Une travailleuse du sexe dénonce l’approche policière pendant le Grand Prix | 24 heures
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Une travailleuse du sexe dénonce l’approche policière pendant le Grand Prix

Image principale de l'article Une travailleuse du sexe dénonce la police
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Pour les travailleuses du sexe indépendantes, le vrai danger du Grand Prix de Formule 1, ce ne sont pas les clients qui débarquent à Montréal pour obtenir des services sexuels, mais plutôt la surveillance policière accrue dont elles feront l’objet pendant tout le week-end.

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«Pour nous, la F1, ça représente juste plus de surveillance de la police», lance Melina May, travailleuse du sexe et militante du Comité autonome du travail du sexe (CATS). 

«Mais on ne veut pas que notre travail soit plus surveillé. Ce qu’on exige encore et encore, c’est qu’il soit décriminalisé et reconnu, pour qu’on ait accès aux programmes d’aide aux travailleurs et aux normes du travail.» 

«Si on est reconnues comme travailleuses, on sera protégées pour de vrai», assure-t-elle. 

L’angoisse de la police   

Depuis quelques semaines déjà, les enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sont sur le terrain. 

«Ils font le tour des hôtels, des Airbnb, des compagnies de taxi et des Uber pour les former à reconnaître les personnes victimes d’exploitation, affirme Melina May. Pendant le week-end, des policiers mènent des opérations en se faisant passer pour des clients, afin de mettre la main sur les proxénètes et aider les filles à sortir de l’industrie.» 

Or cette surveillance policière accrue pendant le Grand Prix n’est pas la solution pour assurer la protection des travailleuses du sexe, selon le CATS. 

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D’abord, des clients peuvent proposer des lieux de rencontre à l’abri des regards policiers ou refuser de donner leur identité, sachant que l'achat de services sexuels est illégal au Canada. Les femmes se retrouvent encore plus isolées et, donc, à risque de subir des violences. 

Et puis, ces opérations «infantilisantes» ont pour effet d’engendrer du stress et de l’angoisse. 

«Quand tu arrives à l’hôtel, que tu penses y rencontrer un client et que tu tombes sur un policier, c’est traumatisant. Moi, c’est ça qui m’angoisse», plaide la militante. 

«Ça envoie le message qu’on est des proies, des victimes qui doivent être sauvées, alors que le gouvernement ne met aucun réel mécanisme en place pour nous protéger.» 

La même vigilance qu’à l’habitude   

Sans nier l’existence de l’exploitation sexuelle — pendant la F1 ou à tout autre moment de l’année –, Melina May la distingue du travail du sexe. 

«Tant mieux si la F1 amène plus de clients, que plus d’hommes demandent des services sexuels», laisse-t-elle tomber. 

«Mais nous, on aura la même vigilance qu’à l’habitude. Je screen déjà les clients de manière stricte, je prends déjà des moyens pour me protéger, faute d’aide du gouvernement», souligne-t-elle, en citant la chronique d’Émilie Nicolas publiée jeudi dans Le Devoir

«La violence envers les femmes pendant la F1 n’est pas propre au travail du sexe», dit-elle. «Il y a aussi plus de risque de harcèlement envers les hôtesses, les serveuses ou toute autre employée du centre-ville [...] parce qu’il y aura juste plus de masculinité toxique à Montréal cette fin de semaine. Point.» 

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