Cette pizza vous montre comment les prix vont continuer à augmenter cette année | 24 heures
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Cette pizza vous montre comment les prix vont continuer à augmenter cette année

Votre pizza risque d'être plus dispendieuse cette année et les économistes laissent présager qu’elle le sera encore plus en 2023. Une multitude de facteurs, comme la guerre en Ukraine, les coûts de transport, le climat et même les contrecoups des fermetures liées à la COVID-19 auront un effet domino sur vos aliments-réconfort préférés à l’aube de la saison estivale. 

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Les Québécois qui partent en vacances cet été devront-ils s’attendre à payer plus cher, même dans les petits casse-croûte sur le bord de la route? C’est très probable, confirme l’économiste et directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, cela ne s’explique pas seulement par la hausse du prix des aliments.  

«C’est au Québec qu’on observe la plus grande hausse des prix dans les restaurants. C’est parce que les mesures sanitaires ont fait mal financièrement aux restaurateurs ici plus qu’ailleurs», avance-t-il. Obligés de fermer et de rouvrir à répétition durant les deux dernières années, les propriétaires de restaurant veulent rattraper le temps et les profits perdus. 

«C’est certain qu’il y aura des effets partout dans la province. Ce ne sera pas un été facile pour le coût des aliments», conclut l’économiste. 

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Tout coûtera plus cher   

Deux grands phénomènes sont à l’origine d’une hausse globale du prix des aliments: les problèmes dans la chaîne d’approvisionnement mondiale et la guerre en Ukraine, rappelle Sylvain Charlebois. 

«Depuis un an, les mesures sanitaires provoquent une désynchronisation entre les marchés, ce qui cause des délais et des coûts supplémentaires. La situation commençait à s’améliorer, mais l’arrivée d’un nouveau variant à Shanghai laisse croire que les problèmes vont perdurer jusqu’en 2023», explique-t-il. La guerre en Ukraine a, quant à elle, provoqué une hausse des prix du grain et du carburant, ce qui se ressent à travers tous les secteurs des marchés alimentaires. 

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Les hausses décortiquées    

Pour comprendre comment ces hausses de prix s’influencent entre elles, prenons l’exemple anodin d’une pizza. Chacun des ingrédients de cette pizza a connu une hausse de prix au Canada entre mars 2021 et mars 2022 pour des raisons toutes plus différentes les unes des autres. 

Photomontage: Marilyne Houde

Farine (10,9% d’augmentation) 

L’Ukraine est l’un des plus importants producteurs de grain au monde. La guerre qui s’y déroule a bien évidemment perturbé ses activités commerciales et provoqué une pénurie, se traduisant par une hausse des prix. 

Cette pénurie n’est pas seulement liée à la guerre, nuance cependant Sylvain Charlebois. 

«On a eu une très mauvaise année de récolte de grains en 2021, surtout à cause du climat. Il y a eu des sécheresses importantes au Canada, aux États-Unis et en Russie, des inondations catastrophiques en Allemagne.»  

C’est cette pénurie qui fait monter le prix de tous les produits à base de céréales et de grains, dont la farine, ingrédient essentiel pour la pâte de notre pizza. 

Photomontage: Marilyne Houde

Viande (10,7% d’augmentation) 

L’augmentation du prix du grain a un effet direct sur le prix de la viande. Comme le grain est utilisé pour nourrir le bétail, les éleveurs doivent faire grimper le prix de leurs produits pour essuyer le déficit causé par la hausse.  

En 2021, la sécheresse avait déjà convaincu des éleveurs d’abattre une grande partie de leur troupeau. L’offre de viande réduite face à la demande fait donc augmenter les prix. 

L’effet domino de la hausse du prix des grains se fait sentir sur le prix au détail de la viande, mais aussi des produits transformés à base de viande, comme la charcuterie qui trône sur notre pizza. 

Photomontage: Marilyne Houde

Fromage (7,9% d’augmentation) 

Contrairement à la viande, le prix du lait est réglementé au Canada. Dès que les coûts de production augmentent, le prix du lait suit. Comme le grain est encore une fois utilisé pour nourrir les vaches laitières, sa rareté entraîne l’augmentation des coûts de production et donc du prix auquel le lait est vendu aux producteurs de fromage, provoquant des hausses à la chaîne. Cette hausse du prix du fromage ne se calmera pas dans les prochains mois, selon Sylvain Charlebois. 

 «Poutine n’aurait pas pu choisir un moment plus opportun pour perturber l’économie mondiale. Tant que la guerre en Ukraine perdure, tout ce qui touche de près ou de loin au grain va augmenter.» 

Photomontage: Marilyne Houde

Huile (24,7% d’augmentation) 

L’augmentation fulgurante du prix de l’huile a plus à voir avec la rareté des matières premières et le transport. Plusieurs des huiles végétales que nous utilisons au Canada proviennent d’ailleurs et l’augmentation du carburant utilisé pour le transport provoque donc une hausse des prix. Mais on n’est pas au bout de nos peines: des changements majeurs dans le marché risquent de causer encore plus de vagues.  

«L’Indonésie a annoncé l’arrêt de toutes ses exportations d’huile de palme. Les compagnies qui utilisent l’huile de palme dans leurs produits vont chercher de nouvelles alternatives, ce qui va créer une pression sur le marché et faire augmenter le prix des huiles utilisées en remplacement», avertit l’économiste. 

Photomontage: Marilyne Houde

Champignons (12,5% d’augmentation) 

Produits en serre, les champignons ne sont pas vulnérables aux changements climatiques comme le sont les légumes qui poussent dans les champs. La hausse des prix s’explique alors plus probablement par une pénurie de main-d’œuvre dans le secteur. Moins d’employés pour récolter résulte en une production moins importante et donc, une hausse de prix. La fermeture de restaurants due à la COVID-19 a probablement eu un impact important sur le marché, croit Sylvain Charlebois. 

«Une très grande part de la production passait dans la restauration, ce qui a causé beaucoup de pertes et de gaspillage dans ce secteur.» 

Photomontage: Marilyne Houde

Tomates en conserve (8,7%) et boisson gazeuse (9% d’augmentation) 

Le prix des aliments en conserve est généralement plus stable que celui des aliments frais. Même dans ce secteur, la hausse du prix du transport et des matières premières a un impact. L’accès au métal est plus difficile, ce qui entraîne des coûts supplémentaires pour la fabrication des conserves. Rien n’y échappe. 

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