2 ans plus tard: le REV sur Saint-Denis, bonne ou mauvaise idée? | 24 heures
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2 ans plus tard: le REV sur Saint-Denis, bonne ou mauvaise idée?

Image principale de l'article Le REV sur Saint-Denis, bonne ou mauvaise idée?
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Presque deux ans après l’inauguration du Réseau express vélo (REV) sur la rue Saint-Denis, force est d’admettre que l’hécatombe que redoutaient de nombreux commerçants ne s’est pas produite. Même si les fermetures sont encore nombreuses, l'autoroute pour vélos pourrait avoir attiré de nouveaux clients et même de nouveaux commerces.  

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«Il y a plus d’achalandage, les gens à vélo sont contents de circuler en sécurité, alors il y en a qui viennent magasiner», soutient Lucie, caissière au magasin de jeux de société Le Valet d’Cœur. Pour elle, il n’y a aucun doute: l'implantation du REV a eu un «effet positif» sur l’artère commerciale. 

Il faut dire que le REV est populaire depuis son inauguration, en 2020. Entre le 22 décembre 2020 et le 20 juin 2022, plus de 1,5 million de passages ont en effet été enregistrés sur la piste cyclable.

C’est d’ailleurs le REV qui a convaincu la propriétaire de la friperie pour enfants Arthur et Juno, Audrey Auvinet, d’installer son commerce sur la rue Saint-Denis.  

Audrey Auvinet, propriétaire de la friperie pour enfants Arthur et Juno sur la rue Saint-Denis, à Montréal

Geneviève Abran

Audrey Auvinet, propriétaire de la friperie pour enfants Arthur et Juno sur la rue Saint-Denis, à Montréal

«Je sais que [les travaux de construction] ont gêné beaucoup de commerçants. Moi, je n’étais pas là pendant cette mauvaise période. Mais [le REV], c’est un atout, ça va avec l’image du magasin, l’écologie. On fait attention, on veut consommer moins, donc les gens vont préférer se déplacer à vélo», explique-t-elle. 

Les travaux sur la rue Saint-Denis, près de l'intersection du boulevard Saint-Joseph pour la construction du REV, à l'été 2020.

Joël Lemay / Agence QMI

Les travaux sur la rue Saint-Denis, près de l'intersection du boulevard Saint-Joseph pour la construction du REV, à l'été 2020.

 

Une grande partie de sa clientèle arrive d’ailleurs à son commerce à pied ou à vélo, affirme-t-elle. «En vélo, on peut s’arrêter beaucoup plus facilement qu’en voiture. Ils passent, ils voient que ça a l’air cool, ils s’arrêtent.» 

Zébulon Vézina, de la pâtisserie Zébulon, abonde dans le même sens: installé depuis moins d’un an sur la rue Saint-Denis, il considère le REV comme un plus pour son commerce de desserts véganes.  

Zébulon Vézina, propriétaire de la pâtisserie Zébulon, sur la rue Saint-Denis, à Montréal.

Geneviève Abran

Zébulon Vézina, propriétaire de la pâtisserie Zébulon, sur la rue Saint-Denis, à Montréal.

«Je suis très très content de la redynamisation de la rue Saint-Denis, pour vrai. Le Plateau Mont-Royal est un quartier très procycliste et ça fait du sens d’avoir le REV qui passe à travers l’artère principale du Plateau», dit-il.  

De nouveaux commerces  

La friperie Arthur et Juno et la pâtisserie Zébulon ne sont pas les seuls commerces à s’être implantés sur la rue Saint-Denis au cours des derniers mois.  

En juin 2022, le taux d’occupation de l’artère commerciale était de 80,7%, comparativement 77% en septembre 2020, affirme la responsable des communications de la Société de développement commercial (SDC) rue Saint-Denis, Alicia Geraci. Pendant cette même période, 66 commerces ont ouvert leurs portes, alors que 56 ont fermé, poursuit-elle. 

Photo d'Archives AGENCE QMI

L’impact réel du REV sur les ouvertures et les fermetures de commerces est toutefois difficile à déterminer, «car nous venons de traverser une pandémie mondiale qui a durement impacté l’économie et contribué à la faillite de plusieurs établissements partout dans le monde», nuance Alicia Geraci.  

Plus difficile de se stationner?  

L’une des critiques les plus souvent formulées à l’endroit du REV est que la piste cyclable complique encore davantage le stationnement sur l’artère commerciale. 28 des quelque 200 places de stationnement qui étaient disponibles avant son implantation sur la rue Saint-Denis, entre la rue Gilford et la rue Roy, ont effectivement été sacrifiées. Il y a donc autour de 170 places disponibles à l’heure actuelle.  

Le pâtissier Zébulon le reconnaît d’ailleurs: certains de ses clients se plaignent du manque de places de stationnement dans le secteur. Il ne s’en inquiète toutefois pas trop. «Peu importe ce que tu construis, peu importe ce que tu fais, il y a toujours des gens contents et des gens pas contents», souligne-t-il. 

Le pâtissier se réjouit de pouvoir faire le plein de clients parmi les cyclistes. Mais tous ne partagent pas son optimisme.  

Sylvie Saiyan, qui possède la Bijouterie Flora, soutient avoir perdu de la clientèle depuis l’arrivée du REV. 

«Ça fait 35 ans que j’ai le commerce ici et je trouve qu’à cause des pistes cyclables, on a perdu beaucoup de notre clientèle», regrette-t-elle. 

Sylvie Saiyan (à droite), propriétaire de la Bijouterie Flora sur la rue Saint-Denis, à Montréal, et sa fille (à gauche).

Geneviève Abran

Sylvie Saiyan (à droite), propriétaire de la Bijouterie Flora sur la rue Saint-Denis, à Montréal, et sa fille (à gauche).

Pour la commerçante, la diminution des places de stationnement à proximité de son commerce est un problème. Elle affirme recevoir plusieurs plaintes de clients qui lui disent que c’est plus difficile de stationner qu’avant, notamment des personnes âgées pour qui le vélo n’est pas une option. Mme Saiyan souhaiterait que la piste cyclable soit en fonction seulement pendant les mois plus chauds.  

Frédéric Robert, copropriétaire de l’Alchimiste en herbe, une boutique qui se spécialise dans les plantes médicinales, estime lui aussi avoir perdu des clients qui venaient de l’extérieur de Montréal.  

Frédéric Robert, copropriétaire de la boutique L'alchimiste en herbe sur la rue Saint-Denis, à Montréal

Geneviève Abran

Frédéric Robert, copropriétaire de la boutique L'alchimiste en herbe sur la rue Saint-Denis, à Montréal

«On a quand même une clientèle d’un peu partout, des gens de région, parce qu’il n’y a pas beaucoup d’herboristeries au Québec. Des clients pour qui c’est plus difficile de trouver un stationnement», dit-il 

Il précise toutefois que la REV a sa raison d’être et son utilité dans le quartier.  

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