Le Grand Prix du Canada: «C’est un événement du 20e siècle» | 24 heures
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Le Grand Prix du Canada: «C’est un événement du 20e siècle»

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Martin Chevalier / JdeM

Tenir un événement tel que le Grand Prix du Canada en pleine crise climatique est «aberrant», déplorent des organismes et individus qui lancent une pétition pour dénoncer son déroulement. La Formule 1 est-elle aussi néfaste pour l’environnement qu’ils le prétendent? On vous explique.

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Les Grands Prix, ainsi que les périodes d’essais d’avant et d’après-saison, sont responsables de 256 551 tonnes de CO2 par année, selon un rapport que la Formule 1 a elle-même produit en 2019. C’est l’équivalent des émissions annuelles de près de 77 000 voitures.  

À titre comparatif, ça représente plus que les émissions annuelles de Dow Chemical Canada, la 21e entreprise la plus polluante au Québec, selon le palmarès établi par Le Journal de Montréal.

Ces données ne prennent pas en considération le déplacement des spectateurs et des touristes qui assistent aux diverses courses qui se tiennent partout dans le monde. 

«Est-ce que c'est vraiment un événement qui fait du sens, aujourd'hui, en pleine crise climatique, économique et humanitaire? Je ne pense pas», affirme l’instigateur de la pétition, le musicien Dominique Lebeau, ancien membre des Cowboys Fringants, connu sous le nom d'artiste domlebo.

La pétition, hébergée par change.org, est cosignée notamment par Mères au front, ENvironnement JEUnesse, Eau Secours, la Fondation Rivières et la Coalition Climat Montréal.  

Le symbole, plus que les chiffres  

Seul 0,7% des émissions attribuables à la vingtaine de Grands Prix provient du carburant brûlé lors des courses. La majorité des émissions sont dues au transport des équipements et du personnel. En 2019, la Formule 1 s’est d’ailleurs engagée à atteindre la carboneutralité d’ici 2030.  

«Dans la pétition, je n'ai mis aucun chiffre, souligne domlebo. Je ne veux pas qu'on mette l'emphase sur les chiffres. Je veux qu'on parle du concept», dit-il.  

Ce que domlebo dénonce, c’est la glorification de la démesure, alors que la crise climatique appelle à la sobriété. 

«C’est un tout: la drogue, la prostitution, le brûlage d’essence pour rien. C’est un symbole. Ce n’est pas les chiffres. C’est le luxe et l’excès. Alors que tout le monde dit qu’on est dans une crise climatique, dans une urgence climatique, on présente ça sur un piédestal», déplore-t-il. 

Lewis Hamilton

J.P. Moczulski, Reuters

Lewis Hamilton

Des fonds publics et trop de promotion  

Son but: confronter les gouvernements qui subventionnent l’événement et les médias qui le diffusent, qui vendent de l’espace publicitaire et qui en font la promotion. 

«Ce n'est pas un truc privé. On prête le parc Jean-Drapeau à ces gens-là. Ils ont de la place dans les journaux, dans les radios. Il y a trop de place laissée à un événement qui est une célébration de l'excès. C'est un événement du 20e siècle», estime-t-il. 

«L'entreprise qui présente ça s'appelle Bell Média. Bell a une responsabilité. Il faut qu'on questionne ces gens-là.» 

Départ de la 2e course du week-end du Grand Prix de la Formule E FIA, à Montréal, le dimanche 30 juillet 2017.

JOËL LEMAY/AGENCE QMI

Départ de la 2e course du week-end du Grand Prix de la Formule E FIA, à Montréal, le dimanche 30 juillet 2017.

Les trois paliers de gouvernement versent 18,7 M$ par année à la F1 pour avoir le droit d’accueillir la course. En 2019, la construction de nouveaux paddocks au prix de 74,5 M$ a été entièrement assumée par les contribuables. 

Le Grand Prix du Canada aurait un impact économique de 63,2 M$ sur le produit intérieur brut, selon une étude commandée par la Société du parc Jean-Drapeau, Tourisme Montréal et le Grand Prix. 

Les revenus fiscaux des gouvernements du Québec et du Canada, quant à eux, se chiffreraient à 16 M$. 

Un week-end attendu       

Après deux ans de pandémie qui ont écorché l’industrie du tourisme, domlebo est conscient qu’il ne se fera pas d’amis chez les restaurateurs, hôteliers et tenanciers de bars qui attendent ce week-end pour renflouer les caisses.  

Tapis rouge de la soirée Ferrari North America à Hôtel le St-James, à l'occasion du Grand Prix du Canada, à Montréal, le samedi 7 juin 2014.

JOËL LEMAY/AGENCE QMI

Tapis rouge de la soirée Ferrari North America à Hôtel le St-James, à l'occasion du Grand Prix du Canada, à Montréal, le samedi 7 juin 2014.

Les hôtesses de l'Auberge Saint-Gabriel lors du tapis rouge de la soirée Ange et Pilote, à l'occasion du Grand Prix de F1 du Canada, à Montréal, le dimanche 12 juin 2016.

JOËL LEMAY/AGENCE QMI

Les hôtesses de l'Auberge Saint-Gabriel lors du tapis rouge de la soirée Ange et Pilote, à l'occasion du Grand Prix de F1 du Canada, à Montréal, le dimanche 12 juin 2016.

«C’est sûr que je vais me faire ramasser par eux!» lance-t-il. 

Mais il persiste et signe, insistant sur l’importance de regarder au-delà de l’impact économique. «Combien ça nous coûte collectivement, au niveau social, au niveau de l'environnement? On n’a pas tous les chiffres», souligne-t-il.  

L’industrie touristique gagnerait beaucoup plus, à long terme, à mettre en valeur sa gastronomie, son histoire, sa culture, ses événements sportifs et ses paysages pour attirer des voyageurs.  

L'artiste et militant ne rêve pas en couleurs. Il sait bien que sa pétition, qui avait amassé moins de 300 signatures à 16h lundi, n’empêchera pas la tenue de l’événement. 

«Mais si, au moins, cette semaine, ça fait du bruit et que ça résonne, qu'on n'est pas tous et toutes d'accord avec ça, j'aurai rempli mon but de la semaine», dit-il. 

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