Crimes de guerre: 3 bombes barbares utilisées en Ukraine qui pourraient coûter cher à la Russie | 24 heures
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Crimes de guerre: 3 bombes barbares utilisées en Ukraine qui pourraient coûter cher à la Russie

Une bombe FAB-250.
Photo AFP

Une bombe FAB-250.

Terrains de jeu, immeubles résidentiels et cimetières bombardés: les enquêtes sur les possibles crimes de guerre commis par la Russie en Ukraine laissent penser que Moscou a tué des milliers de civils en utilisant aveuglément des armes destructrices et barbares loin de cibles militaires. 

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«Des personnes ont été tuées chez elles et dans la rue, sur des terrains de jeu et dans des cimetières, alors qu'elles faisaient la queue pour obtenir de l'aide humanitaire ou des achats de nourriture et de médicaments», a déclaré Donatella Rovera, chercheuse au siège d'Amnistie internationale, en marge de la publication d’un rapport d’enquête intitulé Tout le monde peut mourir à tout moment. L’ONG affirme détenir des preuves d’utilisation de bombes interdites dans des zones résidentielles de Kharkiv.

Parallèlement, des enquêtes menées par le quotidien britannique The Guardian, en collaboration avec l’ONG Bellingcat, un collectif de journalistes en ligne à but non lucratif qui se consacre aux enquêtes sur les crimes de guerre, révèlent que la Russie aurait utilisé des bombes à fragmentation, des bombes non guidées et des bombes à fléchettes contre des civils. 

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Comme la Russie n’est pas signataire des traités internationaux qui interdisent ces armes, leur utilisation n’est pas illégale en soi. Ça ne veut toutefois pas dire que ces bombes peuvent être utilisées de n’importe quelle façon, rappelle Éric Ouellet, professeur spécialisé en commandement militaire stratégique et en prise de décision au Collège des Forces canadiennes.

«Elles ne sont pas illégales, mais ce sont des armes avec un large rayon de destruction. Si on attaque des zones dans lesquelles on sait qu’il y a des civils et pas de cibles militaires, c’est interdit», nuance-t-il.

Voici ce qu’il faut savoir sur ces armes. 

Bombes à sous-munitions  

«Ce sont des obus relâchés par avions ou au sol, qui s’ouvrent et libèrent de plus petites bombes qui se dispersent sur une grande surface avant de toucher le sol. Elles sont souvent utilisées pour détruire des infrastructures comme des pistes de décollage pour les avions», indique Éric Ouellet. 

Un démineur ukrainien transportant un obus russe  près de la ville de Kharkiv.

Photo AFP

Un démineur ukrainien transportant un obus russe près de la ville de Kharkiv.

Depuis 2008, ces bombes sont interdites dans plus d’une centaine de pays en vertu de la Convention sur les armes à sous-munitions et de la Convention sur les mines antipersonnel, notamment parce que près de la moitié des sous-munitions qu’elles libèrent n’explosent pas lorsqu’elles sont déployées. 

Au Laos, où les Américains ont lâché plus de deux millions de bombes pendant la guerre du Vietnam, entre 1964 et 1973, l’ONU estime qu’il resterait près de 80 millions de sous-munitions non explosées. Elles continuent de faire des centaines de victimes par année.

Amnistie internationale affirme posséder plusieurs preuves que des bombes à sous-munitions ont été utilisées par Moscou dans des quartiers résidentiels de Kharkiv, dont des obus non explosés et des témoignages. 

La Russie n’a pas signé les conventions qui les interdisent, non plus que l’Ukraine ou les États-Unis. 

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Bombes à fléchettes  

«Ce sont des bombes qui sont souvent utilisées dans des champs, des forêts ou des espaces plus ouverts, dans le but de tuer le plus de personnel possible», indique Éric Ouellet. 

Bien que ces bombes ne soient pas illégales, les Occidentaux évitent de les utiliser, puisqu’elles sont considérées «immorales» dans l’opinion publique de plusieurs pays, souligne-t-il. Le fait est que leur fonctionnement frappe l’imaginaire. 

Une fléchette contenue dans un obus russe trouvé dans la région de Donetsk en 2014.

AFP

Une fléchette contenue dans un obus russe trouvé dans la région de Donetsk en 2014.

Chaque obus contient environ 8000 fléchettes métalliques de 3 à 4 cm, composées d’un dard et de lames leur tenant lieu d’ailerons pour les stabiliser en vol. Après avoir été tiré par le canon d’un tank ou d’un obusier, l’obus éclate au-dessus du sol et projette les 8000 projectiles vers l’avant, dans une forme de cône inversée. Lorsque les fléchettes percutent un corps, le dard se courbe et dévie de sa trajectoire initiale, et les lames se détachent pour prendre une direction opposée, causant une deuxième blessure. 

Les pathologistes et les coroners qui ont pratiqué des autopsies sur des corps découverts dans des fosses communes de villes et villages au nord de Kyïv ont trouvé ces fléchettes métalliques enfoncées dans la tête et la poitrine des victimes. Des résidents de villes d’Irpin et de Boutcha ont aussi indiqué au Guardian en avoir trouvé dans leur cour ou enfoncées dans leur voiture. 

Bombes non guidées  

La Russie a beaucoup utilisé des bombes non guidées de type FAB-250, qui sont très imprécises, pour attaquer des villes de la région de Kyïv, notamment Boutcha, Hostomel et Borodyanka. Elles peuvent être larguées jusqu’à 12 km d’altitude. 

Une bombe FAB-250

Photo AFP

Une bombe FAB-250

Encore une fois, Éric Ouellet souligne qu’elles ne sont pas illégales, mais que c’est la manière dont Moscou les a utilisées en Ukraine qui pose problème. 

Selon les enquêteurs du Guardian et de Bellingcat, au moins huit bâtiments civils dans des villes au nord de Kyïv ont été détruits avec ces bombes par l’armée russe, causant des centaines de morts. Dans le passé, Moscou les avait largement utilisées en Syrie. 

− Avec les informations du Guardian

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