Grand remplacement: des millions de Canadiens croient à une théorie du complot responsable de plusieurs tueries | 24 heures
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Grand remplacement: des millions de Canadiens croient à une théorie du complot responsable de plusieurs tueries

Des millions de Canadiens se croiraient victimes d’un complot orchestré par une élite mondiale malveillante qui souhaiterait les remplacer par des immigrants dans le but d’affaiblir les populations blanches dites «de souche» au pays, révèle un nouveau sondage.

Trente-sept pour cent des 1500 Canadiens sondés par la firme Abacus Data*, soit l’équivalent de 11 millions de personnes à l’échelle du pays, pensent qu’il y a «un groupe de personnes dans ce pays qui essaie de remplacer les Canadiens nés au pays par des immigrants qui partagent leurs opinions politiques».

Ces propos correspondent aux fondements de la théorie d’extrême droite du «grand remplacement». Ses principes ont inspiré plusieurs événements violents dirigés contre des communautés minoritaires en Europe et aux États-Unis, dont la tuerie de Buffalo, dans l’État de New York, qui a fait 11 victimes noires et deux blanches, le 14 mai dernier. 

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C’est quoi, la théorie du «grand remplacement»?   

Le «grand remplacement» est intimement lié à une peur de l’immigration, affirme Frédérick Nadeau, chercheur postdoctoral au Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation.

«Très simplement, c’est l’idée qu’une élite mondialiste cherche à faire disparaître les cultures et civilisations occidentales blanches par l’immigration de personnes non blanches porteuses d’une culture qui n’est pas assimilable», explique-t-il. 

Pour les adeptes de cette théorie, cette élite mondialiste opérerait un «lent génocide». Ils croient notamment que l’afflux d’électeurs non blancs affaiblit le vote blanc, et donc les communautés blanches. L’objectif serait de faire disparaître les peuples blancs dits «de souche» pour produire un être humain «générique» et s'offrir une main-d'œuvre bon marché.

Inspirée du nationalisme français du début des années 1900, cette théorie circulait dans les cercles néonazis dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, puis dans d’autres mouvements suprémacistes et d’extrême droite au cours des dernières décennies. Plus récemment, elle a été remise de l’avant par l’auteur français Renaud Camus, dans un ouvrage publié en 2011. 

Renaud Camus

AFP

Renaud Camus

«C’est possible de rattacher ses origines à des groupes suprémacistes et d’extrême droite, mais aujourd’hui, ça s’est un peu élargi. Ses concepts se sont propagés dans des cercles médiatiques et politiques plus populaires opposés à l’immigration», précise Frédérick Nadeau.

En effet, les thèmes du «grand remplacement» circulent tout particulièrement dans les pays où l’immigration polarise, comme aux États-Unis, en France et même au Canada. Lors de la dernière campagne présidentielle française, des candidats d’extrême droite, comme Éric Zemmour et Marine Le Pen, l’ont évoquée. 

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Quelle place occupe-t-elle au Québec?   

Même si aucun parti politique au Québec ne fait directement référence à cette théorie, comme c’est le cas en France, elle circule depuis les années 2010-2014, affirme Frédérick Nadeau.   

«Le problème [avec la théorie du «grand remplacement»], c’est que, comme toutes les théories du complot, ça prend appui sur des inquiétudes qui émanent de voir son pays ou sa culture changer. Et il n’y a aucun doute sur le fait que le visage du Québec et ses valeurs changent. Nous ne sommes plus dans le Québec des années 60. Il n’y a absolument pas de “remplacement” qui guette le Québec pour autant, et surtout pas de remplacement organisé», insiste-t-il. 

La peur de voir ses valeurs changer peut d’ailleurs déformer la réalité et contribuer à la montée en puissance de mouvances telles que celle du «grand remplacement», rappelle l’expert. 

En 2016, un sondage réalisé au Québec l’illustrait bien.  

«On demandait aux Québécois d’estimer la proportion de musulmans dans la province. Dans les faits, la population musulmane représente environ 3% de la population. Mais dans les perceptions des gens, on était autour de 20%. C’est une différence énorme qui provient de l’anxiété de vivre dans un monde qui change. Il faut donc être prudent et ne pas sous-estimer ces mouvements, parce que le monde va continuer d’évoluer», insiste-t-il.  


* La firme Abacus Data a sondé 1500 adultes canadiens choisis au hasard et formant un échantillonnage représentatif de la population du Canada, entre le 20 et le 24 mai, dans le cadre d'une série de sondages intitulée Trust & Facts: What Canadians Believe (traduction: Confiance et faits: ce que les Canadiens croient). Les répondants ont été interrogés sur des théories de conspiration spécifiques.

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