L'hécatombe des abeilles se confirme: «Du jamais-vu dans toute l’histoire du Québec» | 24 heures
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L'hécatombe des abeilles se confirme: «Du jamais-vu dans toute l’histoire du Québec»

Image principale de l'article 60% des colonies n’ont pas survécu à l'hiver
AFP

L’hécatombe anticipée par les apiculteurs du Québec se confirme: 60% des colonies d’abeilles n’ont pas survécu à l’hiver cette année, selon une enquête. Une situation jamais vue qui aura de sérieuses conséquences sur l’assiette et le portefeuille des Québécois, prévient le syndicat.

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«La mortalité hivernale est un phénomène naturel au Canada. Au Québec, elle était en moyenne de 21% ces cinq dernières années», assure le président des Apiculteurs et apicultrices du Québec (AADQ), Raphaël Vacher. 

Mais pas cette année. 

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«On arrive à 60% de perte. C’est du jamais-vu dans toute l’histoire du Québec», lance-t-il. «C’est encore un exemple réel et concret des changements climatiques sur notre production.» 

Une industrie profitable

Le printemps hâtif et l’automne chaud que la province a connus l’an dernier ont favorisé la multiplication du varroa, un parasite qui s’attaque aux abeilles domestiques. Et ces symptômes du dérèglement climatique lui procurent des conditions toujours plus idéales pour proliférer. 

La production de miel se voit donc menacée, tout comme la production de fruits, de légumes et de grains. 

Fraises, bleuets, amandes, cacao, café: près de 84% des cultures destinées à la consommation humaine dépendent des pollinisateurs, et les abeilles sont responsables du tiers de ce qui se retrouve dans notre assiette, rapporte l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 

L'entreprise Miel & Co, instigatrice du Défi Pissenlits, nous montre de quoi aurait l'air une assiette déjeuner sans le travail de pollinisateurs comme les abeilles.

L'entreprise Miel & Co, instigatrice du Défi Pissenlits, nous montre de quoi aurait l'air une assiette déjeuner sans le travail de pollinisateurs comme les abeilles.

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«Toute l’industrie alimentaire sera affectée par l’hécatombe», alerte M. Vacher. «C’est certain qu’il y aura des répercussions sur le prix des aliments, qui sont déjà très élevés avec l’inflation.» 

Le secteur apicole québécois, qui comptait plus de 500 producteurs en 2021, a généré des revenus de 17 millions de dollars, selon les données de Statistique Canada. 

«Avec les autres productions agricoles qui nécessitent la pollinisation, on compte 500 millions de retombées économiques», ajoute-t-il. 

Aide urgente demandée

La situation préoccupe l’Union des producteurs agricoles (UPA), qui, de concert avec les apiculteurs, demande aux gouvernements du Québec et du Canada «une aide pressante» de 12 millions de dollars. 

Avec l’argent, ils pourront remplacer les 60% de ruches perdues et mettre des fonds dans la recherche, notamment pour trouver de nouveaux produits contre le varroa. Le parasite prospère et les produits qui sont actuellement utilisés s'avèrent de moins en mois efficaces. 

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«Si les gouvernements interviennent maintenant, ils sauvent la saison 2022 et ne mettent pas à risque la sécurité alimentaire des Québécois et Québécoises», soutient le président de l’AADQ. 

Plusieurs leviers financiers sont déjà en place pour aider les apiculteurs, mais cette aide n’est pas suffisante, selon l’UPA, puisque le secteur apicole n’est pas habitué à une telle surmortalité. 

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), André Lamontagne, se dit «très préoccupé par la situation des abeilles au Québec», a répondu son cabinet par courriel. 

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), André Lamontagne

Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), André Lamontagne

Une enquête sur la mortalité des ruches est toujours en cours au MAPAQ. Selon les résultats qui en découleront, un soutien supplémentaire pourrait être offert aux apiculteurs, précise le ministère.

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