À deux doigts de la rue: pas facile pour ces trois locataires de trouver un toit avant le 1er juillet | 24 heures
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À deux doigts de la rue: pas facile pour ces trois locataires de trouver un toit avant le 1er juillet

Image principale de l'article 3 locataires racontent leur parcours du combattant
Photomontage: Julie Verville

Trouver un logement avant le 1er juillet relève du parcours du combattant pour des locataires de plusieurs régions du Québec. On a parlé à trois d’entre eux pour mieux comprendre leur réalité. 

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Josianne Labrecque, 46 ans, Rimouski   

Taux d’inoccupation* de Rimouski : 0,2%.    

Josianne Labrecque et son conjoint, Richard Ouellet.

Courtoisie

Josianne Labrecque et son conjoint, Richard Ouellet.

Se rapprocher du travail et éviter 1h30 de voiture par jour? Mission impossible.  

Depuis un an, Josianne Labrecque part tous les jours de Trois-Pistoles pour se rendre à son travail à Rimouski, ce qui lui fait 1h30 de route aller-retour. Pour faciliter ses déplacements, l'employée d'un Tim Hortons s'est donné la mission de dénicher un appartement à Rimouski. Seul hic: la région affiche un taux d'inoccupation de 0,2% - le deuxième plus faible de toute la province. La montée en flèche du prix de l’essence a aussi pesé dans la balance, explique-t-elle. 

En revanche, c’est la traversée du désert depuis le début de ses recherches lors de l’été 2021. Même si la quarantenaire prend le temps de regarder tous les jours après le travail, elle et son copain n’ont pu visiter que deux appartements de grandeur 4 1⁄2 en six mois. Elle dit ne pas avoir de problème de crédit ni d’animal de compagnie, deux éléments qui peuvent jouer contre les locataires. «Une chance, ce serait encore pire!» rigole-t-elle à moitié.  

À en croire Josianne Labrecque, la recherche d’un logement à Rimouski serait littéralement une épreuve d’endurance. «Quand je vois les appartements sur Facebook, ils ont déjà des dizaines de commentaires. Il faut être très réactif», estime-t-elle. Les appartements sont souvent déjà loués lorsqu’elle appelle les propriétaires. 

Elle aimerait ultimement débourser au maximum 800$ pour son logement de grandeur 4 1⁄2 ; un prix qui n’est pas loin du prix moyen de 694$ pour un 4 1⁄2 à Rimouski, selon les données de la SCHL.  

Le couple peut au moins se compter chanceux d’avoir un bon propriétaire. Ce dernier accepté de les garder en attendant, et ils pourront céder leur bail après avoir trouvé un logement.  

Mais d’ici là, Josianne doit continuer de mettre son argent à la pompe au lieu de le mettre dans le loyer. «Mon tip de 100$ par semaine va pour l’essence», rechigne-t-elle. 

Stacey Guay, 29 ans, Mont-Laurier   

Taux d’inoccupation de Mont-Laurier : 1,5%.   

Stacey Guay de Mont-Laurier.

Courtoisie

Stacey Guay de Mont-Laurier.

Elle se retrouva à la rue dans un mois  

Stacey Guay est à la recherche d’un 4 1⁄2 à environ 1000$ par mois à Mont-Laurier depuis septembre, un prix raisonnable si on se base sur le prix moyen de 607$ pour un logement de cette taille selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).  

Mais le temps presse: la femme est contrainte de quitter son logement actuel puisque la fille de son ex petit-ami – aujourd'hui son coloc – prendra sa chambre. N’ayant pas signé de bail, Stacey Guay se retrouvera à la rue à moins de trouver un logement. 

Même si elle passe près de deux heures par jour sur les plateformes de location comme Kijiji ou Marketplace, elle a fait jusqu’à maintenant une seule visite. Elle a aussi multiplié les appels à l’aide sur Facebook. «Je suis désespérée... je sais plus quoi faire [et] faut que je déménage», a-t-elle écrit à ses abonnées sur Facebook dernièrement.  

«Il n’y a pas de logement tout court dans le secteur de Mont-Laurier», constate la femme qui travaille comme cheffe de quart chez McDonald’s.  

La femme, qui dit ne pas avoir de problème avec son crédit, assure que les logements à louer sont tout simplement absents. Rappelons que le taux d’inoccupation est de 1,5% à Mont-Laurier, deux fois moins que le seuil d’équilibre de 3% établi par la SCHL.  

Que va-t-elle faire à partir du 1er juillet ? «Je sais juste plus, souffle-t-elle. Ça s’en va vers la rue.»  

Cindy Jackson, 37 ans, Granby   

Taux d’inoccupation de Granby : 0,1%   

Cindy Jackson, Granby, accompagnée de ses trois chiens.

Courtoisie

Cindy Jackson, Granby, accompagnée de ses trois chiens.

330 appels plus tard, elle trouve une colocation à 1h30 de son secteur 

Après des mois de recherches et plus de 330 appels, Cindy Jackson de Brigham, un village au sud de Granby dans les Cantons-de-l'Est, a finalement déniché une colocation pour le 1er juillet. Elle aura dû faire une croix sur la majorité de ses critères de recherche, dont la ville où elle souhaitait habiter.  

Cindy Jackson a renoncé à son rêve de trouver un appartement pour elle et ses trois chiens dans la région de Granby. Elle a décidé de quitter sa région pour être en colocation avec un ami de Saint-David, en Montérégie, qui a accepté de l’aider. 

Depuis la fin du mois d’avril, Cindy Jackson habitait dans le chalet d’une amie. L’endroit, qui lui servait de logement, est habituellement loué à 2000$ par mois sur Airbnb. Pour permettre à Cindy de souffler un brin, son amie l'a exemptée de loyer. «Je me suis fais dépanner», a-t-elle soupiré. 

En mars dernier, la jeune femme s’est fait «rénovincée» de son dernier logement, selon ses dires. En échange de la rupture de son bail, son propriétaire lui a offert de payer son déménagement et lui a accordé une somme d’argent équivalente à trois mois de loyer. Le propriétaire a depuis presque doublé le loyer, en le rénovant « à peine », toujours selon elle. 

Après une mauvaise expérience d’un mois avec un colocataire, elle a emménagé à la fin du mois d’avril dans le chalet de son amie. Elle voulait trouver «n’importe quoi et n’importe où». «J’en ai pas de budget. Je dois trouver quelque chose avant tout et on s’arrangera ensuite. Combien de gens vont faire faillite pensez-vous?» se questionnait-t-elle. 

Cindy Jackson en était même à compter ses appels : elle avait passé 328 coups de fil en date du 26 mai, tout juste avant de recevoir l’appel de son ami. Ses appels n’auront d'ailleurs mené qu’à une seule visite, en trois mois de recherche. 

De son propre aveu, deux facteurs ont rendu ses recherches laborieuses : une mauvaise cote de crédit et la possession de trois chiens.  

*Le taux d’inoccupation d’une municipalité est le pourcentage de logements disponibles. La Société canadienne d’hypothèques et de logements du Québec (SCHL) évalue le seuil d’équilibre à 3%. 

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