Voici un guide pour savoir combien il faut donner de pourboire (et à qui) | 24 heures
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Voici un guide pour savoir combien il faut donner de pourboire (et à qui)

Êtes-vous mêlé au moment de donner du pourboire? Vous n’êtes pas seul. Avec la pandémie et l’apparition de nouveaux terminaux de paiement qui poussent à laisser du tip, la culture du pourboire change et le consommateur, lui, est mêlé. On vous propose un guide pour orienter vos décisions.

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Note éditoriale: Le pourboire est une convention sociale qui n’est pas encadrée par la loi. Ce guide a pour objectif de formuler des suggestions en s’appuyant sur l’avis de divers corps de métier qui en perçoivent dans le cadre de leurs fonctions. Dans tous les cas, le pourboire est apprécié mais demeure entièrement discrétionnaire.  

Qui sont les salariés à pourboire? 

Les personnes qui reçoivent habituellement des pourboires travaillent dans «un restaurant (excepté la restauration rapide), un commerce qui vend, livre ou sert des repas à consommer à l’extérieur, un bar, un train ou un navire où l’on sert de la nourriture ou des boissons alcoolisées, un hébergement touristique.» Source: CNESST

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Quel est le salaire horaire à pourboire?

Le taux minimum du salaire au pourboire est à 11,40$ de l’heure
tandis que le taux général du salaire minimum est à 14,25$ de l’heure. 

Avant ou après taxes?

La convention au Québec veut qu’on calcule le pourboire avant l’ajout des taxes provinciale et fédérale. Si on veut s'assurer de donner le montant qu’on veut, il y a toujours moyen de calculer soi-même. Petit truc : règle générale, l’addition des niveaux de taxes (TPS et TVQ) équivaut normalement à 15% de la facture avant taxes.

Design: Julie Verville

Là où le pourboire est attendu (employés au salaire à pourboire)  

Serveur d’un restaurant 

Entre 15% et 20% de l’addition 

Source: Association Restauration Québec

Serveur dans un bar 

15% de l’addition ou 1$ ou 2$ par consommation 

Source: Nouvelle Association des Bars du Québec

Livreur restaurant/livreur d’un service en ligne 

Entre 10% et 15% 

Source: Association Restauration Québec

Là où le pourboire est recommandé  

Coiffeur 

Entre 15% et 20%  

Les coiffeurs qui louent une chaise dans un salon et qui sont considérés travailleurs autonomes reçoivent en général un plus grand pourboire que les propriétaires de salons. 

Source: Association Coiffure Québec

Soins esthétiques (manucure, pédicure, soins du visage, épilation, pose de cils, etc.) 

Entre 10% et 15% 

La fréquence et la durée du soin peuvent influencer le montant du pourboire. 

Source: Association des professionnels en électrolyse et soins esthétiques du Québec (APESEQ)

Massothérapie 

Entre 5% et 15% du prix du massage 

Ce qui peut encourager à donner du pourboire: un massage offert en cadeau, un massage reçu dans un spa ou dans un centre de soins (des travailleurs autonomes en majorité). 

Ce qui peut encourager à s’en tenir au prix du soin: un client régulier, un contexte thérapeutique, un budget limité. 

Source: Réseau des massothérapeutes professionnels du Québec

Déménageurs 

Entre 5 à 10% de la facture ou 20$ par déménageur pour un gros déménagement. 

Dépend de plusieurs facteurs, comme le type de déménagement, le nombre de déménageurs nécessaires et l’appréciation générale du service. 

Source: Fédération québécoise des déménageurs professionnels

Pompiste à la station-service 

Entre 1 et 2$ par plein 

Source: Julie Blais-Comeau, spécialiste de l’étiquette

Chauffeurs de taxi 

Entre 10 et 15% de la course et 1 à 2$ par bagage transporté 

Source: Julie Blais Comeau, spécialiste de l’étiquette

Camelot (livreur de journaux) 

Environ 20$ par mois si on reçoit le journal tous les jours ou environ 5$ par mois si on le reçoit le week-end. 

Source: Messageries Dynamiques

Hôtellerie 

Entre 3$ et 5$ par jour pour les préposés aux chambres 

2$ par bagage  

5$ par voiture stationnée 

Source: Association Hôtellerie Québec

Guides touristiques 

10$ par personne ou par couple, par activité 

Au moins 50$ pour des tours privés ou des activités d’une journée complète. 

Source: Association des guides touristiques du Québec

Là où il n’y a aucune attente en termes de pourboire  

Rien ne vous empêche toutefois de donner un petit montant si vous avez particulièrement apprécié votre expérience!                 

  • Au comptoir à emporter d’un restaurant                 
  • Caissier d’un comptoir de restauration rapide                 
  • Barista/commis d’un café                 
  • Commis de boulangerie                 
  • Emballeur d’épicerie et livreur d’épicerie                 
  • Livreur de fleurs                 
  • Livreur de meubles                                 

-Avec Julien Bouthillier

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Voici pourquoi vous êtes mêlé 

La pandémie et la popularité du paiement sans contact ont modifié la culture du pourboire. Le pot de «tip» semble avoir laissé sa place à de nouveaux terminaux de paiement qui incitent fortement à laisser du pourboire dans des commerces du quotidien. Résultat, plusieurs personnes sont décontenancées, voire frustrées au moment de payer.  

