Voici pourquoi les deux petits rorquals risquent fort de mourir | 24 heures
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Voici pourquoi les deux petits rorquals risquent fort de mourir

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Joël Lemay / Agence QMI

Pour espérer survivre, les deux petits rorquals en visite à Montréal doivent vite retrouver les eaux de l’estuaire du Saint-Laurent, qui sont bien différentes de celles du Vieux-Port.

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L’eau douce du fleuve, à la hauteur de Montréal, ne présente en effet aucune condition favorable pour les rorquals: ils sont incapables de s’y nourrir et les organismes qui se trouvent dans l’eau peuvent se coller à leur peau et causer de l’irritation.

Des tests menés sur la baleine qui avait été retrouvée morte près de Montréal en 2020 avaient justement permis de déterminer qu’elle avait le ventre vide et que l’état de sa peau s’était beaucoup dégradé après son arrivée dans la métropole. 

Si les deux petits rorquals aperçus à Montréal semblent toujours en bonne santé, leur état pourrait se dégrader au fur et à mesure que leur séjour se poursuit, prévient Anik Boileau, chercheuse en sciences vétérinaires et en bien-être animal et cofondatrice du Centre d’éducation et de recherche de Sept-Îles (CERSI). 

«Plus ils restent à Montréal, plus on pourra observer une dégradation de leur état de santé physique, mais aussi psychologique. Leur mort risque d’être longue», affirme-t-elle. 

«Être toujours en état d’alerte, ça affaiblit, souligne la chercheuse. Du moment que l’un d’eux se coupe, il y a un risque accru d’infection. Le stress cause vraiment une dégradation globale [de la santé].»

Les irritations causées par les organismes peuvent également être une source de stress supplémentaire qui pourrait affaiblir leur système immunitaire.

Que peut-on faire?  

Le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) a indiqué qu’aucune intervention n'était prévue pour déplacer les petits rorquals. Comme il ne s’agit pas d’une espèce en voie de disparition, l’organisme estime qu’il vaut mieux laisser aux individus la liberté de décider quand partir, de «laisser la nature suivre son cours».

«Le bien-être de l’animal, ainsi que le coût, la logistique et les chances de succès d’une intervention, sont aussi considérés» dans la prise de décision concernant une éventuelle intervention, peut-on lire sur le site du GREMM.

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Anik Boileau regrette cette décision du GREMM. «Ça envoie un message contradictoire à la population, dit-elle. Il y a un consensus sociétal selon lequel on veut sauver les mammifères marins, mais on ne fait rien pour sauver ces deux individus.»

Bien qu’elle soit d’accord avec le fait que la capture et la relocalisation ne sont pas envisageables, notamment en raison du stress que cela pourrait représenter pour les rorquals, elle croit que la situation mériterait que l’on s’y attarde davantage. 

Elle propose de placer un hydrophone qui émettrait des fréquences sonores, comme celles qu'émettent les petits rorquals, pour attirer les deux visiteurs vers le bon chemin. Une méthode «peu coûteuse» qui a déjà fonctionné avec des baleines grises, note Anik Boileau.

Pas à cause des changements climatiques   

Comment expliquer qu’en deux ans, une baleine à bosse et deux petits rorquals aient entrepris le périple vers la grande ville? Difficile à dire, soutient Anik Boileau. Elle avance tout de même quelques hypothèses pour expliquer leur présence.

«Il y a peut-être des signaux chimiques dans l’eau qui peuvent attirer certains individus. Ou encore ils détectent des fréquences sonores qui ressemblent à celles de bancs de poissons», avance-t-elle. 

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Mais une chose est sûre: les changements climatiques n’ont rien à voir là-dedans. «Je ne vois pas de lien explicite entre les changements climatiques et la venue de ces individus. J’ai plutôt l’impression qu’il y a un facteur spécifique à cet endroit [du fleuve qui explique leur visite]», indique Anik Boileau. 

L’activité humaine, toutefois, pourrait être responsable de ces visites. 

«Le fait qu’il y ait eu trois de ces événements en deux ans m’indique qu’on devrait pousser la recherche là-dessus pour essayer de comprendre le phénomène et ainsi protéger ces espèces. C’est notre responsabilité, en tant que chercheurs, sachant que l’activité humaine a une aussi grande incidence sur la nature», dit la chercheuse.