Témoignages: le deuil d’un animal de compagnie, une peine commune et peu reconnue | 24 heures
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Témoignages: le deuil d’un animal de compagnie, une peine commune et peu reconnue

Image principale de l'article Difficile de dire adieu à son animal de compagnie
Photomontage Alexandre Pellet, photos courtoisie

Ce sont nos compagnons et nos confidents. Ils ont été là autant durant les grandes étapes de notre vie que dans les moments plus difficiles. Et même si on sait que nos animaux de compagnie ne sont pas éternels, leur perte cause une souffrance réelle.

«J’allais surveiller la maison de mes parents pendant leurs vacances et ma mère m’avait avertie que Sushi n’allait pas bien ces temps-ci. Je l’ai trouvée sur le plancher quand je suis arrivée. Mes parents étaient à la plage quand je les ai appelés en larmes», raconte Odile à propos de la mort de la chatte avec qui elle avait grandi. 

Ce qui l’a le plus affectée, c’est d’avoir l’impression d’être la seule à ressentir autant de tristesse. «Je ne sais pas si c’était le décès de mon premier animal, mais, de mes parents, mon copain et même à la clinique vétérinaire, personne n’avait l’air de comprendre mon attachement pour mon chat.»

Lorsque Aglaé a perdu son chat, en 2018, le sentiment qui l’habitait n'était pas sans rappeler la peine qu’elle avait ressentie après la mort de son père. 

«J’errais dans la maison en me sentant vide. Partout où je regardais, je voyais les endroits où elle avait l’habitude de dormir, où on jouait ensemble. J’étais comme coupée de mes émotions pendant un bon moment», se souvient-elle. 

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Un deuil tout à fait normal

Le deuil causé par la mort d’un animal est comparable à celui que l'on vit après la mort d’un proche, assure la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier. «Le besoin d’appartenance est un besoin universel. On a besoin de tisser des liens et les animaux font partie des êtres avec qui on connecte. Plus la relation est forte, plus le deuil sera important.»

Les animaux de compagnie occupent d’ailleurs une grande place dans nos vies. 

«On développe nos habitudes au quotidien en fonction d’eux. Lorsqu’on perd ça, c’est très perturbant, explique-t-elle. Pour les gens qui ont un réseau social plus réduit, la perte de leur animal entraîne un très fort sentiment de solitude.»

Il est donc normal de vivre de la tristesse, de la colère et tout plein d’autres émotions intenses lorsqu’on perd son animal. 

Des conséquences sur la santé mentale

Durant la pandémie, Charlène s’est beaucoup appuyée sur sa chatte Gisèle. «Elle m’a aidée à passer à travers ma dépression durant cette période, je l’aimais beaucoup», relate-t-elle. Quand Gisèle est tombée malade, tout s’est passé très vite et le vétérinaire a dû l’euthanasier, faute de traitement. 

«Deux semaines après sa mort, j’ai dû être hospitalisée. Je sais que ce n’est pas sa mort qui a causé ma dépression, mais ça ne m’a pas aidée», confie Charlène. 

Gisèle

Photo courtoisie

Gisèle

Lorsque la chatte de Virginie est tombée malade, elle voulait la sauver à tout prix. 

«Ça faisait 10 ans que j’avais mon chat, mon premier vrai animal de compagnie à moi, et je n’avais pas le cœur de la laisser mourir. Je suis allée à l’urgence vétérinaire et j’ai déboursé des frais supplémentaires pour voir si quelque chose pouvait être fait», explique-t-elle. 

Sur recommandation de la vétérinaire, Virginie a dû prendre la décision de faire euthanasier son animal, ce qui n’a pas été sans conséquence sur sa santé mentale.

«J’ai combattu de l’anxiété et de la dépression et, la constante que j’avais dans ma vie, c’était mon chat, témoigne-t-elle. Même dans la dernière année, j'avais un emploi que je détestais, mais j’étais à la maison et l’avoir sur moi ou proche de moi me permettait de passer au travers de mes journées. La semaine d’après, je travaillais un jour sur deux en pleurant pendant la journée, parce que je n’y arrivais pas. J’ai finalement demandé un arrêt de travail parce que je n’avais plus mon support moral, mon chat, qui était littéralement mon bébé et le membre de ma famille.»

