«Mot en n»: «Merci d’avoir sollicité mon opinion, mais non merci» – Meeker Guerrier | 24 heures
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«Mot en n»: «Merci d’avoir sollicité mon opinion, mais non merci» – Meeker Guerrier

Meeker Guerrier s’estime privilégié d’être l'un des rares hommes noirs à jouir d’une tribune dans les médias québécois. Ça ne veut toutefois pas dire qu’il veut prendre position et donner son opinion chaque fois qu’une controverse sur l’utilisation du «mot en n» survient.

«Je n’ai pas la responsabilité de répondre à toutes les questions d’ordre social qui concernent les afrodescendants. Parfois, il faut savoir dire non. Alors merci d’avoir sollicité mon opinion, mais non merci», a écrit le chroniqueur de Noovo et RDS sur Twitter, le 6 juillet dernier. 

Plusieurs journalistes l’avaient contacté pour qu’il commente la décision controversée du CRTC sur l’utilisation du «mot en n» sur les ondes de Radio-Canada.

Photo d'archives, Agence QMI

«Consultez-nous, mais pour autre chose aussi»

Pourtant, Meeker Guerrier est plutôt du genre à dire oui lorsqu’on le sollicite. Un peu trop même, admet-il en entrevue au 24 heures. C’est avec enthousiasme qu’il s’exprime sur les questions de sport, de société ou de culture, mais il y a de ces sujets délicats sur lesquels il a décidé de passer son tour.

«On est tellement peu d’afrodescendants dans l’espace public, qu’on est souvent les mêmes à être sollicités», fait-il remarquer dans sa publication. Il avoue être agacé par le fait d’être questionné sur la base de la couleur de sa peau, plutôt que pour sa maîtrise du sujet. 

«Quand c’est sur des questions sur lesquelles je ne me suis jamais exprimé, je ne suis pas un expert. Je ne veux pas toujours répondre à chaud. Je pourrais donner mon opinion. Mais est-ce que ça serait vraiment une opinion éclairée?», nous lance-t-il, en direct du chalet où il passe ses vacances avec sa famille.

Ce que Meeker Guerrier espère, c’est que les médias interrogent les personnes noires en dehors des sujets de justice sociale: «Consultez-nous, mais pour autre chose aussi.»

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La pression de devoir représenter

Mettre ses limites n’a toutefois pas été facile pour le chroniqueur, bien conscient du poids qui repose sur ses épaules en tant qu’homme noir dans l’espace médiatique. «Je me sentais responsable, parce qu’on n’est pas beaucoup. Mais, c’est arrivé [les appels des journalistes] à un moment où je soupais avec ma mère. C’est elle qui m’a dit que je n’avais pas à porter cette responsabilité, et elle avait raison», raconte-t-il.

Et c’est toujours difficile de prendre position en tant que minorité, ajoute-t-il. «Dès qu’on exprime une opinion divergente, on nous accuse de nous victimiser sans prendre nos propos en compte.»

Il serait par ailleurs présomptueux de croire qu’il puisse représenter l’opinion de toutes les personnes de sa communauté, rappelle le chroniqueur. «Ce n’est pas parce qu’il y a très peu de nous dans la sphère publique qu’on est tous d’accord. Bien sûr, ça jase. Et il y a des débats.»

Il évoque aussi les fortes réactions que provoque ce genre de débat, en particulier sur les réseaux sociaux. «Peu importe où je me positionnerais par rapport à cette situation précise, je me ferais lancer des roches», a-t-il écrit sur Twitter. 

C’est pourquoi Meeker Guerrier a attendu d’être invité à l’émission radiophonique d’Elias Makos, sur les ondes de CJAD800, pour s’exprimer sur la controverse. L’animateur est un ami et il lui offrait le temps et l’espace nécessaires pour nuancer ses propos. 

«Une réaction instantanée ou une quote rapide ne sera jamais assez pour bien parler de ce genre de sujet», insiste-t-il. 

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«Est-ce qu’on peut élever le débat, s’il vous plaît?»

«Je n’en veux pas aux journalistes. Je connais la plupart de ceux qui m’ont contacté à propos de la controverse. Mais on a un problème médiatique. On doit toujours être dans la réaction et dans l’immédiat. Ça nous empêche de nous asseoir et de réfléchir», se désole Meeker Guerrier. 

La meilleure façon de traiter des sujets épineux comme l’utilisation du «mot en n» est de présenter une pluralité de points de vue, dans un format de discussion plus ouvert et en profondeur. «Mais, la nuance, c’est moins winner. C’est la polémique qui vend!»

«Il y a beaucoup de tension et pas assez d’écoute en ce moment. Est-ce qu’on peut descendre de nos grands chevaux et prendre le temps d’écouter? Des fois, j’ai l’impression qu’on est dans la cour d’école à traiter untel ou unetelle de woke. Est-ce qu’on peut élever le débat, s’il vous plaît?», conclut-il. 

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