«Beaucoup de personnes racisées risquent de mourir seules et en silence pendant l’été» | 24 heures
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«Beaucoup de personnes racisées risquent de mourir seules et en silence pendant l’été»

Fatima Gabriela Salazar Gomez
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Fatima Gabriela Salazar Gomez

Manque d’espaces verts, asphalte, béton, terrains vagues, faible couvert végétal, quartier dense, fortes émissions de gaz à effet de serre: ces facteurs qui causent les îlots de chaleur, souvent situés dans les quartiers défavorisés, surtout habités par des femmes monoparentales et des populations racisées, accélèrent les inégalités sociales. 

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«On se retrouve avec des quartiers dans lesquels il y a beaucoup d’îlots de chaleur, moins d’arbres, moins d’ombre, pas de zone de fraîcheur, beaucoup de personnes qui produisent de la chaleur dans un petit logement. La question de la pauvreté est centrale là-dedans», fait valoir la chargée de projet à Hoodstock, Fatima Gabriela Salazar Gomez. 

«Les gens n’ont pas les moyens de s’acheter un air climatisé et d’en payer la facture d’électricité. Beaucoup de personnes racisées risquent de mourir seules et en silence pendant l’été», dénonce celle qui a grandi et vit toujours à Montréal-Nord. 

Pour la militante, «née dans une famille classique de Montréal-Nord avec une mère monoparentale de trois enfants», dit-elle, l’arrondissement vit un cas flagrant d’injustice climatique et de racisme environnemental. 

Faible revenu, faible couvert végétal 

Dans Montréal-Nord, seul 3,9% du territoire est recouvert de végétation alors que la surface de Montréal compte 11,4% d’espaces verts. 

«Il y a en moyenne huit degrés de différence entre les températures de Montréal-Nord et d’Outremont où il y a beaucoup de parcs, de verdure et de vieux arbres», signale Mme Salazar Gomez. 

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Presque la moitié des habitants du quartier sont racisés et une personne sur cinq est en situation de faible revenu, selon le recensement de 2016.  

Dans le secteur nord-est de l’arrondissement, la partie où les îlots de chaleur sont les plus nombreux, 33% des familles sont monoparentales. La majorité de ces familles sont dirigées par des femmes. 

«L’injustice environnementale est directement liée au revenu. Les familles monoparentales ont donc plus de probabilité d’être dans un quartier ou une maison qui subira plus intensément les effets des changements climatiques», indique l’écosociologue et professeure à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, Laure Waridel.  

Racisme environnemental

Le nombre annuel de jours où la température maximale est supérieure à 30°C risque de tripler à l’horizon 2041-2070 dans la plupart des villes du Québec, selon les prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

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Dans la métropole, ce nombre passerait de 12,3 jours à 42,8 jours, soit une augmentation de plus de 30 jours, précise le consortium sur la climatologie et l’adaptation aux changements climatiques, Ouranos. 

Les populations particulièrement vulnérables aux maladies et décès causés par la chaleur sont les communautés racisées et marginalisées sur le plan socioéconomique, confirme Santé Canada. 

«Verdir les immeubles au centre-ville où il y a déjà plein de climatisation et laisser les enfants de Montréal-Nord jouer à 40 degrés dans les îlots de chaleur, ça ne fait pas de sens», lance Mme Salazar Gomez. «Il manque de parcs, de piscines publiques, de jeux d’eau pour se rafraîchir, de verdure. Les gens crèvent de chaleur ici.» 

«Cette injustice-là est institutionnalisée dans la manière dont on a organisé nos quartiers et notre économie», précise Laure Waridel.  

Le chargé de projets en environnement à la campagne Ileau, Nilson Zepeda, rappelle quant à lui que le prix des terrains à proximité des nuisances climatiques est souvent moindre. 

«Ce qui est construit en termes de logements dans ces lieux bruyants, contaminés, chauds, ce n’est pas cher», explique-t-il. «On se retrouve avec une population défavorisée, souvent des immigrants et des personnes racisées. Et ces gens sont contraints à habiter dans un quartier nuisible à leur santé.»

Verdir et planter 

Pour tous les acteurs du milieu, les solutions apparaissent simples: planter des arbres, verdir le quartier puis aménager le territoire pour les transports actifs et en commun. 

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«À Montréal-Nord, on a des BIXI, mais aucune piste cyclable n’a été construite depuis 1986. C’est ironique», souligne Mme Salazar Gomez.

La Ville de Montréal a annoncé le 26 mai, 41 projets pour améliorer le réseau cyclable en 2022. Dans les 17 arrondissements et villes concernés par les chantiers, on n’en retrouve aucun pour Montréal-Nord. 

«Le transport en commun est fait pour que les anges gardiens sortent de l’arrondissement et soient capables d’aller travailler, mais il n’y a rien pour que les citoyens circulent au sein du quartier», ajoute-t-elle.

Les gens favorisent donc l’utilisation de la voiture, ce qui a pour effet d’augmenter les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Ottawa pourrait bientôt adopter la première loi canadienne sur le racisme environnemental. Le projet C-226 a fait l’objet d’un vote mercredi. 

Cette réglementation viserait à recueillir des données sur les dangers environnementaux qui touchent particulièrement les communautés autochtones, noires et racisées. S’il est adopté, le Parlement devra s’attaquer aux conséquences de ce racisme. 

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