Interpellée par des policiers parce qu’elle avait les seins nus dans un parc: permis ou pas? | 24 heures
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Interpellée par des policiers parce qu’elle avait les seins nus dans un parc: permis ou pas?

Éloÿse Paquet Poisson
Photo Facebook

Éloÿse Paquet Poisson

Éloÿse Paquet Poisson s’est fait interpeller par des policiers, dimanche dernier, alors qu’elle prenait un bain de soleil, seins nus, dans le Jardin Jean-Paul-L’Allier de Saint-Roch, un parc de Québec. Des agents se seraient approchés d’elle pour lui demander de se couvrir, même si la loi n’interdit pas aux femmes de dévoiler leur poitrine. 

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«J’étais assis.e sur une grande couverture jaune, dans ma longue jupe de papillons, j’y faisais des macramés avec toute ma concentration, une clope au bout des lèvres. Mais à ce moment-là, je ne savais pas que j’avais l’air si menaçant.e», raconte-t-elle dans une publication Facebook qui a été repartagée plus de 1000 fois.  

«Pourtant, un premier policier s’approche de moi, dix longues minutes après m’avoir observé de loin et parlé au talkie pour avoir le go à intervenir», poursuit la jeune femme, qui a l’habitude de fréquenter ce parc.  

«On vous demanderait de vous couvrir s’il vous plaît», lui aurait demandé ce premier agent. «C’est qu’il y a des familles qui passent ici», aurait-il ajouté. Éloÿse Paquet Poisson lui aurait alors répondu que le parc était rempli d’hommes torse nu.  

Devant son refus de se couvrir les seins, le policier serait reparti. Mais une dizaine de minutes plus tard, cinq nouveaux policiers seraient arrivés en renfort. Affirmant être dans ses droits, elle aurait demandé aux agents pourquoi ils faisaient «une intervention». «On voulait vérifier que tu fasses rien de sexuel», lui aurait dit un agent. 

Alors que la grogne montait dans le parc, les policiers auraient décidé de repartir, près d’une heure après l’arrivée du premier agent. 

Le Jardin Jean-Paul-L’Allier de Saint-Roch

Capture d'écran/Google

Le Jardin Jean-Paul-L’Allier de Saint-Roch

Contacté par le 24 heures, le SPVQ a soutenu être intervenu après avoir reçu une plainte d’un citoyen au parc. «Dès qu’il y a plainte, on doit se rendre sur les lieux pour faire des vérifications», nous a-t-on indiqué. 

Le SPVQ affirme que d’autres policiers se sont ajoutés après qu’une personne eut monté le ton. L’homme se serait ensuite calmé et il n’aurait reçu qu’un avertissement. 

Une question de liberté  

En partageant son histoire sur Facebook, Éloÿse Paquet Poisson assure qu’elle ne voulait pas lancer un mouvement. Elle souhaite plutôt que tout le monde puisse faire ce qu’il veut de sa poitrine et être bien dans son corps. «Je n’encourage pas les femmes à être seins nus, mais que les gens qui veulent être en chest, puissent le faire en liberté», dit-elle.  

Et pour la jeune de femme, qui doit bientôt se faire enlever une tumeur sur un sein, ce bain de soleil avait une signification toute particulière.  

«Je vais potentiellement avoir le cancer du sein dans un mois, et je pourrais en perdre un. C’est moi qui deal avec ça, confie-t-elle en entrevue au 24 heures. Personne ne me dira quoi faire avec mes seins, alors que je vis la plus grande épreuve de ma vie.» 

Au cours des derniers jours, elle affirme avoir reçu beaucoup de messages d’appui. Sous sa publication, la majorité de ses commentaires sont d’ailleurs positifs. 

Voici ce que la loi dit 

Au Québec et au Canada, il n’est pas illégal en soi d’être seins nus dans un espace public, puisque le Code criminel ne l’interdit pas expressément, explique Éducaloi. Une ville ou une municipalité ne peut pas non plus interdire aux femmes d’être seins nus en public. 

Il n’est toutefois pas permis de tout faire avec les seins nus. Il ne faut pas dépasser «la norme de tolérance de la communauté» en ayant, par exemple, des comportements sexuels alors qu’on a les seins nus, précise Éducaloi. Se caresser le corps tout en étant seins nus pourrait ainsi être considéré comme de l’indécence.