Trois questions pour mieux comprendre (et réagir) face au déclin des marchés boursiers | 24 heures
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Trois questions pour mieux comprendre (et réagir) face au déclin des marchés boursiers

En début de semaine, les principaux indices boursiers à New York ont chuté devant l’inflation galopante et la menace d’une hausse rapide des taux d’intérêt. Les investisseurs, inquiets, se sont rétracté et nous voilà donc plongés dans une totale incertitude.

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Le 15 juin, la banque centrale américaine (la Réserve fédérale américaine ou la FED) a fait grimper son taux directeur de trois quarts de point de pourcentage, la plus forte hausse aux États-Unis depuis 1994. Les investisseurs à Wall Street, qui anticipaient cette hausse et une possible récession, se sont rétractés sur les marchés.

Le Canada devrait suivre le 13 juillet prochain en relevant encore son taux directeur – la quatrième fois cette année –, pour rééquilibrer l’économie. Positif, certes, mais par pour votre portefeuille. Du moins, pas à court terme.

Pour y voir plus clair, on a posé nos questions à Lorenzo Tessier Moreau, économiste senior au Mouvement Desjardins.

1- Pourquoi les marchés boursiers craignent les hausses de taux directeur des banques centrales et donc les hausses de taux d’intérêt? 

Lorenzo Tessier Moreau: La hausse des taux d’intérêt ralentit l’économie, a des impacts sur le marché de l’habitation et sur la croissance économique en général. Ça a des impacts plus directs sur les profits des entreprises qui se financent beaucoup avec de la dette. Comme le coût de financement de la dette augmente, leur rentabilité diminue. Et pour les investisseurs, les marchés obligataires [un type de placement considéré moins risqué qui diffère de celui des actions] deviennent plus intéressants que la bourse. C’est une conjonction de tous ces phénomènes qui est venue créer une vague de froid sur les marchés. 

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2 - Est-ce possible de prédire la suite des choses en se fiant à des crises économiques antérieures comme celle en 2008 ou la crise pétrolière dans les années 1970? 

Il y a des similarités et il y a des différences.

Dans les années 1970, on était dans une situation similaire, dans la mesure où il y avait une tendance à la hausse de l’inflation et il y a eu un choc pétrolier important. On vit la même chose, puisque l’inflation et très forte et le tout a été empiré par un choc pétrolier. La réponse à ce problème-là est la même: une hausse rapide des taux d’intérêt. Ceci dit, dans les années 1970, les taux d’intérêt avaient atteint 18% et on doute fortement qu’on se rendra là.

Par rapport à la crise de 2008, le Canada a vécu une situation semblable au cours des derniers mois, soit une hausse rapide et importante des prix des biens immobiliers, suivie d’une hausse des taux d’intérêt. Il y a un risque avec la correction du marché immobilier, mais on est loin d’être dans la même dynamique que les États-Unis en 2008, étant donné que les banques ont pris moins de risques [la crise des subprimes, des prêts hypothécaires à risque, est à l’origine de cette crise financière] et le système est plus robuste qu’à l’époque. 

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3 - On nous dit depuis toujours qu’investir, c’est la clé. Mais en ce moment, l’inflation ronge les rendements, la bourse est en déclin et le marché de l’habitation est peu abordable. Qu’est-ce qu’on peut faire avec notre argent alors? 

À court terme, ça ne regarde pas bien pour bien des catégories d’investissement. Il y a eu d’excellents rendements sur les marchés boursiers dans les deux dernières années et, à un moment donné, il faut un certain retour à l’équilibre. C’est pareil pour le marché de l’habitation: on a eu une forte croissance des prix et on vit aujourd’hui la conséquence de ça.

Sur le moyen-terme, c’est encore possible d’aller chercher un peu de rendement sur des types d’investissement peu risqués [portefeuille d’investissement à faible risque] et il ne faut pas s’attendre à avoir des très bons rendements dans les portefeuilles d’actions plus risqués, même si on a pu faire de très bons bénéfices dans les dernières années.

Pour les gens qui ne veulent prendre aucun risque, il y a toujours l’option des comptes épargne traditionnels [aussi appelés compte épargne à intérêt élevé] qui offrent des rendements qui sont relativement intéressants.