Hausse des taux d’intérêt: les nouveaux acheteurs ont-ils raison de s’inquiéter ? | 24 heures
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Hausse des taux d’intérêt: les nouveaux acheteurs ont-ils raison de s’inquiéter ?

La récente hausse des taux d’intérêt fait craindre le pire aux Canadiens qui ont acheté une maison pendant la pandémie, alors que la Banque du Canada va jusqu’à entrevoir des paiements hypothécaires jusqu’à 45% plus élevés au cours des prochaines années. Ces chiffres – qui font peur à première vue – ont-ils raison d’inquiéter autant ? 

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Des propriétaires de biens immobiliers pourraient avoir à débourser plusieurs centaines de dollars supplémentaires par mois pour payer leur propriété, de quoi faire un trou au budget. 

Prenons l’exemple d’un couple qui achète une maison à 400 000$ avec une mise de fonds de 5% et un taux d’intérêt fixe de 1,5% sur 5 ans : il verse mensuellement 1500$ pour le paiement de sa propriété. Supposons maintenant un taux d’intérêt de 4% renégocié dans trois ou quatre ans, ce versement passera à 2 070$ par mois, une hausse de près de 40%. 

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Devrait-on s’inquiéter ? 

«Je n’aime pas le mot "inquiéter", parce qu’il faut comprendre d’où on part» lance d’emblée l’économiste principal du mouvement Desjardins, Benoît Durocher. On part d’une situation où les taux d’intérêt étaient pratiquement à zéro. Ce n’est pas normal! C’est une situation qui était complètement atypique et c’est en partie en raison de la pandémie.» 

Pour l’expert, il n’y a pas de soucis à avoir pour la plupart des gens, mais il est indéniable que la hausse des taux d’intérêt va avoir des répercussions sur les acheteurs de biens durables [un bien dont l’utilité se maintient dans le temps, comme un bien immobilier, une voiture, des électroménagers, etc.], qui sont souvent achetés à crédit. Ce n’est pas tout: les premiers acheteurs sur le marché immobilier doivent seulement faire face à des taux d’intérêt plus élevés, mais aussi à des prix d’achat faramineux. 

«Les deux ont fortement contribué à détériorer l’abordabilité dans le marché de l’habitation», rappelle Benoît Durocher, qui anticipe que la hausse d’intérêt va avoir un effet restrictif sur les nouveaux acheteurs au cours des prochains mois. 

Et même si la hausse des taux d’intérêt devrait contribuer à calmer le jeu sur le marché immobilier, ce n’est pas «nécessairement une victoire pour les jeunes acheteurs», nuance Simon Brière, stratège principal à la firme R.J. O’Brien & Associates Canada.   

«Bien que le marché immobilier va se calmer, le budget alloué aux paiements hypothécaires risque d’être le même en raison de la hausse des taux d’intérêt. La maison va peut-être vous coûter moins cher qu’il y a un an, mais il y a plus d’intérêt. C’est quatre trente sous pour une piastre.» 

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Capables de faire face aux hausses  

La grande majorité des nouveaux acheteurs sont cependant capables de faire face à des hausses de taux d’intérêt, insiste l’économiste Benoît Durocher. 

«Depuis plusieurs années, les gens qui se qualifiaient un prêt hypothécaire ne se qualifiaient pas pour un taux en vigueur très bas, mais pour un taux plus élevé [pour être en mesure de faire face aux futures hausses]».  

La hausse des taux d’intérêt pourrait plutôt faire mal aux acheteurs qui ont cultivé «la mauvaise habitude de magasiner des paiements plutôt que le prix de la propriété», avertit Simon Brière. 

«Plutôt que de se demander si on pouvait se permettre une maison à 400 000$, on se demandait plutôt combien pouvait-on se permettre avec des paiements hypothécaires de 1500$ par mois en raison des faibles taux d’intérêt», explique le stratège. 

Ainsi, les consommateurs qui ont profité des bas taux d’intérêt pendant la pandémie pour acheter une résidence secondaire, une moto, de nouveaux électroménagers ou tout autre bien à crédit pourraient se ronger les ongles dans les mois à venir. 

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Pourquoi la banque centrale augmente son taux aussi rapidement? 

Le 13 juillet, la banque centrale du Canada devrait relever d’un demi-point le taux directeur, la quatrième hausse substantielle en un an seulement. Et des rumeurs veulent qu'elle songe à hausser sa cible du taux directeur jusqu’à 3% d’ici la fin de l’année, alors qu’il était encore à 0,25% en janvier dernier. Résultat : les taux d’intérêt continueront à augmenter de manière importante pour mettre un frein à l’inflation, au grand désarroi des budgets des ménages. 

C’est que les banques centrales sont en «mode rattrapage». «C’est plus un sprint qu’un marathon. C’est un peu inquiétant, mais il faut le faire. On a une grosse côte à remonter, mais ce sera moins pire une fois passé de l’autre côté», lance Simon Brière. 

L’économiste Benoît Durocher doute que la Banque centrale du Canada se rende à un taux directeur de 3% d’ici la fin de l’année, estimant que les «effets restrictifs sur l’économie» se «ressentiront bien avant ça». 

«Il y a beaucoup de ménages canadiens endettés. C’est très difficile de savoir quel effet cette hausse de taux d’intérêt va avoir, mais on se doute que l’effet va être plus prononcé que dans le passé, parce que le taux d’endettement est plus élevé que dans le passé. 

C’est toutefois l’inflation qui demeure la variable la plus importante et celle qui pourrait dicter la suite.  

«Si l’inflation continue à monter et à s’accélérer au cours des prochains mois, la Banque centrale n’aura pas le choix de continuer à augmenter son taux directeur», conclut Benoît Durocher. 

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