Changements climatiques: «Ça m’enlève mon identité» | 24 heures
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Changements climatiques: «Ça m’enlève mon identité»

Ryder Côté-Nottaway, 21 ans, Anichinabé de Kitigan Zibi.
TOMA ICZKOVITS

Ryder Côté-Nottaway, 21 ans, Anichinabé de Kitigan Zibi.

Pêcher, chasser, récolter le sirop d’érable: c’est loin de n’être que des loisirs pour Ryder Côté-Nottaway, jeune Anichinabé de Kitigan Zibi. Avec les changements climatiques, la pratique de ces importantes activités économiques pour la réserve, mais surtout qui définissent son identité autochtone, est menacée.  

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«Les enjeux climatiques nous empêchent d’assurer notre mode de vie traditionnel», signale Ryder Côté-Nottaway, 21 ans. «Ces apprentissages ont été passés de génération en génération sur des milliers d’années. Ce n’est pas juste de la nourriture, ça nous permet de savoir qui on est en tant qu’Anichinabé.» 

Le jeune militant a grandi en Outaouais entre la communauté anichinabée de son père, Kitigan Zibi, à une vingtaine de kilomètres de Maniwaki, et celle de sa mère, Mitchikanibikok Inik (Lac-Rapide), entre Val-d’Or et Mont-Laurier. 

Il habite aujourd’hui à Kitigan Zibi.

Depuis 21 ans, il constate les effets du dérèglement climatique dû à l’activité humaine sur son mode de vie. 

«La saison du sirop d’érable, très importante pour notre économie, est de plus en plus courte. On voit plus de bactéries et d’infections sur les animaux, il y a moins de poissons parce que les lacs rapetissent et deviennent plus pollués. Il y a moins de bleuets qu’avant. Les hivers ne sont plus aussi froids, la saison de pêche sur glace se raccourcit», détaille Ryder Côté-Nottaway. 

Perte de la biodiversité 

La science est claire. Plusieurs rapports publiés entre autres par les Nations unies et le consortium sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques, Ouranos, rappellent que les peuples autochtones sont les premiers à encaisser le choc du réchauffement de la planète. 

La hausse des températures, les variations de précipitations, les saisons de croissance déphasées: tout ça a pour effet de perturber l’habitat de nombreuses espèces.  

Le mode de vie des Premières nations, qui dépend des ressources naturelles, se fragilise au même rythme que la biodiversité. 

En octobre 2020, des dizaines de militants anichinabés, dont Ryder Côté-Nottaway, avaient érigé des barrages dans la réserve faunique de La Vérendrye, pour freiner la chasse à l’orignal. 

Ils demandaient un moratoire pour enrayer le déclin de la population. 

«Quand on a vu que la population d’orignaux avait vraiment diminué et que le gouvernement continuait de donner des permis de chasse, c’était notre devoir de la protéger», raconte Ryder. 

«De Lac-Rapide, la communauté de ma mère, il faut faire trois heures de route pour se rendre à l’épicerie. C’est bien mieux d’aller juste dehors pour aller se chercher quelque chose à manger. Sans les animaux, on ne serait pas ici», poursuit le jeune militant.

Depuis un an, «on voit déjà que l’orignal est en train de revenir», assure-t-il. 

La chasse et la pêche occupent une grande place dans l’alimentation de la communauté. «On essaie de manger différents types de viande: orignal, chevreuil, perdrix, castor, poisson, pour s’assurer d’en avoir toute l’année. Mais c’est sûr qu’on ne peut pas manger de la viande sauvage chaque jour», explique Ryder. 

Certains ingrédients comme les bleuets, l’ail et le sirop d’érable ne sont toutefois jamais achetés.

Combattre l’injustice  

Les lois et les décisions économiques qui ont accéléré la crise climatique ont aujourd’hui de lourdes conséquences sur les peuples autochtones, souligne Ryder Côté-Nottaway, alors qu’eux n’y ont que très peu contribué.

«Le but en ce moment, c’est de prendre toutes les ressources et juste de faire de l’argent. C’est facile pour nos leaders et nos politiciens d’en prendre avantage», dénonce-t-il.  

«Nous, on prend juste ce dont on a besoin. Et c’est ça, pour moi, l’injustice climatique», poursuit-il. «Ça m’enlève mon identité. Sans nos pratiques, il n’y a pas d’histoire, pas d’apprentissage et on ne sait plus qui on est. Je suis perdu sans ça.» 

Pour lui, il n’y a qu’une seule manière de combattre cette injustice: «aller s’éduquer et apprendre pour diffuser le savoir autochtone», lance celui qui vient tout juste de graduer du Collège Dawson en sciences humaines.

«Quand je suis à Montréal pour étudier, je ne peux pas aller pêcher, chasser, récolter le sirop d’érable. Je ne peux pas parler ma langue. Je deviens une personne différente. Je ne peux pas être Anichinabé», illustre Ryder.

«C’est difficile, mais je sais que ça vaut la peine», ajoute-t-il. «C’est un sacrifice que je fais pour que les prochaines générations puissent connaître le mode de vie traditionnel.»