Aucun congé n’est accordé par la loi québécoise après la mort d’un animal de compagnie. Il est toutefois possible pour un employeur d’en octroyer à sa discrétion. 

Geneviève Beaulieau-Pelletier rappelle que, si la détresse vécue perdure longtemps après la mort de l’animal et empêche la personne de fonctionner, il est conseillé d’aller chercher de l’aide professionnelle.

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Perdre un compagnon de vie

Même s’ils ne sont pas éternels, les animaux font partie de nos vies, parfois plus longtemps que bien des amis. C’est le cas de Pascale, dont le cheval s’est éteint au début de l’année 2020. 

«J’ai acheté Doc en 1988, j’avais 25 ans. On ne peut pas vraiment appeler un cheval un animal de compagnie, mais il a été mon meilleur ami pendant 32 ans. On a tout fait ensemble. Il a eu l’épaule mouillée par mes larmes pendant des années», se souvient-elle. 

Pascale et son cheval Doc

Photo Courtoisie

Pascale et son cheval Doc

Se retrouvant seule pour assurer les besoins de sa famille, Pascale a dû se départir de son cheval pendant quelques années. Lorsque la personne qui s’en occupait lui a annoncé qu’elle ferait euthanasier Doc, alors âgé de 28 ans, Pascale n’a pas hésité: «Il était hors de question, pour moi, que mon vieux ne finisse pas sa vie avec moi. Ma situation financière s’était améliorée, alors je l’ai repris, à mon grand bonheur.»

Doc a pu passer ses vieux jours à brouter tranquillement sur le grand terrain sans clôture d’une écurie. Il est mort de vieillesse quelques mois avant ses 35 ans, la tête sur les genoux de sa maîtresse. «Il a été l’amour de ma vie. J’ai pleuré, mais, quand j’ai quitté l’écurie ce soir-là, je me sentais apaisée», confie Pascale.

Une décision difficile

Ce qui est particulièrement difficile, avec la disparition d’un animal de compagnie, c’est qu’il revient souvent au maître de décider du moment de sa mort. Cette décision déchirante, Valérie a dû la prendre lorsque son chien Frank a développé une masse au cerveau. 

Frank

Photo Courtoisie

Frank

«C’était un chien extrêmement doux, je l’amenais avec moi partout, on était tout le temps collés. Je dormais même en cuillère avec lui, raconte-t-elle. Un jour, il est devenu agressif sans raison, il n’était plus lui-même. La vétérinaire m’a dit que c’était un problème au niveau du cerveau.»

«Je n’avais pas l’argent pour un scan ou une chirurgie. J’ai dû prendre la décision de le laisser partir», se souvient Valérie, qui était alors étudiante au cégep. 

Prendre le temps de vivre son deuil 

Lorsque Scarlett, 11 ans, a commencé à montrer les signes d’une maladie dégénérative, Benoît a dû se faire à l’idée. Sa chienne allait bientôt mourir. 

«Je l’avais offerte à ma blonde en lui disant qu’elle allait être “notre pratique pour un enfant”, mais, finalement, elle nous a suffi et on n’a jamais eu d’enfant. Ça m’a déchiré le cœur de la voir perdre ses capacités aussi rapidement, sans comprendre ce qui lui arrive. Même quand j’étais petit, je ne crois pas avoir pleuré aussi longtemps et aussi fort.»

Il en aura fallu, du temps, mais, après avoir pleinement vécu son deuil, Benoît et sa conjointe ont décidé de tenter de nouveau l’aventure en adoptant un autre chien. 

Tout le monde vit son deuil différemment, mais c’est un processus qui demeure important, rappelle Geneviève Beaulieu-Pelletier. «Il faut se laisser le temps de vivre ce qu’on a à vivre et rester attentif à ce qu’on ressent. C’est bien de verbaliser ses émotions et d’en parler à son entourage, surtout aux personnes ouvertes et à l’écoute.»

Elle recommande d’organiser un petit rituel pour bien marquer la transition et prendre le temps d’honorer l’importance qu'avait la relation avec l’animal dans la vie de la personne. Enterrer l’animal, créer un album photo ou même écrire un texte sont de petits gestes qui peuvent faire du bien dans ces circonstances.

«Faire son deuil, ça ne veut pas dire oublier. Notre animal va toujours faire partie de notre vie et de notre identité», conclut la psychologue.

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