3 ans après son adoption, la loi 21 suscite toujours la colère | 24 heures
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3 ans après son adoption, la loi 21 suscite toujours la colère

Image principale de l'article La loi 21 suscite toujours la colère
Joël Lemay / Agence QMI

Trois ans après l’adoption de la loi 21 sur la laïcité de l’État, des Québécoises de confession musulmane reprochent au gouvernement de François Legault de vouloir les rendre «invisibles».  

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«Nous en sommes à trois ans d’application, trois ans d’injustice, trois ans de défis pour de jeunes femmes québécoises de confession musulmane qui ne trouvent plus leur place dans cette société», dénonce Samira Laouni.   

Samira Laouni à la manifestation contre la loi 21, samedi le 11 juin, à la station Parc.

Geneviève Abran

Samira Laouni à la manifestation contre la loi 21, samedi le 11 juin, à la station Parc.

Celle qui est présidente de la Semaine de sensibilisation musulmane a participé samedi matin, à Montréal, à un rassemblement d’une cinquantaine de personnes visant à dénoncer cette loi jugée «discriminatoire». 

La loi 21 interdit le port de signes religieux à certains employés de l’État lorsqu’ils sont en fonction, comme les enseignants, les policiers, les pompiers, les juges et les agents correctionnels. Le projet de loi avait suscité la controverse avant d'être adopté à l'Assemblée nationale à l'été 2019.

«Ce que cette loi dit, c’est qu’on ne peut pas s’afficher comme musulmans», déplore Samaa Elibyari. Selon elle, l’objectif de la loi 21 est de rendre sa communauté «invisible» en lui montrant qu'elle n’a pas de «place dans la société».  

Samira Laouni reproche au gouvernement de François Legault de forcer les femmes musulmanes à choisir entre leur foi et leur citoyenneté. Mme Laouni affirme d’ailleurs avoir rencontré plusieurs femmes musulmanes qui ont décidé de quitter le Québec pour aller s’installer dans une autre province canadienne après l'adoption de la loi 21.    

Manifestation contre la loi 21, samedi le 11 juin, à Montréal.

Geneviève Abran

Manifestation contre la loi 21, samedi le 11 juin, à Montréal.

La femme, qui s'inquiète de voir d’autres provinces adopter des lois semblables, soutient que la loi 21 empêche certaines femmes de minorités religieuses d’accéder à leur «autonomie financière» en les écartant de certains emplois.   

Les employés qui étaient déjà en poste avant le 27 mars 2019 ont toujours le droit de porter un signe religieux, pourvu qu’ils occupent le même poste au sein de la même organisation, précise le site web du gouvernement. Une enseignante musulmane qui souhaite garder le voile ne pourrait donc pas changer de poste ou de centre de services scolaire, regrette Samira Laouni. 

Inquiétudes pour l’avenir  

Samira Laouni et Samaa Elibyari s’inquiètent pour l’avenir.  

Harjinder Kaur, jeune femme sikhe, partage leur crainte. Elle affirme que le traitement réservé aux minorités religieuses au Québec s’est dégradé au cours des trois dernières années. Elle reproche aussi au gouvernement Legault de vouloir, avec sa nouvelle loi 96, mettre des bâtons dans les rues des immigrants qui ne parlent pas français.  

Mandeep Kaur et Harjinder Kaur à la manifestation contre la loi 21, samedi le 11 juin, à Montréal.

Geneviève Abran

Mandeep Kaur et Harjinder Kaur à la manifestation contre la loi 21, samedi le 11 juin, à Montréal.

«Je ne comprends pas pourquoi on fait de moi un citoyen de seconde main», regrette finalement Kanwarpal Singh. Malgré la loi 21, le jeune homme sikh souhaite néanmoins rester au Québec pour demeurer près de ses parents qui ont travaillé fort pour lui offrir la vie qu’il a aujourd’hui.   

Kanwarpal Singh à la manifestation contre la loi 21, samedi le 11 juin, à Montréal.

Geneviève Abran

Kanwarpal Singh à la manifestation contre la loi 21, samedi le 11 juin, à Montréal.

La Cour d’appel du Québec pourrait se pencher sur la loi 21 à l’automne prochain, après les élections provinciales, selon des informations obtenues par Radio-Canada.