Voici pourquoi il pourrait y avoir de plus en plus de glissements de terrain au Québec | 24 heures
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Voici pourquoi il pourrait y avoir de plus en plus de glissements de terrain au Québec

Image principale de l'article Glissements de terrain de plus en plus fréquents?
Photo Agence QMI, Roger Gagnon

Influencés par les phénomènes météorologiques extrêmes et l’activité humaine, les glissements de terrain, comme celui qui a emporté une maison et forcé l’évacuation de centaines de résidents à Saguenay, pourraient être plus fréquents au Québec à l'avenir. Voici tout ce que vous devez savoir pour mieux comprendre ces phénomènes.

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Le soir du 13 juin dernier, une maison perchée en haut d’un talus de l’arrondissement La Baie, à Saguenay, a été emportée par un important glissement de terrain. Les fortes pluies qui se sont abattues sur le secteur dans les jours précédents auraient servi d’élément déclencheur. 

Le glissement n’a fait aucune victime. Une soixantaine de résidences ont toutefois été évacuées de manière préventive, les autorités craignant qu’un autre glissement, potentiellement plus important, ne survienne. Cinq maisons se trouvant dans le secteur devront être détruites et la majorité des 200 sinistrés pourront regagner leur maison d’ici «deux à quatre mois», a annoncé le premier ministre, François Legault, mercredi.

Photo Pierre-Paul Biron

 

Ariane Locat, spécialiste des risques géologiques au Département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval, et Daniele Pinti, directeur du Centre de recherche des dynamiques du système Terre (GEOTOP), répondent à nos questions pour mieux comprendre les glissements de terrain.

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C’est quoi, un glissement de terrain?   

Un glissement de terrain survient lorsqu’une partie de sol dans une pente se met à glisser ou à débouler vers le bas, créant une coulée qui engloutit tout sur son passage. 

PHOTOS ROGER GAGNON/AGENCE QMI

Bien que plusieurs facteurs aggravants contribuent à un glissement de terrain, comme de fortes pluies ou l’activité humaine, c’est la composition des sols dans certaines régions de la province qui en est la principale responsable, explique Arianna Locat.

«Au Québec, les glissements de terrain surviennent surtout dans les sols argileux sensibles aux remaniements. À certains endroits, si on prenait ces sols argileux et qu’on les maniait comme de la pâte à modeler, ils deviendraient presque liquides sans même y ajouter d’eau», souligne-t-elle. 

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Plus fréquents en raison du réchauffement climatique?   

Les glissements de terrain surviennent généralement après plusieurs petits mouvements de sol imperceptibles, auxquels s’ajoute un élément déclencheur, parfois d’ordre climatique, comme des pluies diluviennes. Avec la multiplication des événements météorologiques extrêmes, les glissements de terrain risquent donc d’être de plus en plus fréquents, prévient Daniele Pinti.

«On parle de plus en plus de l’effet climatique sur l’augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes, comme des orages violents, qui pourraient servir d’éléments déclencheurs à des glissements futurs», indique-t-il. 

Photo d'archives, AGENCE QMI

Dans des régions comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean, le sol, composé d’argile, agit comme une éponge. Lorsqu’une importante quantité de pluie tombe sur la région, ça peut donc poser problème, poursuit M. Pinti.

«Quand il y a de fortes précipitations sur une courte période, l’argile absorbe énormément d’eau, ce qui alourdit le sol. Une fois pleins d’eau, les grains qui le composent vont se séparer, ce qui fait que l’argile ramollit et devient glissant. La couche de sol qui repose sur l’agile peut donc glisser, créant un glissement de terrain», explique-t-il.

Au printemps, les fortes précipitations, jumelées au dégel rapide des neiges, contribuent également à l’érosion des terrains, augmentant du même coup les risques de glissements. 

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Quelles sont les régions les plus à risque?  

Les terrains argileux les plus propices aux glissements sont surtout concentrés dans les régions du Bas-Saint-Laurent, du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de l’Outaouais, précise Ariane Locat. 

«Ce sont des vallées, donc des terrains formés de basses terres, comme celles de la vallée du Saint-Laurent, de la vallée de la rivière des Outaouais et de la vallée de la rivière Saguenay, jusqu’au lac Saint-Jean, où l’on retrouve beaucoup de dépôts sédimentaires qui résultent du retrait de la mer Champlain», explique l’experte. 

À la fin de la dernière période glaciaire ayant touché le Québec il y a plusieurs milliers d’années, le retrait des glaces à créer des mers riches en sédiments. Lorsque les eaux des mers se sont à leur tour retirées, elles ont laissé une couche argileuse, qui peut atteindre des centaines de mètres à certains endroits et sur laquelle des villes ont été érigées.

La mer Champlain est l’une de ces anciennes mers. Elle couvrait l’ensemble des régions qui bordent aujourd’hui le Saint-Laurent, de l’Outaouais jusqu’à la Capitale-Nationale. 

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Quel rôle joue l’activité humaine?   

L’activité humaine joue aussi un rôle dans les glissements de terrain qui se produisent au Québec, souligne Daniele Pinti. 

«Le fait de construire des infrastructures près de falaises ajoute un poids sur le terrain. De plus, les villes sont construites de matériaux imperméables, comme l’asphalte ou le ciment, ce qui fait en sorte que l’eau n’est pas absorbée pas l’ensemble du terrain. L’eau est dirigée vers des endroits précis qui, même s’ils ont été réfléchis à cet effet, peuvent finir par créer un ruissellement qui cause l’érosion des sols», explique-t-il. 

M. Pinti souligne que la déforestation peut aussi contribuer aux glissements de terrain, puisque les racines des arbres permettent de réduire les mouvements du sol. En les coupant, ces terrains perdent donc cette protection naturelle. 

À plus petite échelle, des travaux sur le terrain de résidences à risque, comme la construction de remblais, peuvent également provoquer des glissements de terrain, surtout près des pentes, ajoute Ariane Locat. 

Des glissements de terrain survenus au Québec  

Plusieurs glissements de terrain ont eu des conséquences dramatiques au Québec. Voici les plus récents.

Saint-Jean-Vianney, Saguenay–Lac-Saint-Jean – 1971  

Dans la nuit du 4 mai 1971, un glissement de terrain a créé un trou d’un diamètre de 0,32 km2 qui a englouti 42 maisons, causant la mort de 31 personnes, dont des familles complètes.

Photo d'archives, Le Journal

Le déluge de Saguenay 1996  

En juillet 1996, des pluies diluviennes ont causé plus de 1000 glissements de terrain en 36 heures au Lac-Saint-Jean. Les événements ont fait huit victimes et ont forcé l’évacuation de milliers de personnes. 

Photo d'archives, Le Journal

Glissement de terrain de Saint-Jude – 2010  

Le 10 mai 2010, une famille a été emportée par un glissement de terrain survenu à Saint-Jude, en Montérégie. Le sol s’est séparé sur une superficie de 42 000 mètres, emportant sur son passage une partie de la route qui s’y trouvait.

Photo d'archives

  

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