Inquiétant: de plus en plus d’ados vapotent de la wax, un puissant concentré de cannabis | 24 heures
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Inquiétant: de plus en plus d’ados vapotent de la wax, un puissant concentré de cannabis

Image principale de l'article Des ados vapotent un puissant concentré de pot
Photomontage Marilyne Houde

Sans odeur, visuellement attrayants, faciles à cacher, doux pour la gorge, bon goût: les waxpens ont tout pour plaire aux adolescents. Mais derrière leur allure inoffensive se cache un dérivé de la «wax», un concentré de cannabis très puissant aux effets potentiellement dangereux. Des experts tirent la sonnette d'alarme.

«Je tenais à parler des waxpens, parce que je reçois de plus en plus d’ados qui me disent en fumer ou l’avoir essayé», lance d’entrée de jeu Marie-Ève Morin, une médecin de famille spécialiste en dépendance. 

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Ces waxpens, pratiquement identiques aux vapoteuses de nicotine les plus communes, sont préremplis d’un produit issu de la distillation de la cire de cannabis, communément appelé «wax». 

Illégale au Québec, la wax est un puissant concentré de THC extrait de la plante de cannabis à l’aide d’un solvant, souvent du butane ou du dioxyde de carbone (CO2). «Budder», «badder», «shatter», «wax»: son nom et sa forme varient en fonction de son exposition à la chaleur lors du processus de fabrication.

Mais peu importe sa forme finale, la concentration en THC de la wax peut atteindre 80 à 95%. La substance distillée contenue dans un waxpen peut quant à elle atteindre 99% de THC. À titre comparatif, les produits de fleurs séchées vendus à la SQDC ne peuvent dépasser une concentration de 30%.

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Haut risque de bad trip   

Marie-Ève Morin craint que l’aspect inoffensif des waxpens puisse induire un faux sentiment de sécurité chez les jeunes consommateurs.

«Ça vient dans de beaux petits crayons argent ou plein de couleurs. C’est beau, bien emballé, ça goûte bon, c’est doux pour la gorge, ça ne sent rien et c’est vendu prêt-à-fumer. Donc, ils n’ont besoin d’aucun autre matériel. En plus, ça se cache bien», déplore-t-elle. 

La Dre Marie-Ève Morin

Photo Le Journal de Montréal, Isabelle Maher

La Dre Marie-Ève Morin

«Pour moi, la wax est au cannabis ce que le fentanyl est aux opioïdes: c’est la version hyper-puissante. Sauf qu’on ne peut pas en faire de surdose mortelle», poursuit la médecin. 

Une substance aussi puissante que la wax peut d’ailleurs faire tourner les premières utilisations au cauchemar, témoigne Julien*, un jeune consommateur que la Dre Morin suit depuis plusieurs années. 

«Moi, les premières fois que j’ai fumé de la wax, à l’adolescence, ça virait souvent en bad trip, même si j’étais déjà habitué de fumer beaucoup. Je me mettais à angoisser ben raide», raconte-t-il.

«C’est comme comparer de l’alcool fort à de la bière. Le fait que ce soit plus concentré et plus fort, même si je fume la même quantité de THC qu’avec un joint, le fait que je le prenne d’un coup, ça fesse plus fort», illustre le jeune homme aujourd’hui dans la vingtaine.

Répandu dans les écoles  

Julien n’est pas le seul à avoir expérimenté avec des waxpens à l’adolescence. Des intervenantes en milieu scolaire nous ont raconté en voir de plus en plus dans les écoles secondaires de la province. 

«Les élèves qui consomment de la wax, il y en a beaucoup. Mais pas seulement ça, c’est aussi le vapotage d’huile de cannabis qui est très répandu», explique une intervenante de l’organisme communautaire Pact de rue. Elle a demandé de garder l’anonymat pour ne pas révéler dans quelles écoles elle travaille. 

Chicken Strip - stock.adobe.com

Selon l’Enquête québécoise sur le cannabis 2021, 44% des jeunes âgés de 15 à 17 ans qui consomment du cannabis le font à l’aide de produits de vapotage. Si tous les produits de cannabis pour le vapotage sont illégaux au Québec, ils sont facilement accessibles en ligne ou sur le marché noir. 

D’ailleurs, si autant de jeunes se mettent à vapoter des produits de cannabis, c’est beaucoup en raison de la popularité du vapotage en général. 

«Entre le tiers et la moitié des ados qui vapotent ont essayé de vapoter du cannabis. Et dans la proportion de jeunes qui consomment du cannabis, il y en a de plus en plus qui vont utiliser des produits de vapotage», indique le Dr Nicholas Chadi, pédiatre et clinicien-chercheur spécialisé en médecine de l'adolescence et toxicomanie au CHU Sainte-Justine.

Getty Images/iStockphoto

Et mauvaise nouvelle: des jeunes qui vapotent, il y en a beaucoup dans les écoles du Québec. 

Selon la dernière Enquête québécoise sur le tabac, l’alcool, la drogue et le jeu chez les élèves du secondaire, l’utilisation de la vapoteuse a en effet quintuplé en six ans au Québec, passant de 4% en 2013 à 21% en 2019. Encore plus inquiétant: un tiers des élèves de quatrième et cinquième secondaire vapotent. 

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Des dangers pour la santé mentale  

Mais au-delà des possibles bad trips, la consommation de wax et d’huile de cannabis à forte concentration de THC peut avoir de graves conséquences sur la santé des jeunes, prévient le Dr Didier Jutras-Aswad, chercheur et chef du Département de psychiatrie au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et spécialiste des effets du cannabis sur le corps humain. 

«Les gens qui consomment des produits à plus de 60% vont s’exposer à plus de THC à la fois. Ça augmente les chances de développer des problèmes de santé mentale, que ce soit des troubles anxieux, dépressifs ou, évidemment, le risque de développer une maladie psychotique. Il y a aussi des études qui démontrent que ça a des impacts sur la réussite scolaire et les idées suicidaires», prévient-il.

Le Dr Didier Jutras-Aswad

Courtoisie CHUM

Le Dr Didier Jutras-Aswad

Et si la plupart des gens qui consomment du cannabis ne développent pas de tels problèmes, le psychiatre ajoute que certaines données indiquent qu’en général, plus quelqu’un va commencer à consommer tôt, plus les risques associés à la consommation, comme la tolérance ou la dépendance, augmentent. 

C’est d’ailleurs ce qui inquiète le plus la Dre Marie-Ève Morin. 

«Qu’est-ce qu’ils vont faire, les jeunes ados qui commencent à consommer avec des produits aussi puissants, quand ils vont avoir 20 ans? Ils vont se tourner vers quoi pour avoir un buzz?» se demande-t-elle. 

* Nous avons modifié le nom de cette personne pour protéger son identité.

SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE  

Drogue: aide et référence – www.aidedrogue.ca – 1 800 265-2626 

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