Itinérance: des ateliers de camping de Parcs Canada à Montréal vivement critiqués | 24 heures
/bref

Itinérance: des ateliers de camping de Parcs Canada à Montréal vivement critiqués

Image principale de l'article Des ateliers de camping de Parcs Canada critiqués
Joel Lemay/Agence QMI

Une manifestation s’organise en réponse à la décision controversée de Parcs Canada de maintenir des ateliers d’initiation au camping en bordure du canal de Lachine, la Ville de Montréal interdisant aux personnes en situation d’itinérance d’y camper.

• À lire aussi: Déménagements: 689 animaux abandonnés à Montréal

• À lire aussi: Crise du logement: après près de 30 ans dans le même appart, il n’a nulle part où aller

«Hé, madame la mairesse, je pensais que les campements étaient interdits!» s’est exclamée l’intervenante de rue Annie Archambault dans une vidéo TikTok publiée à la fin du mois de juin.

Chaque année, Parcs Canada organise des ateliers de plein air dans plusieurs villes partout au pays, dont certains sont situés sur le bord du canal de Lachine, dans Le Vieux-Port de Montréal. Ces événements ont pour but d’aider des individus à se familiariser avec le plein air de façon responsable et sécuritaire.

L’iniquité pointée du doigt

Les ateliers de camping prévus cette année au coût de 108,75$ pour quatre participants ont surpris plusieurs personnes au Canada, dont Annie Archambault. Sur ses réseaux sociaux, elle dénonce le double standard dont fait preuve la Ville de Montréal.

Un atelier de camping de Parcs Canada, en 2015.

Joël Lemay / Agence QMI

Un atelier de camping de Parcs Canada, en 2015.

Celle qui éduque ses abonnés sur les réalités des personnes itinérantes rappelle que la mairesse de Montréal, Valérie Plante, avait stipulé qu’elle faisait preuve de «tolérance zéro» pour les campements sur l’île. «Est-ce que [la tolérance zéro] s’applique juste aux gens qui n’ont pas d’appartement?» se questionne-t-elle.

Annie Archambault y voit une «insulte» pour ceux qui ont de la difficulté à se loger dans la métropole alors que les logements abordables se font de plus en plus rares.

«Si t’as une place où dormir le soir, tu peux camper à Montréal, mais si t’as pas de place où aller à cause de la crise du logement, là c’est non», poursuit-elle sur un ton ironique.

«Moi, mon humoriste préféré des quatre dernières années, c’est Valérie Plante», lance-t-elle dans sa vidéo.

Suite à plusieurs critiques, Valérie Plante a dit que la décision d’aller de l’avant avec l'événement ou de l’annuler revenait à Parcs Canada. Elle a également rappelé la position de la Ville sur les campements, soit qu’ils ne sont pas une solution viable pour combattre l’itinérance.

• À lire aussi: Crise du logement: 25 000 logements complets à louer sur Airbnb au Québec

Les activités maintenues

En réponse à la furie générale, l’atelier qui devait se tenir le 16 juillet à Montréal a été annulé. Parcs Canada maintient toutefois les activités qui sont organisées le 23 juillet ainsi que les 13, 20 et 27 août.

«Parcs Canada est sensible à la situation des personnes vivant en situation d’itinérance dans la grande région de Montréal et partout au pays et est consciente des difficultés associées aux logements abordables», mentionne-t-on dans un communiqué diffusé le 8 juillet dernier.

L’agence gouvernementale justifie sa décision d’aller de l’avant avec la plupart des ateliers en stipulant qu’il s’agit d’une «bonne opportunité d’apprentissage et d’insertion sociale pour les participants».

«Dans les prochaines semaines, l’Agence s’engage à rencontrer les intervenants locaux et les responsables d’organismes en soutien aux personnes vivant en situation d’itinérance afin d’amorcer des discussions sur les préoccupations soulevées récemment», précise-t-on.

Sur TikTok, Annie Archambault a promis de tenir tête jusqu’à ce que l’ensemble des événements soit annulé.

• À lire aussi: 5 conseils de la tiktokeuse Annie Archambault pour aider directement les personnes en situation d’itinérance

Une manif prévue

Un camping d’«initiation à la solidarité» est prévu le 23 juillet à la berge des Coursiers, où doit se dérouler l’événement de Parcs Canada, afin de contraster avec la tenue de ces ateliers. Les manifestants sont invités à apporter leur équipement de camping et d’y passer la nuit.

@surleborddelaligne

C’est officiel ! Le 23 Juillet, venez manifester avec moi ! ❤️✊🏻

♬ FEEL THE GROOVE - Queens Road, Fabian Graetz

Ceux qui n’ont pas la possibilité de camper sur place peuvent tout de même venir donner leur soutien, précise Annie Archambault dans un récent message sur TikTok publié le 15 juillet.

Les démantèlements, un geste «violent»

Dans une vidéo TikTok publiée le 4 juillet, Annie Archambault précise que le problème, ce n’est pas l’activité elle-même, mais plutôt le fait qu’elle se déroule à Montréal. La Ville procède régulièrement au démantèlement de campements mis en place par des personnes en situation d’itinérance, explique-t-elle.

@surleborddelaligne

Être déçu ? Absolument. Mais ce n’est pas débattable.

♬ son original - Surleborddelaligne

«On a démantelé des personnes au bord du canal de Lachine dans le passé, pour ensuite utiliser le même terrain pour le vendre à 108$. Là, par contre, c’est correct», critique l’intervenante.

Annie Archambault rappelle que «se faire démanteler de son chez-soi est un acte extrêmement violent pour les personnes qui le vivent. Ils se sont construit un mini chez-eux, à défaut d’en avoir un, pis on vient [le leur] arracher, même s'il n’y a eu aucune plainte de citoyens.»

À la mi-juin, un campement situé en bordure de la rue Notre-Dame Est, près de la rue Frontenac, a d’ailleurs été démantelé par le Service de police de la Ville de Montréal. Le campement, créé au mois de mai dernier, se situait sur un terrain du ministère des Transports du Québec.

• À lire aussi: Un an plus tard, voici où sont les anciens du campement Notre-Dame où vivaient des personnes itinérantes à Hochelaga

Le campement Notre-Dame situé dans le parc Adhémar-Raynault sur la rue Notre-Dame Est entre les rues Davidson et Alphonse-D.-Roy, à Montréal, le mardi 24 novembre 2020.
JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Joël Lemay / Agence QMI

Le campement Notre-Dame situé dans le parc Adhémar-Raynault sur la rue Notre-Dame Est entre les rues Davidson et Alphonse-D.-Roy, à Montréal, le mardi 24 novembre 2020. JOEL LEMAY/AGENCE QMI

La position de la Ville de Montréal sur les campements est très controversée. En décembre 2020, le démantèlement d’un campement situé au même endroit avait marqué les esprits: il était devenu le symbole d’une crise du logement sans précédent.

Avec des informations de Guillaume Cyr et de TVA Nouvelles