Pendant la pandémie, plusieurs entreprises ont noté des élans de générosité sans précédent à la réouverture des commerces non essentiels. Le contexte économique pénible a vraisemblablement poussé certains consommateurs à délier les cordons de la bourse pour soutenir le café, la boulangerie ou le coiffeur du coin, des corps de métier qui ne sont traditionnellement pas rémunérés à un taux horaire à pourboire.  

«Pendant la pandémie, il y avait une reconnaissance. On donnait par appréciation, et par reconnaissance des précautions pandémiques, observe la spécialiste de l’étiquette, Julie Blais Comeau. On prenait en considération la précarité de l’emploi de [l’employé] en se disant qu’il n’avait peut-être pas travaillé depuis des mois.» 

Une étude de la compagnie technologique Square a confirmé que les Canadiens ont été plus généreux pendant la pandémie, donnant en moyenne 17,9% de pourboire sur les achats faits en personne, contrairement à 16,6% pré-pandémie. 

Mais avec la reprise d'un rythme de vie plus normal est venu tout un lot de confusion autour de la culture du pourboire. La pandémie a notamment forcé les commerces à revoir leur structure, ce qui aurait brouillé les cartes en termes de pourboire. Résultat: le consommateur ne sait plus à qui donner ou ne pas donner, note la journaliste au Protégez-Vous, Stéphanie Perron. 

«Un salarié qui était auparavant à pourboire est peut-être temporairement devenu un caissier sans pourboire, par exemple. Mais est-ce qu’on parle d’un changement de statut d’emploi qui a été fait en vertu de la loi? Ça, c’est plus flou.» 

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Les terminaux à l’avantage de plusieurs domaines 

L’apparition des options de pourboire sur tout un tas de nouveaux terminaux de paiement ajoute à cette confusion. Si l’approche peut sembler agressive pour celui qui paie, le bénéfice est bien réel pour ceux qui le reçoivent, à commencer par les coiffeurs. 

«Avant la pandémie, ce n’était pas rare qu’un pourboire de 5$ soit ajouté tant pour une coupe à 20$ qu’une coupe à 60$, donne en exemple le président de l’Association Coiffure Québec et propriétaire des salons Oblic et Tornade, Stéphane Roy. Avec les nouvelles machines qui ont été implantées un peu partout, les gens donnent en général beaucoup plus: on parle de 10, 15, voire 20%.» 

Aux terminaux de paiement s’ajoutent une générosité qui n’est pas passée inaperçue chez les coiffeurs après des fermetures répétées entre 2020 et 2021. 

«Au retour des fermetures, les pourboires ont été aussi élevés que pendant le temps des Fêtes. On sentait que les gens n’avaient pas mis les pieds depuis un moment chez le coiffeur et ils ont voulu compenser en pourboire», croit Stéphane Roy. 

Si elles sont payantes pour les uns, ces nouvelles options de pourboire sont frustrantes pour d’autres. Pour les métiers traditionnellement rémunérés au pourboire, ces machines «sont de mauvais goût», déplore le président de la Nouvelle association des bars du Québec, Pierre Thibault. 

«Les gens sont tellement portés à donner du pourboire partout maintenant qu’il ne faudrait pas qu’ils revoient à la baisse le pourboire qu’ils laissent aux travailleurs rémunérés à pourboire comme en restauration ou dans les bars», indique-t-il. 

Le propriétaire de la Taverne Saint-Sacrement affirme que c’est la culture du pourboire qui permet aux restaurateurs et aux bars d’absorber les hausses de coûts pour éviter de refiler la facture aux clients. 

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Le pourboire reste un choix 

Si l’émotion prend souvent le dessus au moment de laisser du pourboire, il «reste un choix et une convention sociale» et il n’y a «aucune obligation légale de donner du pourboire à un commerçant», insiste l’avocat chez Option consommateurs, Alexandre Plourde. 

«Je pense que le consommateur ne devrait aucunement se sentir mal de laisser simplement 15% ou de ne rien donner du tout dans les types de commerce où il n’y a aucune convention sociale de le faire, comme des comptoirs de restauration rapide par exemple», explique-t-il, avant d’ajouter que «le consommateur ne devrait pas se sentir coupable». 

Et doit-on se sentir obligé de donner plus en raison des prix qui augmentent? 

«Je ne crois pas que l’inflation devrait être un prétexte pour imposer une surcharge au consommateur dans les transactions. Je crois que les commerçants devraient payer convenablement leurs employés plutôt que de compter sur la générosité des consommateurs pour combler les lacunes salariales», croit Alexandre Plourde. 

Une chose reste claire pour Stéphanie Perron du Protégez-Vous: le consommateur est condamné à marcher sur des œufs quand il est question de pourboire. 

«Compte tenu qu’il s’agit d’un geste lié à la gratitude, les gens ont peur d’avoir l’air grippe-sous. Et personne ne veut que son coiffeur le considère comme le client cheap.»  

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