Cette entreprise dévoile les salaires de ses employés et ça pourrait devenir la norme | 24 heures
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Cette entreprise dévoile les salaires de ses employés et ça pourrait devenir la norme

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Photomontage: Alexandre Pellet / Crédit: courtoisie

Alors que la rémunération est toujours un sujet tabou au Québec, l’entreprise montréalaise Oxio a choisi de dévoiler le salaire de tous ses employés à l’interne. Selon l’expert Jacques Forest, cette initiative pourrait inspirer de nombreuses sociétés dans les prochaines années, estimant que ce type de politique représente l’avenir.  

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Le PDG d’Oxio, un fournisseur en télécommunication, a annoncé publiquement gagner 250 000 $ par année. Il a aussi précisé que tous ses employés étaient d’accord pour révéler leur salaire au sein de la compagnie. « Dans une société démocratique, la meilleure arme, c’est la transparence », confie le PDG d’Oxio, Marc-André Campagna. Selon lui, la transparence salariale permet d’obtenir un système de rémunération plus juste et plus équitable, à condition que la vie privée des employés soit respectée.  

« C’est beaucoup plus sain car l’argent devient un véritable sujet de discussion. Si toutes les décisions salariales sont opaques et que, en tant qu’employé, vous n’avez aucune idée de ce qu’il se passe au sommet, comment voulez-vous avoir un regard critique sur la situation ? », se demande-t-il. 

Jacques Forest

Crédit: Louis Delisle

Jacques Forest

« Ce type de politique salariale permet aussi d'éviter les insatisfactions salariales non justifiées, d'après le professeur titulaire à l'ESG UQAM, Jacques Forest. Souvent, les gens qui ne sont pas satisfaits de leur salaire se basent sur des critères imaginaires et non sur des éléments réels. Si on met la réalité de l’avant, les employés peuvent vraiment comprendre ce qui justifie leur salaire. »  

Partout dans le monde, la rémunération reste toutefois un sujet sensible. « Je n’ai appris que très récemment combien gagnaient mes parents, confie Marc-André Campagna d’Oxio, le sourire aux lèvres. Culturellement, les gens accordent une grande importance à l’argent, à tel point que l’identité d’une personne est souvent liée à combien elle peut gagner dans la société. Nous, on pense que briser les tabous permettrait de changer cette vision des choses », poursuit-il.   

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Une politique d’avenir ?  

Aujourd’hui, de nombreuses compagnies verraient un certain opportunisme derrière le tabou sur les salaires, la main-d’œuvre n’étant ainsi pas éduquée sur sa valeur sur le marché, estime Marc-André Campagna. « La différence de rémunération entre un développeur qui travaille à Québec et un développeur qui travaille à San Francisco est gigantesque. Or, si la main-d’œuvre ne sait pas qu’elle peut gagner beaucoup plus dans une autre société, elle reste dans la sienne. »

Pour Jacques Forest, le manque de transparence permet également aux employeurs de cacher les écarts salariaux injustifiés. « Les sociétés qui révèlent leurs salaires n’ont rien à cacher. À l’inverse, celles qui les cachent ont parfois quelque chose à se reprocher. » 

Alors, ces entreprises ont-elles intérêt à dévoiler le salaire de leurs employés, ne serait-ce qu'à l'intérieur-même de la compagnie ? « Ce n’est qu’une question de temps avant que la transparence ne soit normalisée », estime Jacques Forest. L’être humain a toujours ce désir de justice et s’il n’est pas respecté, ça crée des insatisfactions et de la frustration. »  

Aux États-Unis, la société Buffer, spécialisée dans la gestion des réseaux sociaux, dévoile d’ores et déjà les salaires de ses employés publiquement. « Chaque année en France, l’économiste Thomas Piketty publie aussi le World Inequality Report donc on voit vraiment de plus en plus de données de ce type. Si on précise bien les critères qui justifient les salaires, ce type de politique, c’est l’avenir », conclut Jacques Forest.  

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