La Corée du Nord se confine après un premier cas de COVID-19: ce qu'on sait | 24 heures
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La Corée du Nord se confine après un premier cas de COVID-19: ce qu'on sait

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La Corée du Nord a fait état jeudi du tout premier cas de COVID-19 sur son territoire depuis le début de la pandémie et a ordonné des mesures de «confinement» à l’échelle nationale. Voici tout ce qu'on sait.

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Est-ce une importante épidémie?  

Les médias d’État nord-coréens ont indiqué que des «personnes présentant de la fièvre» dans la capitale Pyongyang ont été déclarées positives à la COVID-19, sans en préciser le nombre.

Le virus pourrait s’être déjà propagé à travers le pays, selon des analystes, entre autres à l’occasion d’importants événements en avril à Pyongyang, notamment un défilé militaire où ni les participants ni les spectateurs ne portaient de masque.

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«Des personnes venant de tout le pays ont assisté à ces événements et ont pu rapporter le virus», indique à l’AFP Park Won-gon, professeur de l’Université Ewha de Séoul.

Le fait que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un ait présidé une réunion du Politburo, convoquée en urgence, et que sa teneur ait aussitôt été publiée par les médias officiels, qui attendent généralement le lendemain, témoigne de la gravité de la situation.

Pourquoi maintenant?  

La Corée du Nord a été l’un des premiers pays au monde à fermer ses frontières en janvier 2020, après l’apparition du virus dans la Chine voisine.

Elle a aussitôt expulsé tous les ressortissants étrangers − y compris les diplomates et les travailleurs humanitaires internationaux − et a interdit toute arrivée de l’étranger. Le pays est totalement reclus depuis plus de deux ans.

Le régime a salué le succès de cette stratégie, mais des experts ont souligné qu’en raison de l’épidémie dans les pays voisins, il était inévitable que des cas de COVID-19 finissent par apparaître sur le territoire nord-coréen.

Le virus pourrait avoir été importé par une personne ayant traversé illégalement la frontière depuis la Chine ou par un animal, comme un oiseau ou un sanglier, ont expliqué des experts.

La Corée du Nord et la Chine ont suspendu leurs liaisons ferroviaires en avril, Pyongyang s’inquiétant d’un risque de contamination, mais les expéditions de marchandises par la mer ont continué.

«Les marins nord-coréens pourraient avoir été infectés par d’autres équipages», a estimé le site spécialisé NK News, basé à Séoul.

Que vont-ils faire?  

En raison d’infrastructures sanitaires notoirement défaillantes et de l’absence de vaccins ou de traitements antiviraux, les possibilités sont limitées.

Kim Jong-un a ordonné des mesures de «confinement» à l’échelle nationale, selon l’agence KCNA. Les détails sur ce que recouvrent ces restrictions n’ont pas été communiqués.

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«La Corée du Nord fera probablement la même chose que la Chine», estime Go Myong-hyun, chercheur à l’Institut Asan des études politiques, basé à Séoul.

Mais à la différence de la Chine, aucun habitant n’est vacciné et le pays manque de moyens pour dépister massivement la population. Il n'a aussi que peu de moyens pour soigner les cas les plus graves.

Le pays pourrait donc enregistrer un «grand nombre de décès», affirme Lim Eul-chul, professeur à l’Université de Kyungnam à Changwon.

Veulent-ils de l’aide?  

L’annonce de Pyongyang intervient quelques jours après l’investiture du nouveau président sud-coréen et une semaine avant la visite attendue du président américain Joe Biden à Séoul.

Pyongyang a déjà rejeté les offres d’assistance et de vaccination faites notamment par l’OMS et son principal allié, la Chine.

Il est peu probable que M. Kim demande de l’aide maintenant.

Cela reviendrait à «reconnaître l’échec du système de lutte anti-COVID mis en place jusqu’à présent et entraînerait un préjudice considérable pour le mode de gouvernance de Kim Jong-un», selon M. Lim.

Le nouveau gouvernement sud-coréen a cependant alloué un budget pour envoyer des vaccins anti-COVID au Nord, a déclaré Kwon Young-se, candidat au poste de ministre de l’Unification.

Et leurs armes nucléaires?  

En dépit d’une situation économique désastreuse et de pénuries alimentaires chroniques, la Corée du Nord consacre une part importante de son PIB à ses programmes d’armement interdits.

M. Kim s’est engagé à plusieurs reprises à résoudre les «problèmes de nourriture, de vêtements et de logement, mais a poursuivi ses tirs de missiles − plus d’une douzaine cette année − et des signes indiquent qu’il pourrait reprendre ses essais nucléaires.

En cas d’épidémie, «la population pourrait moins s’intéresser à ces essais [nucléaires ou de missiles] en raison de la menace plus urgente que fait peser le coronavirus plutôt qu’une armée étrangère», pense Leif-Eric Easley, professeur à l’Université Ewha.

Toutefois, pour M. Yang, si les craintes de la population concernant une épidémie se répandaient, Kim Jong-un pourrait procéder à un essai «pour détourner cette peur».