David Suzuki boycottera la COP27 | 24 heures
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David Suzuki boycottera la COP27

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Joël Lemay / Agence QMI

Les conférences des Nations unies sur les changements climatiques (COP) font maintenant plus de place à l’industrie pétrolière qu’à n’importe quel autre groupe, déplore le célèbre environnementaliste David Suzuki, qui ne participera pas à la prochaine édition (COP27) de cette grande rencontre internationale.

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Pour une deuxième année consécutive, le généticien, zoologiste et militant écologique canadien David Suzuki brillera par son absence à la COP, qui doit se tenir en Égypte au mois de novembre. Il l’a récemment confirmé dans une entrevue accordée en marge de la remise d’un diplôme honorifique à l’Université de Sherbrooke.

David Suzuki a reçu un doctorat honorifique de l'Université de Sherbrooke le 16 juin.

David Suzuki a reçu un doctorat honorifique de l'Université de Sherbrooke le 16 juin.

«Je pense que la COP26 à Glasgow était un signe important: la plus grande représentation présente était celle de l’industrie pétrolière, avec 500 délégués officiels. C’est un problème», souligne-t-il.

Les COP sont de grandes rencontres internationales sur les changements climatiques. Elles découlent du Sommet de Rio, moment charnière de l’histoire où la communauté internationale a reconnu pour la première fois l’importance de limiter la concentration de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère. 

Depuis, les dirigeants se rencontrent chaque année pour discuter des avancées en la matière. C’est notamment lors de la COP que le Protocole de Kyoto et l’Accord de Paris ont été signés.

L’an dernier, la présence d’une énorme délégation de lobbyistes pétroliers avait été sévèrement dénoncée.

Pour David Suzuki, ces rencontres sont trop conservatrices. «Je ne vois pas quelle différence elles peuvent faire», lâche-t-il.

Pour preuve, aucune des 26 COP précédentes n’a permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre, fait-il valoir.

La transition, écrasée par des choix politiques 

Le militant et fondateur de la Fondation David Suzuki est tout aussi critique concernant la feuille de route du ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, Steven Guilbeault.

«Steven Guilbeaut is our guy, il est l’un des nôtres. J’ai travaillé avec lui à Kyoto en 1997, c’est un activiste, il a travaillé chez Équiterre, il comprend les enjeux. Pourtant, vous avez vu ce qu’il s’est passé? [...] À cause de la politique, il doit rester fidèle au plan politique des libéraux. Guilbeault fait partie de cela, maintenant», note-t-il.

Les investissements dans le pipeline Trans Mountain, les batailles entourant la construction du pipeline Coastal GasLink, sous la rivière Morice, en Colombie-Britannique, et les centaines d’arrestations lors des mobilisations contre l’abattage de forêts anciennes à Fairy Creek, sur l’île de Vancouver: le Canada est en train de rater la transition, juge-t-il.

«Et c’est honteux [...] Nous perdons la bataille.»

Un mince espoir 

Tant que l’économie continuera de dominer, on ne prendra pas les bonnes décisions, croit-il. 

Lorsque la COVID-19 est arrivée, les gouvernements n’ont pas hésité à dépenser 300 milliards de dollars, fait-il observer.

«Et lorsqu’on allait à Ottawa demander 10 millions pour le transport collectif, on nous répondait toujours qu’il n’y avait pas d’argent.» 

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Pour David Suzuki, le monde va dans la mauvaise direction et rien ne change, à cause du pouvoir des lobbys. 

Mais il y a encore de l’espoir. Le fait de ne plus devoir prouver la réalité du dérèglement climatique, notamment, est une grande avancée.

«Le seul espoir est que suffisamment de personnes ne soutiennent pas des responsables politiques qui ne font pas une priorité du réchauffement climatique», dit-il. 

Il espère que le militantisme environnemental, qui a perdu des plumes depuis la pandémie, retrouvera bientôt sa vigueur.

«Il y avait une vague énorme qui arrivait avec Greta Thunberg, on l’a vu notamment avec la marche de 500 000 personnes à Montréal. Je pense que c’est un mouvement qui aurait pu faire la différence, mais la COVID-19 l’a tué. [...] J’espère que les jeunes se lèveront à nouveau, je pense qu’ils sont la clé de tout cela.»