Vous achetez des produits viraux? Soyez prudents avec le dropshipping | 24 heures
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Vous achetez des produits viraux? Soyez prudents avec le dropshipping

Sur TikTok, le compte francophone Le Slush Cup fait la promotion d’un gadget à 32$ qui permet de transformer le liquide de son choix en slush. Le même objet, mais avec des noms et prix différents, est offert un peu partout sur la toile. Ça pique la curiosité! 

Quand on passe une commande via le site de Slush Cup, on reçoit effectivement le produit annoncé, mais il porte plutôt le nom «Frozen Magic» et nous a été expédié par EIE CORP, dont l’adresse est en Ontario. La documentation qui accompagne le produit est clairement rattachée à la marque Frozen Magic – aucune mention de Slush Cup nulle part – et en anglais uniquement. 

Photo Camille Dauphinais-Pelletier

Une recherche rapide sur internet indique que ces gobelets se trouvent aussi sur Amazon (autour de 28$) et Walmart (à plus de 56$). 

Alors, que vient faire Le Slush Cup là-dedans – et est-ce légal?  

Un cas de dropshipping?  

Tout indique qu’il s’agit d’un produit vendu en dropshipping, une pratique populaire et légale en elle-même, mais face à laquelle il faut être prudent comme consommateur.  

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En gros, un commerçant réussi à attirer notre attention sur un produit (par exemple avec des vidéos de démonstration sur TikTok), puis il nous le vend. Une fois qu’on a payé, il le commande directement à son fournisseur et l’expédie chez nous, sans avoir eu besoin d’en tenir un inventaire. 

«C’est gagnant pour le dropshipper quand il arrive à mettre en place à peu de frais sa boutique en ligne : pas besoin d’inventaire en stock, de louer des entrepôts ni même de gérer la logistique de la livraison, qui coûte très cher», explique Sandrine Prom Tep, professeure au Département de marketing de l'École des sciences de la gestion de l’UQAM. 

«Ça permet aussi au fournisseur d’écouler une partie de son stock. Lui n’aurait pas eu ce client-là de toute façon sans intermédiaire supplémentaire», poursuit-elle. 

Photomontage Marilyne Houde

Le dropshipper ne fait pas «rien», sinon il ne ferait aucune vente. «Il faut toujours qu’il ait un apport, soit la fonction marketing, vente, information ou communication», dit-elle. «On revient à la racine de la publicité : l’entreprise communique au consommateur l’existence de l’offre.» 

Pour reprendre l’exemple de Slush Cup, les gens derrière le compte TikTok font de la publicité de façon assez efficace : la plus populaire de leurs vidéos a été visionnée 189 000 fois et plusieurs de leurs autres démonstrations cumulent les dizaines de milliers de vues.  

Si on est conquis, on se fait diriger vers leur site web, une plateforme transactionnelle Shopify, où on peut faire un paiement sécurisé, par exemple via PayPal. Tout indique ensuite qu’une commande est passée à EIE CORP, qui poste directement le produit chez nous. 

«Là où ça devient enjeu, c’est pour le consommateur s’il a un problème avec la qualité du produit, la livraison ou son expérience. Si le fournisseur fait mal son travail, ça va retomber sur le dropshipper qui devra gérer la satisfaction du client sans vraiment avoir de contrôle sur son fournisseur. Ça peut devenir plus délicat pour le consommateur d’être satisfait», souligne Sandrine Prom Tep.  

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Le dropshipping est-il éthique?  

Si la compagnie est transparente sur ses pratiques, il n’y a pas de problème éthique avec le dropshipping, avance Sylvain Amoros, professeur associé au département de marketing de HEC Montréal.  

«Il faut avoir une éthique dans la détermination du prix : tu ne peux pas te prendre 300% de commission, sinon ça marchera pas. Il faut avoir de l’éthique en communication, ne pas faire de publicité trompeuse», donne-t-il en exemple.  

«Il y a aussi l’éthique fiscale, s’enregistrer en tant que compagnie. On a raison de ne pas être d’accord avec Amazon, Facebook, Google, Netflix, qui ne paient pas de taxes au Canada. Mais c’est la même chose avec un dropshipper», poursuit celui qui siège aussi sur la Chaire de commerce électronique RBC.  

Par exemple, là où c’est plus compliqué dans le cas de Slush Cup, c’est que la compagnie semble avoir des pratiques irrégulières, comme renommer le produit qu’elle vend – ce qui peut nuire à la comparaison des prix sur d’autres plateformes. Elle ne figure pas non plus au Registre des entreprises du Québec; impossible de savoir à qui appartient le site. 

Le ou les entrepreneurs derrière Le Slush Cup n’ont d’ailleurs pas donné suite à nos demandes d’entrevue. 

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Conseils pour magasineurs   

Si vous vous apprêtez à acheter un item via un dropshipper, voici quelques conseils de Sylvain Amoros pour augmenter vos chances d’avoir une bonne expérience :   

  • Toujours comparer les prix   
  • Chercher des critiques de produits sur des sites tierces    
  • Vérifier auprès de l’Office de la protection du consommateur si des plaintes ont été déposées envers l’entreprise    
  • Regarder sa politique de remboursement, les modalités de paiement, de livraison et de sécurité des données   
  • Valider qu’il s’agit d’un site sécurisé (https)   
  • Regarder si l’entreprise figure au Registre des entreprises du Québec
  • S’informer sur les droits de douane à payer le cas échéant   
  • Toujours se méfier d’un produit qui paraît trop beau pour être vrai      

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