Pourquoi croit-on que Grand Prix rime avec exploitation sexuelle? | 24 heures
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Pourquoi croit-on que Grand Prix rime avec exploitation sexuelle?

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Le Grand Prix du Canada est de retour à Montréal cette fin de semaine après deux ans d’absence. On a de nouveau l'impression qu’il y a une recrudescence de l’exploitation sexuelle à l'occasion de l’événement, soutenue par une répression policière accrue. Mais qu’en est-il vraiment?

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Au tournant des années 2000, l'idée que le Grand Prix de Montréal entraîne une hausse de la traite des femmes en vue de l’exploitation sexuelle s’est immiscée dans l’esprit collectif, et cette idée a progressé au fil du temps, explique dans un rapport le Conseil des Montréalaises. Résultat: des campagnes de sensibilisation et des opérations policières sont déployées pour lutter contre le phénomène. 

L’étude, publiée en 2021, visait à évaluer l’ampleur du présumé phénomène de traite des femmes lié spécifiquement aux festivités de la Formule 1. Les conclusions: «L’augmentation de la traite des femmes pendant le Grand Prix n’est pas une évidence», écrivent les autrices, car le phénomène est difficile à quantifier.

Elles notent néanmoins une augmentation de la demande de services sexuels et, par conséquent, de l’offre. «Selon la définition que les organismes adoptent et utilisent, cette augmentation peut soit entraîner une recrudescence de l’exploitation sexuelle, soit être une occasion de travail pour plusieurs femmes», peut-on lire dans le rapport.

Un choc des idées  

Et c’est justement sur cette différence de perception que réside le débat entre les organismes de défense des travailleuses du sexe et les organismes contre l’exploitation sexuelle.

Pour la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), tout travail du sexe est de l’exploitation sexuelle. «On parle de faire de l’argent avec des actes sexuels. Pour nous, c’est de l’exploitation sexuelle», souligne l’organisatrice communautaire de l’organisme, Jennie-Laure Sully. 

Jennie-Laure Sully, organisatrice communautaire à la CLES

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Jennie-Laure Sully, organisatrice communautaire à la CLES

De l'autre côté du spectre, l’organisme de défense des droits des travailleuses du sexe Stella dénonce plutôt l’infantilisation des travailleuses du sexe. «C’est très misogyne de penser qu’on ne peut pas consentir à vendre des services sexuels, qu’on a besoin d’être sauvées par la police», affirme la directrice générale, Sandra Wesley. 

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Dans son rapport, le Conseil des Montréalaises distingue d'ailleurs la traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle et le travail du sexe. L'organisme recommande de ne pas faire d’amalgames entre les deux pour éviter d’invisibiliser «toute autre forme de traite des personnes».  

Les organismes qui travaillent avec les travailleuses du sexe «ont souligné que [...] la compréhension de leur vécu dans les seuls termes de l’exploitation sexuelle [limite] leur capacité à faire valoir leurs droits», notent les autrices.

Quelle est la solution?  

Pour la CLES, l’éducation, la sensibilisation, mais aussi la répression sont les clés pour mettre fin à l’exploitation sexuelle.

Mais pour Stella, la répression policière met surtout les travailleuses en danger plutôt que de prévenir l’exploitation sexuelle. «C’est impossible que la répression faite contre nos clients, contre les tierces parties avec qui on travaille [les hôtels et les taxis] ne nous affecte pas», indique la directrice de l’organisme.

Sandra Wesley, directrice générale de Stella

Joël Lemay / Agence QMI

Sandra Wesley, directrice générale de Stella

La crainte que vivent les clients face aux opérations policières ne donne pas aux femmes dans la rue l’occasion de négocier les conditions pour la prestation de services sexuels et les place donc en «danger extrême», illustre Sandra Wesley. 

La décriminalisation permettrait de défaire la stigmatisation entourant le travail du sexe et d'offrir aux travailleuses du sexe plus de protection (normes du travail, sécurité d'emploi, etc.). 

Que la pratique soit criminalisée ou non, le travail du sexe a toujours existé et va continuer d’exister. On ne l’appelle pas le plus vieux métier du monde pour rien, rappelle Sandra Wesley. «On doit accepter cette réalité et se demander ce qui est plus important pour nous: la quête de l’éradication du travail du sexe ou la sécurité des femmes dans l’industrie.»

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