Mobilisation contre le projet de loi 96: 4 revendications pour mieux comprendre la grogne | 24 heures
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Mobilisation contre le projet de loi 96: 4 revendications pour mieux comprendre la grogne

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Geneviève Abran

Des milliers de Québécois anglophones, mais aussi des francophones et des allophones, se sont réunis au centre-ville de Montréal, samedi matin, pour signaler leur opposition au projet de loi 96 sur la langue française du gouvernement de François Legault. Voici quatre de leurs revendications.  

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Geneviève Abran

1) Plus de cours de français au cégep     

Une fois le projet de refonte de la Charte de la langue française adopté, tous les cégépiens des cégeps anglophones devront réussir trois cours de français supplémentaires pour obtenir leur diplôme. Les cégépiens francophones et allophones, quant à eux, devront réussir l'épreuve uniforme de français.  

Pour Kevin Contant-Holowatyj, un finissant du Collège Dawson, ce projet de loi «contrevient aux droits des futurs cégépiens». Il faisait partie des manifestants qui ont marché de son collège jusqu’au bureau montréalais du premier ministre du Québec, François Legault. 

Kevin Contant-Holowatyj et Juliana Saroop

Geneviève Abran

Kevin Contant-Holowatyj et Juliana Saroop

Juliana Saroop reproche au gouvernement de mettre des bâtons dans les roues des étudiants francophones qui souhaitent étudier – et travailler – en anglais. «Au lieu d’améliorer les conditions des Québécois, on limite les francophones [dans l'accès à des postes d'entreprises internationales]», soutient cette étudiante en soins infirmiers du Collège Dawson. 

Le directeur général de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec, Russell Copeman, pour sa part, déplore que les professeurs des écoles anglophones n’aient pas été consultés par le gouvernement du Québec dans l’élaboration du projet de loi. À son avis, empêcher des étudiants d'étudier dans la langue de leur choix est une infraction aux «libertés individuelles».  

Russell Copeman

Geneviève Abran

Russell Copeman

Le professeur d’histoire au Collège Dawson Jérémy Tétrault-Farber, quant à lui, reproche à Québec de «restreindre l’accès à l’éducation», ajoutant que le meilleur moyen de protéger l’éducation en français serait d’investir dans les établissements scolaires qui sont «mal menés et sous-financés».  

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2) Des Autochtones inquiets      

«Le projet de loi 96 enfreint nos droits et va avoir des impacts sur nos jeunes et notre communauté, craint la cheffe du Conseil mohawk de Kahnawake (CMK), Jessica Lazare. Nous sommes en train de revitaliser notre langue et notre culture et ce projet de loi va avoir un impact sur tous nos efforts et nous faire reculer.» 

Jessica Lazare (à gauche)

Geneviève Abran

Jessica Lazare (à gauche)

De fait, mardi, des leaders autochtones ont demandé au gouvernement d’exempter leurs communautés du projet de loi. Le chef de l’APNQ, Ghislain Picard, craint notamment que les jeunes autochtones, «les premiers occupants du Québec», ne quittent la province pour leurs études postsecondaires, situation qu’il considère comme ironique.  

«Je comprends ce que c’est de se faire retirer sa langue et je pense fortement que ce n’est pas la bonne façon de faire», dit Jessica Lazare. Elle souhaite que le projet de loi 96 soit abandonné complètement.  

3) Clivage entre anglos et francos      

Geneviève Abran

Certains manifestants craignent une plus grande division entre les anglophones et les francophones du Québec si le projet de loi 96 est adopté par le gouvernement de François Legault.  

«Diviser une population ce n’est jamais sain pour une société», soutient Russell Copeman, qui reproche au premier ministre François Legault de vouloir présenter les anglophones comme de «mauvais Québécois».  

«On est très conscient de l’importance de la langue française, de la protection et de la promotion, mais il faut qu’on le fasse de manière inclusive, il faut qu’on le fasse pour tous les Québécois», affirme la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, qui a pris part au rassemblement. Elle était accompagnée de plusieurs de ses députés.  

La cheffe libérale affirme que le projet de loi «divise» et elle accuse François Legault d’arrogance. «Le meilleur exemple de ça, c’est que hier, François Legault a décidé de ne pas participer au débat en anglais, alors qu’il l’avait fait en 2018», déplore-t-elle.  

4) Accès aux soins de santé et de services sociaux     

Le projet de loi 96 prévoit que le gouvernement du Québec devra utiliser le français «de façon exemplaire et exclusive lorsqu’il offre des services à la population, sous réserve de certaines exceptions».  

Or, des anglophones s’inquiètent de ne plus pouvoir recevoir des services de santé et sociaux dans leur langue, si les médecins et les infirmières devaient communiquer en français avec leurs patients. 

Rebecca Tittler

Geneviève Abran

Rebecca Tittler

Rebecca Tittler s’inquiète pour les anglophones qui ne parlent pas suffisamment bien français pour recevoir des services de santé dans la langue de Molière, comme sa mère de 95 ans. Selon elle, il peut être difficile de s’exprimer dans une langue seconde dans des situations de vulnérabilité.