québec. 

«Habituellement, la moyenne est autour de 2%; là, on était à 4% dans la province et, dans la région de Montréal, on était à 6%. Pour certains groupes, entre autres les hommes gais et bisexuels, on montait à 15 ou 16%. C’est faramineux», mentionne Gilles Tremblay. 

Plus d’un répondant sur cinq (21%) affirmait également subir une détresse psychologique élevée et un homme sur quatre (25%) disait se trouver en situation de détresse psychologique probable. Ce pourcentage a atteint 39% chez les hommes de 25 à 34 ans.

Pour le chercheur, les hommes gagneraient donc à mieux s’épauler entre eux. 

«Il faut poser des questions et proposer son aide. Il faut que ce désir et cette volonté de s’aider entre hommes soient plus présents dans la société. Ça peut sauver des vies», insiste-t-il. 

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La masculinité positive pour donner un break aux femmes      

Gilles Tremblay remarque que les hommes ont souvent tendance à se tourner vers les femmes de leur entourage quand ça va mal. Un constat partagé par Francis-William Rhéaume, qui l’a inspiré dans sa démarche. 

«Quand ça allait moins bien, je me suis vu aller vers mes amies. J’ai lu beaucoup sur le féminisme, j’ai vu des documentaires. Je réalise que la société les a conditionnées à prendre soin de l’autre, à être dans l’écoute. C'est une charge additionnelle pour elles. Je me suis dit que les femmes ont besoin d’un break», raconte-t-il. 

Il s’est donc donné pour objectif de faire la promotion d’une forme de masculinité positive, axée sur l’empathie, l’ouverture et la reconnaissance de ses émotions. 

«Pour moi, ça part d’abord et avant tout d’être conscient du privilège qu’on a, en tant qu’hommes, et de vouloir changer les choses. C’est un mélange de travail et d’introspection», dit-il.  

Conscient qu’une page Instagram ne peut pas tout régler, il croit néanmoins que c’est un pas dans la bonne direction. 

«Depuis que j’ai ouvert la page, j’ai beaucoup de mes amis hommes qui m’écrivent pour échanger sur des sujets sur lesquels on n’avait jamais échangé avant. Il y a quelque chose de super beau là-dedans. J’espère que ça va en inciter à aller chercher l’aide [dont] ils ont besoin. J’aimerais ça, que ce soit le premier mot d’une longue phrase», conclut-il. 

SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE        

Ligne québécoise de prévention du suicide   

Jeunesse, J’écoute   

Tel-Jeunes   


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