Gatineau se mobilise contre le choix de l'emplacement du nouvel hôpital | 24 heures
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Gatineau se mobilise contre le choix de l'emplacement du nouvel hôpital

À Gatineau, le choix de l’emplacement du nouvel hôpital provoque tout un tollé. Les appuis d’organismes et de citoyens pleuvent pour dire au gouvernement du Québec qu’il ne faut pas construire en banlieue cet établissement de 600 lits, pour des raisons environnementales et d'accessibilité. Explications.

Mardi dernier, c’est l’Alliance ARIANE, groupe de réflexion en matière d’aménagement du territoire et d’urbanisme, qui est venu ajouter sa voix à la mobilisation en faveur de la construction du futur Centre hospitalier affilié universitaire de l’Outaouais (CHAUO) au centre-ville de Gatineau.

Une prise de position publique qui intervient un mois après que le gouvernement du Québec eut décidé de revoir sa copie et de mettre sur pause le processus de sélection du terrain.

Avant la sortie de l’Alliance ARIANE, une coalition de promoteurs immobiliers, d’activistes, d’élus locaux et de groupes communautaires militait déjà pour un choix en centre urbain. 

Mais pourquoi autant d’appuis pour un emplacement au centre-ville? On vous explique en trois points. 

1- Éviter l’étalement urbain  

Le défi principal de ce projet promis en 2018 en est un de disponibilité de terrain, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), qui affirme dans une réponse transmise par courriel qu’il est «très difficile de trouver un terrain d’une superficie assez importante pour [...] accueillir un hôpital de cette envergure». Et le terrain doit être assez grand pour que l'on ait une marge de manœuvre en ce qui concerne de futurs développements.

«On se fait dire constamment qu’on veut construire en banlieue parce qu’il manque de places. Par contre, si c’est ça, notre argument à tout, on va constamment construire en périphérie et rester dans une dynamique d’étalement urbain», explique Isabelle Cousineau, chargée de projet et des communications pour l’Assemblée des groupes de femmes d’interventions régionales, organisme membre de la Coalition pour un centre hospitalier accessible et durable en Outaouais.

Isabelle Cousineau

Jean Balthazard

Isabelle Cousineau

«L’étalement urbain et la densité qu’il engendre doivent être des facteurs de poids dans la décision de l’emplacement», ajoute pour sa part la vice-présidente du Conseil de la communauté noire de Gatineau, Kethlande Pierre.

Kethlande Pierre

Jean Balthazard

Kethlande Pierre

2- Miser sur le transport en commun  

Pour influencer le gouvernement, la Coalition propose quatre lieux dans le centre-ville qui pourraient convenir. Tous ces lieux sont à proximité du Rapibus, un corridor de 12 km réservé exclusivement aux autobus.

«Il n'y a pas des centaines de lignes de réseau de transport en commun structurant à Gatineau. Déjà, il faut essayer de se positionner là où on a investi pour des infrastructures comme celle du Rapibus», indique l'urbaniste Catherine Craig-St-Louis.

«Ce n'est pas qu'il n'y aura pas de places pour l'automobile si on a un site central à Gatineau; c'est qu'on va avoir d'autres alternatives, comme le transport en commun, la marche et le vélo pour les situations non urgentes», ajoute-t-elle.

Catherine Craig-St-Louis

Jean Balthazard

Catherine Craig-St-Louis

Pour le gouvernement, l’important est que l’hôpital soit desservi par une artère de haute densité; par exemple, qu'il soit à proximité d’une bretelle d’autoroute. 

Mais «il faut [aussi] noter qu’un des critères d’évaluation des sites est la proximité au Rapibus et au transport actif», nuance le ministère de la Santé et des Services sociaux par courriel. 

Un des terrains proposés par la Coalition se trouve dans la zone industrielle du ruisseau de la Brasserie. Le corridor du Rapibus traverse le site.

Un des terrains proposés par la Coalition se trouve dans la zone industrielle du ruisseau de la Brasserie. Le corridor du Rapibus traverse le site.

3- Offrir une meilleure accessibilité  

Le centre-ville de Gatineau et les quartiers avoisinants enregistrent les facteurs de défavorisation les plus élevés en Outaouais, d’après le document Portrait des communautés de l’Outaouais mis à jour en 2020. 

Cela signifie que ces communautés vivent des inégalités socioéconomiques prononcées. 

Le centre Robert-Guertin est aussi proposé par la Coalition comme lieu de construction du nouvel hôpital pour permettre une meilleure accessibilité.

Jean Balthazard

Le centre Robert-Guertin est aussi proposé par la Coalition comme lieu de construction du nouvel hôpital pour permettre une meilleure accessibilité.

«Donc, placer un hôpital à cet endroit va le rendre plus accessible aux populations les plus défavorisées», explique Isabelle Cousineau. 

Kethlande Pierre rappelle qu’éloigner un hôpital de la sorte pourrait aussi mettre beaucoup de pression sur les parents de jeunes enfants ou monoparentaux dont les déplacements pour se rendre au travail seraient deux à trois fois plus longs.

Pour l’instant, le MSSS mentionne qu’il est toujours en processus d'évaluation des terrains, au centre-ville ou en banlieue. Aucune date n’a été annoncée pour l’instant par le ministère. On rappelle que le choix final devra permettre «à toute la population de l’Outaouais» d'accéder à l'hôpital.