Vers une pénurie de lait maternisé hypoallergénique : voici pourquoi on en parle et que c’est un grave enjeu | 24 heures
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Vers une pénurie de lait maternisé hypoallergénique : voici pourquoi on en parle et que c’est un grave enjeu

À droite, Logan, garçon d'AudreyAnn Morissette, maman de trois enfants.
Courtoisie

À droite, Logan, garçon d'AudreyAnn Morissette, maman de trois enfants.

La pénurie de lait hydrolysé pour bébé qui balaie les États-Unis est en train d’atteindre le Québec. Depuis des semaines, nombre de parents se butent à des tablettes vides et cherchent désespérément ces préparations sur les réseaux sociaux pour leurs petits qui ne tolèrent pas les protéines de lait de vache. Le hic, c’est que la situation n’est pas sur le point de se résorber. On fait le point.  

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Le lait hydrolysé, ou appelé lait maternisé hydroallergènique – est une formule dédiée aux enfants entre 0 et 12 mois qui présentent des intolérances ou des allergies alimentaires aux protéines bovines – soit le lait - dans les premiers mois de leur vie. Sans cette préparation, des bébés peuvent être en souffrance pendant des jours. 

«C’est une intolérance qui se remarque chez des bébés qui ne prennent pas beaucoup de poids, qui ont des reflux, qui ont du sang dans les selles, qui pleurent 22 heures sur 24 par exemple», souligne la Dre Marie-Claude Roy, présidente de l’Association des pédiatres du Québec.  

(PHOTO COURTOISIE) 
Les pharmacies estiment que la pénurie de Similac Alimentum pourrait durer jusqu’en août prochain.

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(PHOTO COURTOISIE) Les pharmacies estiment que la pénurie de Similac Alimentum pourrait durer jusqu’en août prochain.

Un effet domino à l’origine de la pénurie 

Trois facteurs sont responsables du manque d’inventaire des préparations pour bébé : la pénurie de main-d’œuvre, les difficultés dans la chaîne d’approvisionnement mondiale et plus récemment, en février, la fermeture d’une usine du fabricant Abbott dans le Michigan, après un rappel de produits en poudre soupçonnés d’avoir provoqué la mort de deux bébés. 

Cette interruption a eu un impact majeur dans la production des préparations Similac Alimentum, produit hydrolysé le plus vendu au Québec. Alertés par la situation, des parents en auraient profité pour faire des réserves de poudre de lait maternisé hydroallergénique, créant une forte demande pour le même produit en format de prêt à servir. Résultat : un effet domino qui a vidé temporairement les étagères des autres préparations pour bébés alternatives au Alimentum.   

Pour accélérer la reprise des activités, l’entreprise Abbott a passé un accord en début de semaine avec l’Agence américaine du médicament (FDA). Malgré ce revers, on pourrait encore devoir attendre entre 6 et 8 semaines avant que les préparations soient de retour dans nos allées de pharmacies.  

Pour endiguer le risque d’une pénurie, les pharmaciens du Québec ont reçu la consigne de retirer temporairement les laits hydrolysés des articles en vente libre pour les réserver aux patients ayant une prescription. 

L'usine de la compagnie Abbott située au Michigan, aux États-Unis.

AFP

L'usine de la compagnie Abbott située au Michigan, aux États-Unis.

En pleurs et en douleurs 

«Depuis qu’on a écoulé nos caisses [d’Alimentum], Logan est tellement inconfortable et en douleur à longueur de journée. J’en peux plus de voir mon bébé souffrir comme ça», peut-on lire dans un appel à l’aide d’AudreyAnn Morissette, une maman de trois enfants de l’Estrie. 

Cela fait un mois qu’elle se démène pour dénicher du Similac Alimentum en prêt-à-boire pour son petit Logan âgé de quelques mois, qui a des reflux sévères en plus d’une intolérance aux protéines bovines. Devant une rupture de stock, son pharmacien lui a alors offert du Nutramigen, une préparation en poudre équivalente à l’Alimentum, mais qui ne convient pas au petit. 

«Il était très inconfortable, il pleurait tout le temps, il avait des maux de ventre, il buvait moins. Ça ne marchait vraiment pas», se rappelle AudreyAnn, en entrevue avec le 24 heures

Désemparée, elle lance un appel à l’aide sur les réseaux sociaux, comme plusieurs parents dans la même situation. Elle trouve finalement 21 conserves de Similac Alimentum à 45 minutes de voiture de chez elle, de quoi tenir une semaine.  

En attendant, elle sert à son nourrisson une alternative prescrite par un pédiatre – mais peu appréciée par le petit Logan – et fouille tous les jours les petites annonces sur Facebook pour tenter de mettre la main sur des caisses d’Alimentum.  

«Quand j’en trouve, c’est souvent trop tard. Les gens en ont profité pour faire des réserves alors c’est maintenant une denrée rare.» 

Courtoisie/Facebook

Pas de pénurie au Québec... pour l’instant 

Pour le moment, il n’est pas question d’une pénurie de lait hydrolysé au Québec ni même au Canada, assure le président du Conseil canadien du commerce au détail, Michel Rochette.  

«On est affectés, mais pas du tout comme aux États-Unis», précise-t-il.  

Même si l’achat en panique de certains consommateurs a occasionné des délais très temporaires, Michel Rochette confirme que les réserves de produits sont encore bonnes dans les entrepôts. 

Pour la Dre Marie-Claude Roy, la pénurie est surtout problématique pour les petits patients aux intolérances les plus sévères et ceux qui ont une réelle intolérance aux protéines de lait de vache. 

«Pour un bébé entre 9 à 12 mois qui est sur Alimentum depuis longtemps, ça peut valoir la peine de refaire un test avec d’autres laits végétaux pour voir si c’est mieux toléré et laisser le lait maternisé pour les tout jeunes bébés qui en ont réellement besoin», explique la pédiatre. 

D’autres scénarios sont étudiés par l’Association des pédiatres du Québec en concert avec le ministère de la Santé et des Services sociaux et les compagnies pharmaceutiques, dont l’importation d'Europe de formules pour bébé, notamment. 

«C’est clair qu’on ne laissera pas ces bébés-là rester malades sans avoir un lait adéquat», conclut la Dre Marie-Claude Roy.